Prix de l'Arc de Triomphe: place aux pouliches

Danedream, montée par Andrasch Starke, remporte le Prix de l'Arc de Triomphe le 2 octobre 2011. REUTERS/Charles Platiau

Danedream, montée par Andrasch Starke, remporte le Prix de l'Arc de Triomphe le 2 octobre 2011. REUTERS/Charles Platiau

Chez les chevaux de course, les femelles sont les égales des mâles. Explications.

Le Prix de l’Arc de Triomphe, organisé dimanche 7 octobre à Longchamp et réservé aux chevaux âgés de trois ans et plus, sourira-t-il encore à ces «demoiselles»? En 2011, trois pouliches avaient occupé les trois premières places de ce rendez-vous au sommet, le mieux doté en Europe avec une bourse de quatre millions d’euros dont la moitié au vainqueur.

Sur la distance classique des 2.400m de l’hippodrome parisien, l’Allemande Danedream avait devancé ses consoeurs Shareta et Snow Fairy dans le temps de 2’24’’49’’’ soit 11 centièmes de moins que le record détenu par le mâle Peintre Célèbre depuis 1997. C’était la première fois depuis 1983 que trois femelles passaient ainsi en tête le poteau d’arrivée de l’Arc.

Malheureusement pour elle, et surtout pour son propriétaire, Danedream ne sera pas au départ cette année. A cinq jours de la course, elle a dû être placée en quarantaine pour trois mois en raison d’une anémie infectieuse qui sévit à Cologne, son lieu d’entraînement. Elle ne deviendra donc pas la première pouliche à réaliser le doublé dans l’Arc de Triomphe depuis Corrida, sacrée en 1937 et 1938. Mais il est possible que pour la première fois depuis 1982 (Akyda) et 1983 (All Along), une pouliche succède à une autre au palmarès grâce à Shareta ou Yellow and Green même si elles sont loin d’être favorites face aux mâles Camelot et Orfèvre.

Dans l’histoire de l’Arc de Triomphe, créé en 1920, les pouliches se sont imposées à 18 reprises en 90 éditions, soit un pourcentage de victoires de 20%, mais avec cette précision importante qu’elles ont toujours été nettement moins nombreuses au départ. En 2008, Zarkava, considérée comme le cheval de galop de ce début de siècle, était, par exemple, la seule pouliche engagée dans l’Arc de Triomphe, mais elle avait écrasé ses 15 adversaires du «sexe fort».

Pourquoi les pouliches peuvent-elles battre les mâles sur les champs de course quand il est impossible d’assister, dans une épreuve de vélocité, au succès d’une femme sur un homme? Comment est-il possible qu’une pouliche détienne le record de vitesse d’une course aussi prestigieuse au-delà des conditions météorologiques qui peuvent améliorer ou détériorer la qualité du terrain d’une année sur l’autre?

Précisons d’abord que les chevaux de trois ans sont plus avantagés que les chevaux dits d’âge (quatre ans et plus) qui courent cet Arc de Triomphe car ils portent trois kilos de moins avec une prime supplémentaire pour les femelles qui, en plus, sont délestées d’un autre 1,5kg. La différence est donc de 4,5kg entre une pouliche de trois ans et un mâle de quatre ans. «Ensuite, à trois ans, il n’y a pas de vraie différence entre un mâle et une femelle s’il s’agit d’un cheval de classe, poursuit François Hallopé, éditorialiste hippique. Et si c’est un cheval d’exception comme Zarkava, qui est devenue la première pouliche depuis la guerre à gagner en succession la Poule d’Essai des Pouliches, les Prix de Diane, Vermeille et de l’Arc de Triomphe, elle peut se situer nettement au-dessus des autres, mâles compris.»

A trois ans, la masse d’un mâle est de 10% supérieure à celle d’une femelle et leur hauteur est pour ainsi dire la même. Contrairement à l’espèce humaine, il n’y a pratiquement pas de dimorphisme. Alors qu’il est admis par plusieurs études que l’homme court à une vitesse 10% supérieure à celle de la femme, la différence de rapidité chez les purs-sangs entre un mâle et une femelle est estimée, en moyenne, à seulement 1%.

Un rapport publié en 2002 par une chercheuse américaine, Pauline Entin, s’était penché sur cette question et avait tenté de comparer l’évolution de la vitesse de l’homme par rapport à celle du cheval et du chien au fil des âges et à en isoler les différences. Elle établissait la conclusion suivante:

«A travers l’histoire, le cheval, ou les espèces dont il descend, a été un animal qui a été chassé et toute sa survie a été basée sur la vitesse aussi bien pour les mâles que pour les femelles. Le chien a été, lui, éduqué pour la chasse et il n’y avait pas de différence faite entre les mâles et les femelles. En revanche, les preuves archéologiques suggèrent que les ancêtres de l’homme sont devenus, à un moment donné, des utilisateurs d’outils et peuvent avoir eu des tâches spécifiques selon les sexes si l’on remonte à au moins un million d’années. Cela a peut-être diminué l’importance de la vitesse de la course en particulier chez les femmes à cause d’une nouvelle répartition des tâches.»

Dans le monde du galop (plat et obstacles), les oppositions «mixtes», dites ouvertes, composent la majorité écrasante des courses proposées aux parieurs. En 2012, 5.969 courses sont ainsi ouvertes sur les champs de course français, 786 courses étant réservées aux femelles et 466 aux mâles et hongres (mâles castrés). Chez les trois ans, catégorie qui a largement dominé l’Arc de Triomphe au cours de la période récente avec 14 succès lors des 20 dernières éditions, il faut préciser que les meilleurs mâles et femelles se rencontrent essentiellement dans la deuxième partie de la saison.

«En termes de développement et de maturité, les mâles sont plus avancés au printemps, explique Francis Fougeray, rédacteur en chef adjoint galop à Paris-Turf. A l’automne, les femelles ont rattrapé ce retard et courent à «armes égales».» D’où le rituel du calendrier hippique. Une fois que les meilleurs poulains de trois ans se sont départagés en juin lors du Prix du Jockey Club et que les meilleures pouliches les ont imités quelques jours plus tard à l’occasion du Prix de Diane, l’Arc de Triomphe constitue une sorte de «finale» agrémentée de la participation d’autres grands chevaux étrangers ayant notamment brillé lors du Derby d’Epsom.

Sinon, est-il plus facile d’entraîner un mâle ou femelle? «Il y a quelques différences en termes de comportement qui doivent influer sur la façon d’entraîner, note Francis Fougeray. Certains entraîneurs semblent plus à l’aise avec des poulains qu’avec des pouliches. André Fabre, l’un des plus grands entraîneurs de l’histoire, a ainsi remporté le Prix de l’Arc de Triomphe à sept reprises et à chaque fois avec des mâles, mais il n’a jamais dû placer une pouliche parmi les trois premiers. En revanche, Alain de Royer-Dupré, l’entraîneur de Zarkava, paraît posséder un savoir-faire tout particulier avec les pouliches qui lui ont permis de remporter six Prix de Diane contre trois seulement à André Fabre.»

Yannick Cochennec