La France, pays du Nord ou du Sud?
Pour répondre, il faut remonter à l'origine de la crise européenne. Contrairement à l'idée répandue, les coupables ne sont pas, en premier, les dérapages budgétaires.
- REUTERS/Michaela Rehle -
La France est-elle un pays du nord de l'Europe ou du sud de l'Europe? La dette française bénéficie, ces derniers mois, de taux d'intérêt très bas parce que les marchés répondent: du nord. Ces taux mirifiques sont-ils usurpés? Les marchés anglo-saxons attendent-ils leur heure (la fin de l'année?), l'index sur leur tablette, prêts à renvoyer la Gaule à sa latinité?
Cette hypothèse glace d'angoisse le gouvernement socialiste. Toute sa politique est obnubilée par cette menace de dégradation. Ce serait pour François Hollande un Waterloo politique et économique puisque des taux relevés à 4% rendraient insoluble l'équation budgétaire et sanglante la rigueur «socialiste».
La France, au nord ou au sud? Pour répondre, il faut remonter à l'origine de la crise européenne. Contrairement à l'idée répandue, les coupables ne sont pas, en premier, les dérapages budgétaires.
Une étude éclairante de l'agence Moody's montre que les pays méditerranéens ont réduit de -8% du PIB à -1% leur déficit avant la création de l'euro (1999), puis ils ont relâché leur effort pour plafonner à un déficit de -2%, alors que les pays du centre (les pseudo-vertueux) ont, eux, glissé de +2% en 1999 à -1% en 2005. Les cigales n'étaient pas celles qu'on croit [1].
Après 2005, c'est vrai, le Nord s'est mieux comporté en moyenne, mais le Sud est resté à -2% (hormis la Grèce, dont on comprendra en 2009 combien les statistiques étaient truquées).
Ce n'est pas le budget qui dérape dans ces pays, mais le déficit commercial qui descend en flèche de 0% avant l'euro à -9% du PIB en 2007. Pourquoi? Parce que leur consommation explose: +30% en Grèce et Espagne, +12% au Portugal, de 2000 à 2007, contre seulement +4% en Allemagne. Les pays du sud s'endettent auprès des pays du nord pour importer et le service de cette dette du Sud vis-à-vis du Nord croît à 5,6% du PIB en 2007. Il fallait que cela s'arrête.
Et la France?
La France est-elle dans ce cas? Elle souffre elle aussi d'un déficit extérieur qui se creuse. Mais celui-ci ne provient pas d'un boom des importations, la cause en est une stagnation des exportations.
La France n'a pas vu sa consommation exploser après l'adoption de l'euro, mais elle a vu ses productions se dégrader progressivement. Normalement, les revenus auraient dû suivre, mais ils ont été maintenus, voire améliorés grâce en grande partie aux prestations sociales.
L'Etat au sens large (Sécurité sociale et collectivités locales comprises) a prélevé plus pour distribuer plus: aujourd'hui 56% du PIB, record mondial. Il maintenait ce faisant la consommation comme un bon moteur de l'économie française, mais cette performance est trompeuse: elle s'est faite en ponctionnant toujours plus les producteurs. Et quand la puissance publique comprenait qu'elle exagérait, que le travail était devenu trop cher, elle allégeait le fardeau de certains (défiscalisation des bas salaires), mais forcément aux dépens des autres.
Depuis quatre ans, le Sud a progressé sur le bon chemin. L'Italie, l'Espagne, le Portugal ont abaissé leurs coûts de production et amélioré leur export. Les déficits commerciaux ont été réduits de moitié en moyenne (à -4% du PIB en 2011). La France n'a encore rien corrigé de son modèle.
L'effondrement de la croissance cet été oblige désormais au choix. Selon Laurence Boone, de Bank of America Merrill Lynch, le ralentissement de la croissance de la zone euro aura été violent en 2012 (-0,7% contre +1,6% espéré il y a un an) et l'ajustement budgétaire a été ralenti par le manque de recettes: le déficit de la zone euro devait être ramené à -2,9% du PIB, il restera de -3,4% [2].
Cette leçon de 2012 vaut pour 2013. En France, le gouvernement, qui refuse toujours de choisir, a fait ses calculs pour une hausse du PIB en 2013 de 0,8%. Si la croissance tourne en récession de -0,3%, comme le prévoit Laurence Boone, le déficit ne remontera pas de -4,2% fin 2012 à -3% fin 2013, mais à -3,5% ou -3,7%.
