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Géorgie: alternance démocratique ou fin de la «révolution des roses»?

Daniel Vernet, mis à jour le 06.10.2012 à 14 h 25

L'alliance du «Rêve géorgien», qui a battu le parti du président Mikheil Saakachvili aux législatives, a fait campagne sur une amélioration des relations avec la Russie.

Bidzina Ivanichvili, le leader du parti du Rêve géorgien, lors d'une réunion à Tbilisi, le 5 octobre 2012. David Mdzinarishvili / Reuters

Bidzina Ivanichvili, le leader du parti du Rêve géorgien, lors d'une réunion à Tbilisi, le 5 octobre 2012. David Mdzinarishvili / Reuters

Alternance démocratique ou fin de la «révolution des roses»? La question est posée après la défaite du parti du président géorgien Mikheil Saakachvili aux élections législatives du 1er octobre et la victoire de l’opposition. En soi, le changement est un signe positif. Près de dix ans de pouvoir ont conduit la Géorgie, ce petit pays du Caucase, coincé entre la Fédération de Russie et la Turquie, d’un système postsoviétique à un régime présidentiel qui se voulait proche de l’Occident mais présente des relents d’autoritarisme et d’arbitraire.

La «révolution des roses» a rapidement déçu

Polyglotte, éduqué aux Etats-Unis, Mikheil Saakachvili incarnait la modernité et l’ouverture quand, en 2003, la «révolution des roses» a chassé du pouvoir à Tbilissi le vieil apparatchik Edouard Chevardnadze, incarnation à la fois du pouvoir communiste et de sa destruction. Ancien chef du KGB de Géorgie mais protecteur des artistes géorgiens, membre du bureau politique du PC soviétique du temps de Brejnev mais allié de Mikhaïl Gorbatchev au temps de la perestroïka, Chevardnadze n’avait pas réussi a sortir son pays de la corruption, de l’économie dirigée et du chaos politique.

Les espoirs mis en Mikheil Saakachvili ont été rapidement déçus. Son caractère brouillon et fantasque, son penchant pour un despotisme qu’il voulait éclairé, ont rapidement suscité des adversaires au milieu même des amis avec qui il avait mené la révolution des roses. Les uns après les autres se sont détournés de lui, abandonnant découragés la politique ou créant des partis d’opposition divisés et inefficaces. Jusqu’à maintenant Mikheil Saakachvili avait réussi à remporter tous les scrutins, y compris par des moyens litigieux. Il avait aussi brisé les mouvements de protestation sporadiques qui ont entaché son double mandat.

Une campagne dynamique menée par un oligarque milliardaire

Le milliardaire Bidzina Ivanichvili qui peut maintenant lui disputer le pouvoir a réussi à fédérer les différentes formations de l’opposition au sein de son parti, le Rêve géorgien. Un autre oligarque, propriétaire d’une chaine de télévision, s’y était essayé il y a quelques années, mais il est mort avant de réussir. A grands coups de milliers de dollars, Bidzina Ivanichvili a mené une campagne électorale dynamique qui lui a permis d’obtenir une large majorité au Parlement, malgré un système de vote censé favoriser le parti du président.

Mikheil Saakachvili l’a accusé d’être à la solde de Moscou. Il est vrai que l’oligarque a fait fortune en Russie, qu’il a toutefois quitté voilà une dizaine d’années. Et qu’il a fait campagne en promettant d’œuvrer à une amélioration des relations avec le grand frère du nord. Ces relations sont désastreuses depuis la guerre de 2008 entre la Russie et la Géorgie qui a entrainé l’amputation de la petite république caucasienne et l’indépendance de l’Ossétie du sud et de l’Abkhazie. Bidzina Ivanichvili a promis de ne pas reconnaître ces indépendances qui ressemblent fort à une annexion par la Russie car ses compatriotes ne l’accepteraient pas. En même temps une majorité de Géorgiens reproche à Mikheil Saakachvili d’être, en août 2008, tombé dans un piège tendu depuis longtemps par le Kremlin.

Concilier une orientation pro-occidental et un rapprochement avec Moscou

La guerre qui n’a duré que cinq jours a cependant saigné une économie qui était en plein redressement. Le revenu par habitant de la Géorgie est aujourd’hui inférieur à celui de l’Egypte ou du Swaziland. Le taux de chômage atteint 16%. Les sociétés étrangères ont hésité à investir dans un pays instable.

Le nouvel homme fort de Tbilissi sait que la Géorgie ne peut dépendre que d’un seul de ses voisins. Dans l’histoire, une telle dépendance s’est toujours faite à ses dépens. Il n’entend donc pas rompre avec l’orientation pro-occidental de Mikheil Saakachvili mais il essaiera de concilier cette politique avec un rapprochement avec Moscou. Vladimir Poutine, qui a tout lieu de se réjouir de la victoire du Rêve géorgien, ne devrait pas lui en tenir rigueur.

Le pouvoir russe qui craignait la contagion des «révolutions de couleur» peut être soulagé. Après l’Ukraine qui a chassé le président Viktor Iouchtchenko au profit du russophile Viktor Ianoukovitch, il voit maintenant une autre de ses bêtes noires affaiblie pour la dernière année de son mandat. Il peut espérer que l’élection présidentielle de 2013 confirmera le résultat de ce scrutin législatif. Ce serait sans compter sur le caractère frondeur des Géorgiens qui peuvent réserver encore bien des surprises.

Daniel Vernet

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