Votre logement est-il une passoire énergétique?

Dalek City (Dusk Streetscape 3) mousyboywithglasses via FlickrCC License by

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La proposition de loi qui cherche à instaurer un bonus/malus énergétique veut responsabiliser les consommateurs et éliminer les «passoires énergétiques» en incitant leurs propriétaires à les isoler mieux. Tout en protégeant les ménages les plus fragiles qui pourraient les occuper.

Combien de Français habitent dans une passoire énergétique? Inutile pour le savoir de vous précipiter sur le texte de la proposition de loi déposée à l'Assemblée nationale: nulle part, le terme –pourtant cité– n'est explicité. Pas plus du reste celui de «logement mal isolé» qui constitue pourtant un fondement du futur dispositif. Rien d'étonnant: cette notion ne fait l'objet d'aucune définition officielle.

Le terme de «passoire» ou de «logement mal isolé» renvoie spontanément à l'image d'un logement qui laisse entrer l'air froid hivernal (ou la chaleur l'été). Et contraint donc ses occupants à pousser à fond radiateurs et chaudière (ou air conditionné) pour obtenir une température simplement correcte.

En réalité, la proposition de loi –tout comme les experts– s'intéressent en général –et par commodité– à la consommation énergétique totale des foyers: le chauffage bien entendu, mais aussi l'eau chaude, l'éclairage et les «usages spécifiques de l'électricité» (équipements électriques et électroniques). In fine, le chauffage s'octroie les deux tiers de la facture, mais un bon tiers ne dépend donc en rien de la qualité du bâti. Ou de l'efficacité des systèmes de chauffage.

Consommation par m2

Ceci en tête, c'est en scrutant un chiffre bien particulier que les spécialistes reconnaissent les vraies «passoires». Ce chiffre, c'est le nombre de kwh consommés chaque année par mètre carré dans un logement.  

Si vous dépassez les 350 kwh à 400 kwh/m2, aucun doute, vous habitez une vraie passoire. Certains analystes très sévères descendent même à 300 kwh/m2. La moyenne nationale se situe elle à 190 kwh/an/m2. Problème: impossible de savoir, facilement du moins, combien de logements se trouvent dans ce cas.   

Le DPE –diagnostic de performance énergétique– n'est pas d'un grand  secours: il n'est obligatoire qu'en cas de transaction (construction, vente, location) et a vu sa méthodologie évoluer depuis sa création. Sachez cependant que selon un bilan réalisé par la profession en 2011, un peu plus de 20,5% des logements diagnostiqués ont hérité d'un F (plus de 331 kwh/an/m2) ou d'un G (plus de 450kwh/an/m2). Mais les logements de cette étude ne sont pas forcément représentatifs du parc total.

L'Ademe (l'agence de l'environnement et de la maitrise de l'énergie) quant à elle publie bien des chiffres de consommations moyennes par type de logement (individuel ou collectif, ancien ou récent) mais sans référence à leur superficie respective.

En les croisant avec les données de l'Insee sur la superficie moyenne des logements, l'habitat collectif et individuel anciens affichent un peu plus ou aux alentours de 200 kwh/m2/an en moyenne, contre 160 kwh/m2/an à 185 kwh/m2/an pour l'habitat collectif et individuel récents. Ces moyennes, on le voit, ne permettent pas de traquer les extrêmes, et donc les passoires...

D'autant, explique un expert, qu'il est parfois fallacieux de se fonder sur les consommations réelles: c'est négliger par exemple tous ces foyers modestes qui baissent le radiateur par impossibilité d'acquitter la facture énergétique. Et consomment donc peu de kwh... par contrainte.

Année de construction

La meilleure façon de savoir quelle partie du parc immobilier français est susceptible de prendre l'air de tous côtés, c'est paraît-il de se pencher sur l'année de construction de chaque logement. 

Avant 1949, l'isolation n'existait guère, mais l'utilisation de matériaux lourds garantissait une certaine étanchéité à l'air. Après 1975, les réglementations thermiques ont permis une amélioration progressive des performances.

Aujourd'hui, du reste, les logements basse consommation arrivent à afficher des consommations limitées à quelques dizaines de kwh /m2/an. C'est entre 1949 et 1975 que les passoires sont donc, en premier lieu, à chercher. Leur consommation énergétique moyenne serait d'un quart à un tiers plus élevée que les logements construits avant guerre. Sauf que: certains ont fait l'objet de rénovations lourdes et sont donc devenus moins gourmands.

Toujours est-il que le nombre de logements construits entre 1949-1975 représenterait environ 25%-28 % du parc immobilier français, qui consommeraient –ce ne sont que des estimations–  environ 35% de toute l'énergie consommée par l'habitat résidentiel.

Toutefois, constate par exemple une étude du Ceren, la consommation par m2 dans les logements anciens est sur une courbe descendante régulière (-15% à -17% depuis 1984) alors que les logements construits depuis 1975 se révèlent... de plus en plus gourmands (+11% à +15%)!

Peut être, tout simplement, les occupants des seconds sont-ils moins regardants sur la facture car elle est moins lourde?  A moins que la qualité de l'isolation ne se détériore avec le temps? Quoi qu'il en soit, en matière de passoire, mieux vaut regarder les études à deux fois...

Pas sûr de toutes façons que la loi en devenir permette de les traquer: elle ne s'intéressera, dans un premier temps du moins, qu'à deux sources d'énergie –le gaz et l'électricité. Or, justement, les logements anciens ont proportionnellement plus de chances d'utiliser du fioul et même du charbon pour le chauffage. Ces deux sources d'énergie concernent plus de 26% des logements construits avant 1982 contre moins de 16% ensuite (9,5% après 1999). Le gaz et l'électricité, eux, chauffent 63% des logements d'avant 1973 contre 85% des maisons et appartements les plus récents.

Consommation au m2 ou par habitant?

Reste que le projet de loi promet également de pondérer les consommations en fonction du nombre d'habitant. Cela risque de faire grincer bien des dents. 

Car, certes, la consommation énergétique moyenne par m2 a diminué de 46% entre 1973 et 2010, passant de 352 kwh/M2/an à 190 kwh/M2/an, mais dans le même temps, la surface moyenne des logements a progressé de 25% pour atteindre 90 m2, tandis que le nombre moyen d'habitant par foyer diminuait (2,9 personnes à 2,3).

In fine: la consommation par habitant et par m2 n'a donc fléchi que de 19%. Pas si brillant donc. Mais doit-on pour autant recommander aux familles de se recomposer? Ou aux personnes âgées de ne plus vivre seules (ce que, sans nul doute, certaines adoreraient)?

Ce mode de calcul pose une vraie question éthique: si l'on peut contrôler son thermomètre ou la consommation de son réfrigérateur, peut-on vraiment influer sur le nombre de personnes avec qui on partage son foyer?

Catherine Bernard

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