Le fameux seuil de 3% sera manqué. Le gouvernement devra soit plaider pour des délais (les marchés n'apprécieront pas), soit annoncer 10 ou 15 milliards d'euros de coupes supplémentaires, soit lancer enfin des efforts structurels et une politique d'offre qui dynamisent la croissance.
La faveur des marchés pour la France ne va pas durer encore bien longtemps. Le gouvernement a pris des risques: conserver une hypothèse non crédible de croissance, privilégier les hausses d'impôt aux coupes des dépenses. La dernière erreur, sans doute fatale, serait de minorer l'impératif structurel de compétitivité.
Eric Le Boucher
Article également publié dans Les Echos
[1] «Euro Area Periphery, Special Comment», 21 août 2012. Retourner à l'article
[2] «Global Economic Weekly», 21 septembre 2012. Retourner à l'article
Mis à jour le 08/10/2012 à 10h46


















































Encore la même fable que nous resservent jusqu'à plus-soif les groupies de l'austérité. "Le Sud a progressé sur le bon chemin" nous dit-on ici. Tu parles. Le Sud a encore de longs trimestres de récession devant lui, sa dette continue à augmenter et l'appauvrissement de la majorité de sa population est un phénomène qui va perdurer sur plusieurs décennies. Quand l'Espagne aura été secouée au point de mettre en cause les fondements de son existence en tant qu'Etat, un haut fonctionnaire viendra sûrement nous expliquer que ce n'est pas grave, car les crève-la-faim y seront devenus compétitifs...
Les marchés ont parfaitement intégrés ceci et c'est pourquoi il font plus confiance à la France qu'aux "bon élèves" des experts-idéologues du FMI et de la Troïka. Mais certains éditorialistes, mécontent que la réalité échappe à leur pensée préformatée, s'acharnent à jouer les Cassandre. Voilà la seule valeur de votre papier, M. Le Boucher.
Alors que les pays du nord ou du sud de l'Europe ont globalement essayé d'adapter leur comportement face à la crise économique pour en corriger, autant que faire se peut, les effets nocifs, la France, elle, ainsi que l'explique monsieur Le Boucher "refuse toujours de choisir, a fait ses calculs pour une hausse du PIB en 2013 de 0,8%" à laquelle personne ne croit.
Mais qu'importe puisque Roland Dumas vient de nous expliquer, en parlant de notre Président : "Et aussi, je crois que c'est quelqu'un qui a de la chance. Je veux dire par là que si, dans deux ans, les affaires économiques repartent, il aura réussi. Mais pour cela il faut qu'il compte sur sa chance."
Eh bien il ne nous reste plus qu'à croiser les doigts !
...sans la planche a billets. Plus serieusement:
Des gouvernements de droite qui clament la rigueur et creusent des deficits abyssaux (Sarko, ministre du budget record d'augmentation de la dette...pulverise quand il fut president de 1000 a 1800 milliards plus les PPP ... digne complice de GW Bush) et qui, des qu'ils sont dans l'opposition, hurlent a la spoliation et a la "haine des entrepreneurs" quand le gouvernement doit augmenter les impots (car la baisse des depenses ne peut venir que de reformes de structure qui demandent courage et temps...).
ELB semble rejoindre les medias qui clament que ce n'est pas assez de rigueur mais hurlent au loup des que les impots augmentent et se font l'amplificateur de ceux qui se plaignent (les plus privilegies?) d'etre touches par l'augmentation des impots liee a la lutte contre les deficits (voir l'Express et ses couvertures irresponsables...).
Les marches semblent plus lucides que ELB puisqu'ils ont fait baisser les taux d'interets de la France (de 3 a 2.2% sur 10 ans, taux negatifs a court terme). Peut etre est ce parce que taxer les plus riches affecte moins la demande et parce que Hollande fait en gros la politique pronee par Bayrou ref au deficits.
