Culture

Las Vegas, la nouvelle machine à sounds

Didier Lestrade, mis à jour le 07.10.2012 à 17 h 12

Les grands DJ's house se sont trouvés un nouvel Eldorado. Après Ibiza, Tokyo, Rimini ou Miami, la nouvelle destination commerciale est Las Vegas qui tente par tous les moyens d'attirer un public jeune.

Richard Brian / Reuters

Richard Brian / Reuters

«Las Vegas est le nouvel Ibiza». C'est le consensus chez les maisons de disques et les agences qui bookent les grands DJ's, de Tiësco à David Guetta, en passant par Calvin Harris et Avicii (dont le tube Levels a été payé 750.000$ par Universal en 2011).

Les charts américains sont remplis de dance music et l'Amérique blanche découvre la techno en masse. Le public post-ado des spring breaks, après avoir méthodiquement dévasté des villes de bord de mer comme Miami ou Cancun, au Mexique, se redéploie désormais vers une cité de rêve pour l'excès de la rave: des lumières partout, des salles de spectacle immenses, conçues pour les shows traditionnels de David Copperfield et Céline Dion, et des prix d'hôtel à la baisse car ces nouveaux complexes hôteliers ont du mal à faire face à la crise économique. D'où l'idée de vendre Las Vegas comme la Mecque de l'overdose nocturne.

Dans ces structures, tout est conçu pour l'explosion des sens : des sound systems parfaits, les dernières lumières inventées, beaucoup de place et il faut imaginer l'effet de l'alcool et des drogues dans un environnement aussi visuel que le Strip de Las Vegas. Selon le New York Times, les superclubs de la ville «investissent pratiquement tous sur la dance music». Le website spécialisé Nightclub & Bar estime que 8 des 10 plus grands nightclubs américains se trouvent à Las Vegas.

Bien sûr, les DJ's sont les premiers à bénéficier de cet afflux d'argent. Leurs cachets ont toujours été élevés à Ibiza, mais on a perdu depuis longtemps les montants superlatifs des années 90 et 2000. Forbes s'est récemment penché les revenus des grands DJ's internationaux et a évalué à 22 millions de dollars le revenu de Tiësco. Le NYT, encore lui, a consacré une pleine page à cette nouvelle vague de DJ’s, encouragés par cette relocalisation soudaine de la scène techno à Las Vegas: Zedd (Anton Zaslavski, 22 ans) ou Madeon (le prodige français Hugues Leclercq, 18 ans), Skrillex (24 ans, le prince du dubstep), Steve Aoki, et les moins jeunes comme Martin Solveig.

En août dernier, le DJ anglais de dubstep, Rusko, a inauguré sa première résidence au Rain Nightclub de l’hôtel Palms Casino Resort. Et les récentes photos du Prince Harry à poil ont fait bondir les réservations, probablement par les Anglais adeptes de binge d’alcool et de house.

La scène américaine a beau être méprisée en Europe (on la considère trop beauf, trop blanche), elle se développe néanmoins beaucoup plus rapidement que partout ailleurs (l'Asie rattrape son chemin aussi). Chez les jeunes Américains, il y a un élément de découverte de la techno qui a disparu depuis longtemps en Europe, le continent leader de la découverte de la house... à la fin des années 80.

L'énergie de Las Vegas est donc très contagieuse et des milliers de kids rentrent chez eux avec des souvenirs épiques de pool parties qui durent toute la journée, de virées sur le Strip en pleine montée de produits illégaux. Ça n'a peut-être pas le côté authentique et social de Berlin, mais Las Vegas est le dernier endroit où l'on peut se croire dans Pinocchio, quand les enfants à longues oreilles débarquent dans la fête foraine de leurs fantasmes, le Pays des jouets.

Alors que les festivals hyper reconnus comme Burning Man affichent désormais complet (le prix d'entrée varie entre 1.225$ et 10.000$!), de grande raves sont organisées à travers les USA comme le festival Ultra et Electric Daisy Carnival qui attirent plus de 100.000 personnes. Quand Las Vegas décide de se réinventer et d'offrir une alternative à ses shows de casino plus traditionnels, la ville ne fait pas dans la finesse: elle y va à fond.

Le but est de détrôner Miami, considérée comme has been, afin d'attirer une foule de jeunes pour qu'ils dépensent leur argent stateside, au pays (et plus à Cancun) tout en leur donnant la possibilité de gober des ecstas devant les machines à sous (don't try this at home!). C'est un peu comme la fête délirante du film Projet X multipliée par 500.

La house a perdu le leadership de la contre culture et embrasse désormais Las Vegas, le seul endroit au monde où les light shows sont au niveau des spectacles de Madonna et Lady Gaga. Il faut imaginer ces kids qui découvrent cette musique avec une sono state of the art, tout ça dans une salle immense attenante à l'hôtel où vous «dormez» avec votre bande.

Commercial ou pas, ça a l'air vraiment excitant. Le vrai sens du Very Good Trip à Las Vegas.

Didier Lestrade

Didier Lestrade
Didier Lestrade (71 articles)
Journaliste et écrivain
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