Obamania
Le mot de la semaine
- -
On confesse avoir eu d'abord le projet d'aborder la rupture (ce n'est que partie remise, que nos fidèles lecteurs se rassurent). L'obamania l'a supplantée avec la force de l'évidence et la rigueur de la nécessité. Barack Obama à droite, Barack Obama à gauche, Barack Obama devant, Barack Obama derrière: ces jours derniers, semble-t-il, il n'y en a plus que pour le nouveau président des États-Unis. Si nouveau qu'il n'a guère encore eu le temps d'agir, sauf à démontrer plus qu'une propension aux bons sentiments, à l'hésitation - presque à la palinodie - et à l'oubli - si ce n'est la trahison - de ses promesses de campagne.
De même qu'il y a «plusieurs demeures dans la maison du Père» selon l'Évangile, il y a en France cent mille manières de céder à l'obamania. N'en retenons, pour garder la bouche fraîche, que quelques-unes. Celle de la Presse économique et financière, par exemple, qui, par habitude ou paresse intellectuelle, n'attend que de l'Amérique la fin de la Crise, avec un grand C, et applaudit des deux mains des décisions à donner froid dans le dos au citoyen qui tente d'y voir plus loin que la prochaine séance de Wall Street. Celle des journaux people, prompts à gloser les robes de Michelle Obama — aussitôt mise en concurrence, d'ailleurs, implicite ou explicite, avec Carla Bruni — à commenter le choix, presque cornélien, du toutou présidentiel ou à s'attendrir sur les frimousses des petites filles du couple (dont, au passage, on a oublié les prénoms). Celle des hebdomadaires d'opposition, où l'obamania, sous une forme galopante, parfois fulminante, n'est que l'un des noms de l'antisarkozysme. Mais la Démocratie réussit mieux, expliquait Tocqueville, sur l'autre rive de l'Océan.
Ne négligeons pas les blogueurs, les internautes et les buzzeurs qui, eux aussi, frappés d'émulation, obamanient (du verbe obamanier: c'est tout chaud, ça sort de la chaîne) à tire-larigot. On en conclura que chaque génération se donne les idoles qu'elle mérite, ou qu'on lui impose.
Le fait est que l'obamania à la française apparaît comme une création ex nihilo des médias, à partir d'un basculement qui eût ravi les structuralistes de notre jeunesse. Non sans motifs, les éditorialistes hexagonaux s'étaient attaqués au peu d'esprit critique des journalistes d'outre-Atlantique à l'égard de George W. Bush et de sa guerre d'Irak. Un reporter embedded, affirmions-nous, n'est plus qu'un porte-parole: la voix de son maître. Si méprisé et haï était chez nous, en général, et dans l'information, en particulier, l'ancien gouverneur du Texas que Barack Obama, qui n'a eu ici d'autre mérite que de lui succéder, fait figure d'ange après un suppôt de Satan. Par renversement, le soulagement a mené à l'adoration et à l'aveuglement.
À propos de mérites, hâtons-nous d'en dresser le catalogue. Barack Obama est grand, très grand, beau gosse (dans le style Apollon de plage), bon orateur et afro-américain à moitié. Point final. Cela suffit-il à en faire un autre Wilson, un autre Roosevelt, un autre Truman, un autre Kennedy? Voire, pour le social, un autre Johnson? On se permet, pour le moment, d'en douter. Le Jacques Brel des «ames patronnesses», lui, aurait raillé:
Démentant le maréchal Pétain, nous n'avons pas la mémoire courte. Et voici que nous posons une question de fond: l'obamania, tellement glamchic, si tendance, ne serait-elle pas le dernier avatar de la tontonmania qui causa naguère de vrais ravages? Il faudrait être au moins le second Jack Lang pour en décider, le jumeau putatif de Georges Kiejman pour instruire l'opinion et une autre Laure Adler pour en trousser la chronique. Au moins.
En attendant, le ridicule obamaniaque ne tue pas. C'est heureux. Quelles hécatombes, sinon, n'aurait-on pas déplorées parmi nos confrères et les lecteurs, auditeurs, téléspectateurs —peut-être slateurs — qui les suivent!
Marc Menonville
crédit: Reuters/Kevin Lamarque; Barack Obama
Mis à jour le 11/06/2009 à 11h45









































Normal, un black président des USA, ça reste un beau symbole, qui remplit d'espoir mon cœur d'anti-raciste.
Maintenant, voyons les faits : 100 jours passés à faire du compromis, tenter de juguler la crise sans se mettre les républicains à dos, et sans trop taper sur la finance... pour l'instant, Obama a raté son entrée. D'un point de vue politique étrangère, il a oscillé entre le classique démocrate et l'excellent orateur pétri de valeur (ce que je le soupçonne d'être profondément). Son discours au Caire était excellent sur la forme et sur une partie du fond. Ses décisions en Irak, en Afghanistan sont globalement (semblerait-il) bonnes... Obama sait la valeur de la discussion, et il profite de son aura pour tenter de l'inculquer à une administration qui sort de 8 années de Bush.
A coté de cela, il a choisit une latino "self -made-woman" pour la cour suprême, et cela aussi, on aura du mal à lui reprocher (Dieu sait que les Républicains vont lui en faire baver, pourtant).
Mais d'un point de vue purement gestion de la crise économique, il n'a pas été fabuleux. Incapable de prendre les décisions fortes qui auraient permis de réguler pendant un certain temps le monde de la finance, il s'est contenté de tenter de relancer la croissance sans se poser la question de comment éviter que les bulles ne continuent d'exploser à l'avenir. Peut-être comptait il sur l'Europe (quelle erreur !! on est pire... encore plus conservateurs !) pour montrer la voie.
Parallèlement, Obama a présenté un plan "health care" décevant, du colmatage pour faire bonne figure, alors même que les démocrates ont été en parti élu là dessus. Il avait l'opportunité de faire les choses en grand, il est en train de la laisser filer.
Encore trop dans la communication, Obama, comme bien des présidents avant lui, ménage son premier mandat pour viser le second (espérons qu'à ce moment, si réélu, il n'hésitera pas à enfin faire les choses bien).
L'un dans l'autre ?? un président plus qu'honorable en ces temps de crise majeure, mais je persiste dans l'idée qu'Hillary aurait eu l'expérience nécessaire pour mieux imposer son programme et ses réformes. Trop tard, mais ne boudons pas notre plaisir. et rien ne dit qu'il ne se révélera pas sur la durée aussi bon que les illustres prédécesseurs cités dans cet article.
Franchement certains commentateurs sont impossibles. Voici un homme qui ayant grimpé une montagne (premier président noir) s'est trouvé confronté par une autre, la plus grande crise bancaire de notre génération, suivi par la banque-route de quelques petites boîtes comme GM, et cerise sur le gateau, par un gouvernement Israelien encore plus borné que d'habitude. Néanmoins il donne au monde quelque chose qu'aucun autre dirigeant au monde - nouveau comme lui ou en place depuis des années - a su donné. Je parle de l'espoir! Evidemment il ne va pas tout résoudre (qui d'autre l'a fait?) mais il a déjà changé la donne dans beaucoup de domaines - notamment l'attitude des USA et peut-être le monde entier envers le monde musulman. Ce qui déplaît à pas mal de lobbys - le lobby Juif aus USA, le lobby républicain pro-Bush, le lobby militaro-industriel sur tous les continents et .... à ce type de français qui critique Sarkozy parce qu'il porte des Rolex et Obama parceque justement il est superbe. Quelle frivolité! En attendant, les banques américaines commencent déjà à rembourser les avances consenties par Obama (c'est pour quand en France?), 'l'axe du mal' iranien & co commence à prendre note, et le monde entier commence à y croire. Désolé les grincheux, j'adore!