Avec ce budget d'augmentation importante des impots, la France a choisi (a t'elle raison ou tort? C'est une autre question) la rigueur. Bien sur, les 0.8% de croissance... c'est une pratique courante, mais connue des marches et emettre une hypothese de croissance nulle aurait peut etre mene a une rigueur excessive et probablement a une terrible recession. C'est ce que vous voulez?
La reduction des depenses, c'est facile a dire, pas facile a faire. Voyons:
- Pas possible de reduire le service de la dette ou des paiements des tres onereux Partenariats Publics Prives.
- Le plus facile a corriger, c'est l'enormite des contrats passes par l'etat au prive. Cela est en train d'etre fait avec le retard de grands projets mais est generateur de baisse d'activite
- Reduire le nombre d'etages de decision (par exemple supprimer l'administration a l'echelle des departements mais probleme du corps prefectoral a regler)
- Limiter l'augmentation du nombre de fonctionnaires a l'echelon local et regional. Mais impact sur l'emploi et la croissance
- Lutter contre l'ideologie "le public ne peut rien faire": la soustraitance generalisee du travail du public au prive genere de plus en plus de gaspillages puisqu'au dela du travail a faire, on paie des fonctionnaires et des managers du prive a negocier des contrats en suivant des procedures interminables qui coutent beaucoup plus cher que le travail a effectuer sans compter les comportements anticompetitifs du prive payes par le secteur public. Mais cela ferait hurler ELB et les medias.
L'Allemagne a reussi le tournant de la rigueur, mais la cogestion a signifie que les classes dirigeantes Allemandes ont montre une certaine solidarite avec les classes moyennes. Est ce que cela est possible en France? Les exemples Arnaud,..., pigeons en font douter. Les incantations d'un leader irresponsable de l'opposition "la haine des entrepreneurs" n'incite pas a l'optimisme mais a la lutte des classes.
Cependant, il est clair que la seule alternative a la politique actuelle est la politique economique pronee par le Front National. Souhaiter l'echec (et tout faire pour) de Hollande, c'est faire le lit d'une crise majeure avec eclatement de l'euro et restructuration de la dette avec la ruine des classes moyennes et possedantes. Bien sur, tant que les mesures de reformes de l'etat ne sont pas definies et mises en place, il est difficile de juger de ses chances de succes. Mais hurler comme ELB ne fait que rendre son courage plus improbable! Irresponsable!
"Le gouvernement a pris des risques : conserver une hypothèse non crédible de croissance, privilégier les hausses d'impôt aux coupes des dépenses"
Bravo ! Quelle subtilité dans l'art de mélanger le vrai et le faux !
Mais c'est raté quand même, vous n'avez pas réussi à me faire croire qu'il aurait été moins dangereux de privilégier à l'inverse les coupes dans les dépenses aux hausses d'impôt. Je réclame toujours une démonstration digne de ce nom.
En attendant je continue à penser que les transferts de richesses des classes démunies vers les plus aisées ont un effet négatif sur la croissance, et qu'à l'inverse les transferts dans l'autre sens sont bons pour la croissance. Donner de l'argent aux riches ne sert à rien car ils en ont déjà trop et ne savent pas quoi en faire. De précieuses ressources sont alors dilapilées dans la spéculation, enterrées dans des paradis fiscaux, ou pire que tout investies chez nos concurrents.
Alors que donner de l'argent aux pauvres stimule la consommation nationale et oriente l'investissement vers la satisfaction des besoins de base de la population.
Au fait la Suisse est elle un pays du Sud ou du Nord ? Difficile à dire, puisqu'il s'agit d'une confédération de peuples latins (romans, romanches et tessinois) et germaniques. Mais au fond, peu importe, puisqu'elle est numéro 1 mondial de la compétitivité :
http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0202248638751-la-suisse-conserve-la-palme-de-la-competitivite-358850.php
Avec des salaires trois fois plus élevés qu'en France. C'est un signe qui ne trompe pas.
je ne preterais pas d'argent à un pays qui emprunte pour payer les intérêts de sa dette. or, c'est le cas de la France.
On a compris que la France est un pays d'assistés communistes.
Et après ?
Je ne dis pas qu'on ne va pas se planter, mais pour le moment, je savoure toutes ces marionnettes qui gesticulent pour dire que "56% du PIB" c'est pas bien, mais qui ont profité et profitent toujours de ce système et qui n'arrivent pas à trouver la véritable faille pour faire tomber le pays ...
