France

Le dextrisme ouvre un nouvel espace au centre

Eric Dupin, mis à jour le 28.09.2012 à 7 h 16

Plus l'UMP se droitise, plus Marine Le Pen force le trait et plus les centristes ont une chance de renaître de leurs cendres.

Jean-Louis Borloo. JACQUES DEMARTHON / AFP

Jean-Louis Borloo. JACQUES DEMARTHON / AFP

On ne parle pas beaucoup d’eux mais ils se frottent les mains. Les centristes ancrés à droite sont intimement persuadés que leur nouveau parti naît au bon moment. L’UDI (Union des démocrates et indépendants) s’est constituée sans bruit le 18 septembre. Autour de Jean-Louis Borloo se sont rassemblées les diverses strates de centristes successivement déçus par François Bayrou.

Cela commence à faire du monde. La nouvelle formation compte déjà une force de frappe parlementaire non négligeable: 30 députés et 28 sénateurs.

Les espoirs de l’UDI, qui a l’ambition d’être un parti à part entière, reposent sur deux réalités. La première réside dans la spirale de droitisation qui s’est emparée de l’UMP. Le grand parti de droite créé il y a dix ans apparaît de plus en plus obsédé par la concurrence du Front national. D’ores et déjà, plusieurs de ses leaders s’inquiètent de la perspective de voir Marine Le Pen éliminer le candidat de l’UMP en 2017. La radicalisation d’une partie de la base du parti conduit, par ailleurs, ses leaders à une forme de surenchère.

Les effets en cascade du dextrisme

Un singulier «dextrisme» provoque des effets en cascade de ce côté de l’échiquier politique. Plus l’UMP se droitise, dans la continuité de la dernière campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, et plus le FN est contraint de forcer le trait pour défendre sa singularité. C’est ce qui conduit Marine Le Pen à prôner l’interdiction du port du voile islamique et de la kippa dans tout l’espace public, au risque de ruiner ses efforts pour se réconcilier avec la communauté juive.

Cette fuite en avant amène, à son tour, certains dirigeants de l’UMP à hausser le ton pour capter l’attention d’un certain électorat populaire (ou militant). La provocation calculée de Jean-François Copé sur le «racisme anti-blanc» –au-delà de la réalité du phénomène– s’inscrit dans ce registre. Conscient du piège qui lui était tendu, François Fillon s’est bien gardé de critiquer son rival sur ce terrain.

Il résulte de tout cela une image de l’UMP très décalée par rapport au centre de gravité de la société française qui ouvre un espace au centre-droit. Les responsables de l’UDI comptent bien l’occuper même si, comme il est probable, Fillon doit l’emporter. Selon eux, le nouveau président de l’UMP sera de toute manière contraint de surveiller son flanc droit et de lui donner des gages.

Le discrédit de Bayrou

Le discrédit de François Bayrou est l’autre atout du nouveau parti. Le parcours solitaire du fondateur du MoDem l’a conduit au fond d’une impasse. Isolé, abandonné par une flopée de compagnons de route, l’ancien député des Pyrénées-Atlantiques a été obligé de saluer avec «sympathie» la démarche de l’UDI et de lui tendre la main. Certains de ses proches, comme le sénateur du Pas-de-Calais Jean-Marie Vanlerenberghe, travaillent à une convergence entre Bayrou et Borloo.

Cela n’empêche pas l’ancien candidat centriste de persister dans sa stratégie d’équilibriste en jugeant positivement une partie des orientations du nouveau président de la République. Bayrou caresse toujours le rêve d’une recomposition de la majorité présidentielle. En gardant deux fers au feu, il s’interdit cependant de pouvoir jouer un rôle de premier plan dans la reconstruction du centre-droit, sa famille d’origine.

Ne pas refaire l’UDF

Si le contexte actuel est assurément porteur, l’aventure de l’UDI reste handicapée par plusieurs faiblesses. Transformer une addition de personnalités, qui se détestent parfois cordialement, en un parti doté d’un minimum de cohérence ne sera pas une mince affaire. Ses initiateurs ne veulent surtout par répéter l’expérience de l’UDF, une confédération de partis vouée aux compromis boiteux et menacée d’impuissance. Chacun adhèrera directement à l’UDI, qui tiendra son assemblée constituante le 21 octobre à Paris, même si les doubles appartenances seront autorisées.

L’originalité de la nouvelle formation reste encore à prouver. L’UDI devra définir une orientation qui lui soit propre si elle ne veut pas se réduire à un petit syndicat de défense des élus qui rechignent à passer sous la coupe de l’UMP.

Ce travail d’élaboration idéologique ne sera pas aisé si l’on songe que les «démocrates indépendants» regroupent des sensibilités qui vont de la «gauche moderne» de l’ancien socialiste Jean-Marie Bockel à l’antique parti libéral-conservateur qu’est le CNIP (Centre national des indépendants et paysans).

Borloo plus intuitif que méthodique

On rétorquera que l’UDI a l’avantage d’être fédérée par un leader incontesté en le personne de Jean-Louis Borloo. Le charisme de l’ancien ministre de l’Ecologie lui assure un rôle directeur dans la définition du nouveau mouvement. Mais chacun sait aussi que Borloo, plus intuitif que méthodique, n’a pas exactement le profil d’un chef de parti idéal. Saura-t-il s’entourer des compétences nécessaires pour que son entreprise se développe dans les meilleures conditions?

Toujours est-il que l’exception historique d’une droite française rassemblée en une formation unique risque de se refermer. Créée dans la foulée de l’élection de Jacques Chirac à l’Elysée, l’UMP avait absorbé l’essentiel du RPR et de l’UDF. La rivalité entre ces deux formations était devenue de plus en plus artificielle. Pour autant, les droites restent plurielles. Un tempérament modéré et libéral s’oppose toujours aux inclinations conservatrices et autoritaires. Tout le pari de l’UDI est de faire revivre cette diversité.

Eric Dupin

Eric Dupin
Eric Dupin (207 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte