FranceMonde

Le déclin de la social-démocratie

Daniel Vernet, mis à jour le 08.06.2009 à 16 h 26

A l'exception de la Suède et de la Grèce, les partis se réclamant peu ou prou du socialisme démocratique ont perdu des voix et des sièges.

Au-delà des chiffres bruts qui peuvent varier d'un pays à l'autre, la tendance générale est indiscutable : la mouvance social-démocrate a subi une défaite historique aux élections européennes du dimanche 7 juin. A l'exception de la Suède et de la Grèce, les partis se réclamant peu ou prou du socialisme démocratique ont perdu des voix et des sièges. Parfois, comme en Autriche, ils obtiennent leur plus mauvais résultat dans une élection générale depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale.

En Grande-Bretagne, un parti antieuropéen, UKIP, est même passé devant les travaillistes, formant la troisième force politique du pays avec les conservateurs. Même si le scrutin européen peut être pour certains électeurs l'occasion de se défouler contre un parti au pouvoir, la tendance est suffisamment nette dans toute l'Europe pour que les partis du socialisme démocratique ne s'interrogent pas sur leur politique voire sur leur survie.

Car la situation générale pouvait apparaître des plus favorables. Les partis nationaux regroupés dans le Parti socialiste européen (PSE) avaient réussi à adopter un manifeste commun pour ces élections. Ils avaient même en filigrane un candidat commun pour le poste de président de la Commission, le social-démocrate danois Poul Rasmussen, ancien premier ministre et président du PSE. Ils ne l'ont pas trop mis en avant parce que certains gouvernements socialistes s'étaient déjà engagés à soutenir la reconduction de José Manuel Barroso à la tête de la Commission de Bruxelles. Malgré tout, et bien qu'il ne soit pas très connu dans toute l'Europe, Poul Rasmussen aurait pu être un atout.

Mais surtout l'air du temps semblait souffler en faveur de la social-démocratie. Cette vieille force politique, née avec le mouvement ouvrier à la fin du XIXè siècle, pouvait revendiquer la paternité des thèmes qui reviennent à la mode avec la crise financière et économique mondiale: retour de l'Etat, critique du «capitalisme casino» et du libéralisme économique, insistance sur la protection sociale et la régulation des marchés, etc. Certes, au profit de la crise, elle s'est fait voler une partie de son corpus idéologique par une droite qui a senti le vent tourner. Mais ce ne peut être la seule explication à sa déconfiture et à son incapacité à imposer ses solutions.

En fait la social-démocratie n'a pas su gérer deux crises qui ont frappé tour à tour l'Europe: la crise de l'Etat-providence dans la dernière décennie du siècle passé et la crise plus récente du capitalisme libéral. Un jour, les historiens dateront sans doute le début de son déclin de la chute du mur de Berlin, en 1989. La défaite du communisme soviétique aurait pu sonner l'heure de gloire d'un mouvement, qui avait été, à gauche, la principale force d'opposition au marxisme-léninisme. Il n'en a rien été. Ni à l'Ouest, ni à l'Est, les peuples ne se sont pas tournés vers la variante démocratique du socialisme. Ils ont épousé, mariage d'amour ou mariage forcé, le capitalisme globalisé.

Une des raisons du discrédit qui semble frapper aujourd'hui les partis social-démocrates tient d'ailleurs au fait que beaucoup d'entre eux ont nagé dans le sens du courant. A la fin des années 1990, les gouvernements à dominante ou à participation socialiste étaient onze sur quinze dans l'Union européenne. On ne peut pas dire qu'ils aient profité de cette hégémonie numérique pour mettre en œuvre une politique différente des conservateurs. Bien plus, ils ont souvent mené une politique de réformes de l'Etat-providence et de dérégulation que les gouvernements de droite n'avaient pas le courage de décider. Avoir été pendant des années les compagnons de route de la mondialisation nuit à leur crédibilité quand ils se targuent d'avoir, avant les autres, dénoncer les dangers du tout libéral.

La défaite que les partis du socialisme démocratique vienne de subir ne doit sans doute pas être surestimée. La force qui pourrait les supplanter durablement en proposant une réponse nouvelle à la crise n'est encore qu'embryonnaire. On le voit en France avec le succès d'Europe-écologie. C'est une consolation pour les socialistes français qui peuvent trouver d'autres raisons à leur contre-performance que leurs propres turpitudes. Mais les sociaux-démocrates auraient tort de considérer le résultat de ces élections européennes comme une simple péripétie. C'est leur raison d'être qui est en question. S'ils ne parviennent pas à articuler un nouveau discours, ils sont condamnés à un déclin plus ou moins rapide.

Daniel Vernet

Photo: Martine Aubry et Ségolène Royal   Reuters

Daniel Vernet
Daniel Vernet (439 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte