Culture

Paul Dano: «C’est difficile de se regarder, de s’aimer complètement»

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 02.10.2012 à 17 h 48

Récemment à l'affiche de «Monsieur Flynn» et «For Ellen» et d'«Elle s'appelle Ruby» (sortie le 3 octobre), l'acteur américain se livre au jeu de notre entretien tablette, où les questions sont remplacées par des vidéos, images, photos, dessins, vidéos.

Paul Dano dans «Elle s'appelle Ruby» (20th Century Fox).

Paul Dano dans «Elle s'appelle Ruby» (20th Century Fox).

Paul Dano s'est fait connaître en se taisant (non, Paul Dano n'est pas le nouveau pseudonyme de Jean Dujardin). Il était dans Little Miss Sunshine l'adolescent qui avait fait voeu de silence, le frère de la petite Olive qui se rêvait en reine de beauté. Puis il a crevé l’écran avec ses cris, au côté de Daniel Day-Lewis, dans There Will Be blood. Il jouait un prédicateur hurlant, fou, inquiétant.


Paul Dano dans There Will be blood

Dans la vraie vie, il est plus près de l’ado mutique que du prêtre, c’est assez clair. On devine franchement que, plutôt que d’être là avec vous, en entretien, il préfèrerait retourner devant ou derrière un écran, prendre un livre, ou rejoindre son amoureuse, Zoe Kazan, petite fille du grand Elia et scénariste du film Elle s’appelle Ruby dans lequel ils tiennent ensemble les deux rôles principaux. La très jolie histoire d’un écrivain dont l’héroïne devient réelle, et l’exploration de ce que c’est qu’une histoire d’amour, quand l’autre n’est pas l’idéal rêvé.

Sagement, Paul Dano est assis, face à vous, ses lunettes sur le nez, son petit look de hipster-sympa-mais-timide-et-indé. On lui explique le principe de l’entretien-tablette: les questions sont remplacées par des vidéos et des photos, commentées par l’interviewé. «Ça a l’air terrifiant», dit-il.

Il a fallu plusieurs années après There Will Be Blood pour qu'on voit Paul Dano partout. Et soudain, il est à l'affiche de trois films en un mois en France.

Je ne savais pas, jusqu’à ce que j’arrive, que tous ces films sortaient en même temps ici. C’est indépendant de ma volonté. Le seul film que j’attendais, c’était Ruby. J’espère que les Français ne vont pas se lasser de moi ce mois-ci: mais qu'ils se rassurent, les personnages sont très différents les uns des autres.

Après There Will be Blood, j'ai mis un moment à trouver des projets dont j'avais vraiment envie. Il me faut du temps pour décider ce dont j’ai envie, pour faire les choses.

Et je ne me consacre pas entièrement au cinéma. Je fais aussi du théâtre à New York –c'est d'ailleurs par ça que j'ai commencé ma carrière d'acteur. J'adore le cinéma mais j’aime retourner au théâtre de temps en temps: c’est une bonne courbe d’apprentissage, d’alterner de cette façon. On joue différemment sur scène, les défis ne sont pas plus grands ou plus petits mais ils sont autres, ce sont des exigeances nouvelles, et je peux toujours retirer du théâtre quelque chose pour le cinéma, et vice-versa. C’est revigorant.

Paul Dano est l'un des visages emblématiques du cinéma indépendant américain, comme le rappelle sa venue quasi-annuelle à Sundance.

Le tout premier film que j’ai fait était sélectionné à Sundance: L.I.E. C’était la première fois que je mettais les pieds là-bas, et je ne savais pas que j'y retournerais souvent par la suite.

C’est vraiment là-bas que j’ai découvert le cinéma indépendant, en fait. Je n’allais pas voir de film indés avant, j’allais voir de gros films avec mes copains; mes parents n’étaient pas non plus de grands cinéphiles, je n'avais pas vraiment d'ouverture sur ça. Sundance m’a ouvert les yeux. J’ai commencé à aller voir ces films-là à New York par la suite et j’ai pu pénétrer un autre monde très important.

Maintenant, je joue dans ces films indépendants. Quand on me propose un film, je n'accepte pas en fonction de ça, de l'image que cela renvoie. Et je ne me perçois certainement pas comme une figure emblématique de ce cinéma-là. J’essaie simplement de me fier aux scripts et je fais ces films là parce qu’ils me plaisent.

Ce qui plaît à Paul Dano, c'est aussi les comédies à la Farrelly, comme Dumb and Dumber.


Dumb & Dumber en vf ici.

J’adore ce genre d’humour. Ce film est génial, le meilleur des Farrelly je pense. Il a passé le test du temps. Je l’ai vu quand j’étais très jeune et je l’aime toujours.

Je crois que j’aimerais jouer dans ce genre de films, mais pas qu'on me contacterait pour de tels rôles. Les scripts que j’ai faits ne requéraient pas ça. Pour le personnage de Calvin par exemple, dans Elle s'appelle Ruby, il s’agissait sans doute d’un humour plus à la Jacques Tati.

Mais je voudrais faire autant de films différents que possible. Je voudrais faire de très gros films et continuer de faire des petits. La question, c'est simplement ce qui vous donne envie de vous lever.

A l'opposé sans doute des Farrelly, l'un des réalisateurs préférés de Paul Dano est le polonais Krzysztof Kieslowski.

Trois Couleurs: Bleu, c’est l’un de ces films que l’on voit et dont on se dit: ce film est différent de toute autre forme artistique qui existe. C’est rare de penser ça, il y a tellement de films commerciaux, tellement de films qui se ressemblent.

Kieslowski, c'est plus beau que tout et il utilise tout élément cinématographique à son maximum dans ce film: les dialogues, les acteurs, l’image, la musique, le son. Cela produit un objet qui se transcende. Et Juliette Binoche est l’une de mes actrices préférées. Elle est vraiment très belle.

Des films comme ça, c’est une chose extraordinaire, en tant que spectateur, a fortiori en tant qu’acteur. Quand on en fait un seul semblable à ça, c’est une chance immense, alors plus d’un... Moi, je suis déjà content d’avoir pu jouer dans plusieurs films que j’aime beaucoup –même si c’est difficile de se regarder, de s’aimer complètement.

Je suis sans doute difficile avec moi-même, mais je crois que la plupart des gens le sont. Vous imaginez vous regarder sur un écran et vous juger objectivement?

Co-réalisateurs de Little Miss Sunshine, Jonathan Dayton et Valerie Faris ont offert à Paul Dano son premier rôle important. Il les retrouve pour Elle s'appelle Ruby, réalisé à partir du scénario de Zoe Kazan. Une nouvelle famille du cinéma indépendant américain?

Je me sens souvent faire partie d’une famille quand je fais un film, mais ce sont des familles différentes à chaque fois. J’aime l’aspect collaboratif du film et le fait de partager.

On est dans une position très vulnérable quand on fait un film, on donne beaucoup de soi, on est à découvert. Du coup on se rapproche aussi très vite.

Sur Ruby, tous les quatre, nous nous sentions vraiment comme une famille, c’est sûr, c'était accentué par le fait que nous connaissions Valerie et Jonathan, que je suis avec Zoe.

Avec ces deux réalisateurs, j’accepterais de faire n’importe quoi. Humainement, ce sont des gens formidables, et je les aime, mais surtout, de façon très basique, je pense que ce sont de très bons réalisateurs, donc j’ai envie de travailler avec eux quoi qu’ils fassent. Ils sont compréhensifs et très minutieux. Ils prêtent attention au public, à la richesse des personnages, à l’histoire.

Quand ils ont accepté le script de Zoe, ils l’ont retravaillé, ils ont posé des questions très précises sur pourquoi tel personnage fait cela à tel moment? Ce sont de toutes petites questions toutes simples, mais cela améliore les choses et cela montre leur méticulosité. Cela crée un environnement de travail agréable et constructif aussi: ils parviennent à tirer le meilleur de ce que les acteurs ont en eux.

Dans deux de ses films récents, Monsieur Flynn et Elle s'appelle Ruby, Paul Dano joue un écrivain. La littérature semble jouer une place importante dans la vie de cet acteur qui a d'abord commencé par des études de lettres.


Theo van Rysselberghe, Belgian writer Emile Verhaeren (1855-1916). Musee d'Orsay, Paris

Dans Elle s'appelle Ruby, Calvin est un vrai écrivain. C’était important en tant qu’acteur, pour moi, de lire des choses sur les écrivains, la façon dont ils fonctionnent, dont ils travaillent, la perception que les gens ont d’eux.

Pour Calvin, j’ai lu les journaux de Steinbeck, la routine qu’il raconte, les jours où il était inspiré, ceux où il ne pouvait pas écrire. Ça a été très important. Pour Monsieur Flynn [dont le héros devient romancier et poète, NDLR] à l’inverse, j’y ai moins pensé, je pense que c’est davantage une histoire de relation père-fils qu'une histoire d'écrivains.

Mais pour chaque personnage que je construis, je lis beaucoup. Pour Joby dans For Ellen [film dans lequel il joue le rôle d'une rockstar, NDLR], le type ne lit pas mais moi j’ai lu les biographies de Slash, de Tommy Lee, des Motley Crüe. Cela vous remplit, ces livres.

La lecture est importante pour mon travail mais elle est importante aussi dans ma vie, au quotidien. J’adore les livres, j’adore cette relation intime où c’est juste vous et les livres, seuls. Je lis aussi toujours plusieurs livres à la fois. Je lis une histoire des Cahiers du cinéma, un livre de Steinbeck, un autre sur Kieslowski et un livre sur l’écriture, assez naze comme lecture de voyage.

Avant de vraiment me lancer dans le cinéma, j’ai fait des études de lettres, pour voir ce que ça faisait de faire autre chose, pour être sûr qu'acteur était bien le métier que je voulais faire. Et oui, j’en suis sûr.

Propos recueillis par Charlotte Pudlowski

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (741 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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