Sports

Handball: une loi après l'affaire Montpellier? C'était à parier!

Yannick Cochennec, mis à jour le 01.10.2012 à 17 h 48

Nous n'avons pas besoin de réguler davantage les paris sportifs, contrairement à ce que s'est empressée d'annoncer la ministre des Sports.

Nikola Karabatic à la fin du match de handball entre le Paris Saint-Germain et Montpellier à Paris le 30 septembre, REUTERS/Regis Duvignau

Nikola Karabatic à la fin du match de handball entre le Paris Saint-Germain et Montpellier à Paris le 30 septembre, REUTERS/Regis Duvignau

Un problème, une loi… La gauche a suffisamment reproché à Nicolas Sarkozy de légiférer dans l’urgence à tort et à travers pour ne pas devoir tomber à son tour dans ce qui serait une vilaine habitude. Pourtant, ce que l'on a ressenti, dimanche 30 septembre, à la lecture de l’entretien donné par Valérie Fourneyron, ministre des Sports, au Journal du Dimanche.

Dans le collimateur de la ministre, les paris sportifs, consécutivement à l’affaire qui secoue actuellement l’équipe de handball de Montpellier. Pour commencer, relevons que ce «scandale» occupe une place disproportionnée dans l’actualité et que le procès est déjà instruit. L’instruction commence à peine, mais les «coupables» sont désignés et condamnés. Ce qui est peut-être une très grosse bêtise collective ou seulement de quelques-uns –et qui mériterait une sanction sévère– est aujourd’hui à ranger dans les grands crimes de notre époque. Vite dégommer l’étoile Karabatic, faire un exemple et passer au suivant après l’odieux Nasri.

Hélas, Valérie Fourneyron surfe allègrement sur cette vague populiste qui l’amène à se noyer dans les bons sentiments. Que dit-elle? Beaucoup d’âneries malheureusement, après avoir indiqué, en préambule, au sujet de la réglementation actuellement en vigueur:

«Le dispositif législatif doit être renforcé. Nous devons créer une véritable obligation légale d’informer, une "déclaration de soupçons", sur le modèle du blanchiment d’argent avec Tracfin. S’il est établi qu’une personne dispose d’une information qui permet de mettre en doute la sincérité d’une compétition, et qu’elle ne la divulgue pas, elle doit être sanctionnée. Je souhaite que ce dispositif entre en vigueur en 2013, par une nouvelle loi ou un amendement à la loi existante

Publicité et addiction

Puis survient le carambolage des mauvaises idées mâtinées de naïveté confondante. L’interview au JDD toujours:

«Nous devons également limiter toutes les incitations à parier, cette publicité permanente pour les paris sportifs qui encourage l’addiction. J’ai en projet un texte pour réduire les risques pour la santé des parieurs. Ce sera dans le cadre d’un amendement ou d’une nouvelle loi, en 2013.»

A l’évidence, Valérie Fourneyron, qui, précisons-le, a toute sa légitimité à son poste de ministre pour avoir travaillé ces dossiers du sport au cours de ses années passées dans l’opposition, mérite un petit carton jaune. D’abord, rappelons que les paris sportifs ne sont pas un succès en France, en tout cas pas dans les proportions espérées comme Slate l’avait expliqué en début d’année.

Ensuite, si l’on veut suivre le chemin emprunté par la ministre, nous lui conseillerons aussi de supprimer le loto et l’Euro Millions et toute diffusion sur les antennes publiques de la divulgation des résultats. Ne parlons pas des publicités qui nous incitent à jouer lors des super cagnottes. Sans la Française des Jeux, les finances publiques se porteront mieux, c’est une évidence!

Fermons tous les PMU!

Tant qu’à y être, Valérie Fourneyron ira peut-être aussi jusqu’à fermer tous les PMU et tous les champs de course, lieux de débauche financière, qui, si l’on suit le raisonnement de la ministre, doivent contribuer à la ruine de nombreux ménages français.Et pourquoi pas supprimer la presse liée aux courses, qui ose inciter le public à jouer, et Presstalis ira encore mieux!

Le discours de Valérie Fourneyron est moralisant et puritain. Le massage: jouer, c’est mal. Oui, fumer aussi. Boire également. Trop manger, n’en parlons pas. Prendre sa voiture, c’est criminel (tiens, plus de publicité sur les grosses voitures qui roulent trop vite). Interdisons les paris, les cigarettes, les boissons sucrées, le vin, et puis tiens aussi le mauvais temps…

Mais Valérie Fourneyron ne s’arrête pas en si bon chemin.

«Il faut pouvoir se doter de normes internationales. Comme la France avait été un moteur dans la création de l’Agence mondiale antidopage en 1999, nous souhaitons impulser la création d’une agence mondiale garantissant l’intégrité des paris sportifs. Il faut y aboutir. La France est un des pilotes de la rédaction d’une convention internationale au Conseil de l’Europe

L'Arjel fait bien son travail

Là encore Valérie Fourneyron joue du violon. Car qui va payer cette agence internationale? Avec quel argent? L’Europe va-t-elle si bien économiquement pour participer à la création d’une nouvelle administration? La ministre évoque l’agence mondiale antidopage (AMA), certes, mais qui la paye?

Depuis le 1er  janvier 2002, conformément aux statuts de l’AMA, le financement de cette agence est assuré à parts égales par le Comité international olympique (CIO) et les gouvernements. Or le CIO a déjà déclaré qu’il refusait de mettre à la poche au sujet des paris sportifs. Donc, on fait comment en ces temps de saignées budgétaires dans tous les pays industrialisés?

Et où est le problème, a-t-on envie surtout de répondre à la ministre? Après tout, l’Arjel, l’autorité de régulation des jeux en ligne, a fait remarquablement son travail dans l’affaire de Montpellier en activant ses processus d’alerte et de blocage en raison du niveau suspect des sommes mises en jeu. De l’autre côté des Alpes, la justice italienne s’est également saisie du scandale des matches truqués du Calcio sans avoir eu besoin d’une agence internationale pour arriver à ses fins.

Les polices internationales ne sont-elles pas déjà reliées entre elles pour tout ce qui concerne les problèmes liés aux mafias qui, c’est vrai, peuvent polluer le monde des paris sportifs? Valérie Fourneyron aurait mieux fait d’essayer de répondre à toutes ces questions avant de faire cette sortie médiatique précipitée déguisée en chevalière de blanc vêtue.

Yannick Cochennec

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