Si des grands offenseurs comme le Japon et les Etats Unis d' Amérique peuvent se permettre ce qui est interdit à tous les autres, pourquoi pas?
Les Chinois financent bien de façon pas très orthodoxes leurs industries exportatrices tout en manipulant leurs taux de change.
Les Français et les Allemands ont été les premiers à violenter l' accord de Maastricht, même si c' est vrai que les Allemands ont fait ammende honorable à temps.
Il y a t' il un règle? Je ne le crois pas. Les marchés sont des bêtes émotionnels, des éponges à rumeurs.
Mettons en place un système Européen, stricte, discipliné, faisons le ménage et respectons nos engagements ainsi que les bonnes vieilles règles de prudence bancaire.
Charité bien ordonnée ...
Il n'y a pas de pire aveugle que celui qui refuse de voir.
Continuez à croire que
"donner de l'argent aux pauvres stimule la consommation
nationale et oriente l'investissement vers la satisfaction des
besoins de base de la population."
Donner de l'argent aux pauvres les maintient dans la pauvreté. Ce n'est pas d'argent qu'ils ont besoin mais de travail. Et pour travailler il faut des compétences, des entrepreneurs et des profits.
"je savoure toutes ces marionnettes qui gesticulent" : savourez, savourez le temps qu'il vous reste.
Bonjour Ming
Il n'y a pire aveugle que celui qui refuse de voir, en effet.
Donner de l'argent aux pauvres stimule la consommation, donc l'investissement et l'emploi. C'est la raison pour laquelle les pays scandinaves qui indemnisent leurs chômeurs dix fois mieux que la France connaissent un taux de chômage beaucoup plus bas.
Le mécanisme n'est pas seulement économique mais aussi politique. Quand les chômeurs sont bien indemnisés le chômage coûte cher, il devient alors un problème pour le gouvernement, qui se décide enfin à le combattre sérieusement.
Quand les chômeurs ont droit à presque rien le le chômage coûte presque rien, il devient alors une solution et non pas un problème. C'est le drame de la France.
m le boucher n'a qu'une obsession, c'est liquider le système social français. Il appelle cela, pudiquement réforme structurelle (ce n'est pas le seul, c'est la posture dominante des éditorialistes libres de penser comme leur patron). Pour cela il n'a pas besoin ni de fait ni de débats, il a juste besoin d'organiser quelques phrases collant avec l'actualité ayant pour but d'expliquer tour à tour que la politique a suivre c'est celle du pays qui a le vent en poupe (momentanément ensuite si le vent tourne, il cherche un autre faire valoir).
Eric le boucher se moque pas mal de l'économie (comme tous les paris dauphine) il n'a d'yeux (dieu) que pour la gestion. il se fou pas mal des réalités sociale et économique, sont seul problème c'est comment se débarrasser de la sécurité sociale, de la caf, de l'éducation nationale et de tous les éléments qui lui donne de l'urticaire comme à tous les paris dauphine et les gens qui pour pouvoir se dandiner les soirée humanitaire ne doivent pas avoir la concurrence infamante des organismes financés collectivement mais sans fard.
Il n'aura échappé à personne que par l'euphémisme Nord/Sud on évite bien évidement de parler de religion. Car, dans l'UE, comme par hasard, on peut superposer la carte des pays créateurs d'excédent commercial avec celle des pays protestants (l'ancienne ligue Hanséatique), et ceux endettés avec celles des pays catholiques. La seule exception étant la Grèce qui est elle orthodoxe, en fait culturellement plus en phase avec la Russie et les pays slaves. La lecture de Esprit du Capitalisme et Éthique du Protestantisme, par Max Weber, offre les clefs nécessaires à la compréhension de cette religion.
On peut même pousser l'argument que la France, à mi-chemin entre le nord et le sud, est catholique aujourd'hui mais était, jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes, le pays de naissance du protestantisme. Nous serions donc des "presque-protestants", culture que nous avons développé dans le Colbertisme.
Toujours la même rengaine, vive le dogme.
Le coût du travail dans l'automobile est largement supérieur en France qu'en Allemagne. Pour quel résultat ?
Ah merde, ça colle pas dans votre raisonnement ! Trop injuste !