France

«Racisme anti-blanc»: peut-on être condamné pour injure raciste contre un blanc?

Grégoire Fleurot, mis à jour le 29.09.2012 à 11 h 48

En théorie oui, mais il n'y a pas de jurisprudence.

Un jeune membre de la confrérie folklorique des Blancs-moussis lors d'un carnaval célébrant leur 60e anniversaire à Stavelot, en Belgique, le 12 août 2007, REUTERS/Francois Lenoir

Un jeune membre de la confrérie folklorique des Blancs-moussis lors d'un carnaval célébrant leur 60e anniversaire à Stavelot, en Belgique, le 12 août 2007, REUTERS/Francois Lenoir

Dans son prochain livre, Manifeste pour une droite décomplexée, le candidat à la présidence de l’UMP Jean-François Copé écrit qu’un «racisme anti-blanc» se développe en France, où certains méprisent des Français «qualifiés de “Gaulois” au prétexte qu'ils n'ont pas la même religion, la même couleur de peau ou les mêmes origines qu'eux». Il y raconte une anecdote à propos d’une habitante de Meaux à qui un voisin en colère aurait déclaré «casse-toi, la Gauloise». Peut-on se faire condamner pour injure raciale envers un blanc?

En théorie oui, mais pas pour avoir traité quelqu’un de «Gauloise». L’injure à caractère racial est un délit qui ne fait pas de différence entre les couleurs. La loi définit «l'injure non publique présentant un caractère raciste» comme une injure «commise envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée».

Si «sale noir» rentre dans cette catégorie, «sale blanc» aussi. «Tout dépend de l’interprétation des tribunaux, mais si l’on suit strictement la loi, alors une insulte contre les blancs rentre dans le cadre de cette loi», estime Sabrina Goldman, avocate chargée des relations avec les associations à la Licra.

Caractère offensant

Traiter quelqu’un de «gauloise» a en revanche peu de chances de vous valoir une condamnation en justice. A la différence de termes comme «nègre», qui renvoie à l’esclavage, ou «youpin», dont le caractère offensant est largement accepté, il est difficile de prouver la connotation négative ou raciste du terme «gaulois».

C’est selon ce même principe qu’Houria Bouteldja, la porte-parole du Parti des indigènes de la République, a été relaxée en janvier dernier. Elle était poursuivie pour injure raciale par l’Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne (Agrif) pour avoir employé le terme «souchiens» pour désigner les Français «de souche». Le tribunal correctionnel de Toulouse avait estimé qu’on ne pouvait pas prouver que le mot avait été employé «à dessein pour blesser et outrager une certaine catégorie de Français», même si on pouvait le penser.

«Dire “les gaulois sont des voleurs” peut en revanche rentrer, toujours en théorie, dans le cadre de l’incitation à la haine raciale», estime toutefois Sabrina Goldman, un délit passible d’un an d’emprisonnement et de 45.000 euros d’amende.

La théorie et la pratique

En théorie, l’insulte à l’encontre des blancs peut donc être punie par la loi. Mais dans la pratique, ce genre de cas est extrêmement rare, voire jamais vu. «Je ne suis pas au fait de toutes les décisions de justice prises en France, mais nous nous sommes déjà penchés sur la question et à ma connaissance, il n’y a jamais eu de décision de justice en ce sens», affirme l’avocate de la Licra.

Du côté de la police nationale, on explique que dans l’absolu, les policiers qui traitent les affaires peuvent avoir connaissance de dimensions raciales dans des cas de violences ou d’injures contre des personnes blanches, mais qu’on «n’opère pas de dichotomie sur les plaintes pour injures raciales» dans les statistiques.

De tête, un policier interrogé évoque trois affaires dont il s’est occupé au cours de sa carrière dans lesquelles la dimension raciale à l’encontre des blancs était présente, sans pour autant savoir quelles en ont été les suites judiciaires. Il évoque notamment un détrousseur de téléphones ayant spontanément avoué choisir ses victimes en fonction de leur couleur de peau, les blanches ayant dans son esprit plus de chances d’être riches.

On touche ici à la différence entre l’injure raciale et les violences à caractère racial. Si des violences sont accompagnées d’injures du type «sale blanc» et qu’il est prouvé que c’est bien la couleur de peau qui a motivé l’attaque, le caractère racial de l’agression devient une circonstance aggravante.

Et du côté des tribunaux? Le tribunal de grande instance de Nanterre confirme, après recherche, ne pas avoir retrouvé de trace d'affaires où des plaintes dans ce sens ont été déposées. Même circonspection du côté du TGI de Bobigny: «Il n’y a pas eu d’affaires de ce type à ma connaissance, explique-t-on au bureau du procureur. Ce type de racisme existe peut-être, mais ça ne semble pas déboucher sur des plaintes.»

Grégoire Fleurot

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Précision: la photo d'illustration représente un membre de la confrérie des Blancs-moussis. Le personnage n'a aucun caractère raciste mais est un personnage traditionnel du carnaval de Stavelot en Belgique. Cette photo a été choisie pour des raisons purement esthétiques.

Grégoire Fleurot
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Journaliste
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