France

Mieux vaut se faire voler son iPhone 5 à New York qu'à Paris

Grégoire Fleurot, mis à jour le 04.10.2012 à 10 h 00

En 2010, 630.000 Français se sont dits victimes d'un vol de portable. Et près de la moitié des vols dans les transports en commun de la région parisienne concernait les portables.

Dans le métro Newyorkais le 27 septembre 2011, REUTERS/Shannon Stapleton

Dans le métro Newyorkais le 27 septembre 2011, REUTERS/Shannon Stapleton

Ca n’a échappé à personne: Apple a sorti son dernier téléphone vedette, l’iPhone 5, vendredi 21 septembre 2012 dans neuf pays dont la France. Ces lancement de produits ultra-médiatiques font le bonheur des fans d’Apple bien sûr, des analystes financiers aussi à qui ils donnent de la matière pour des semaines, des blogueurs et journalistes spécialisés évidemment pour qui ils représentent une source intarissable de critiques ou de louanges, mais aussi des voleurs à la tire du métro.

A New York, les smartphones sont de loin les appareils les plus volés dans les transports en commun. Et parmi eux, les iPhones ont une place de choix sur la liste des objets à fort potentiel de revente.

Entre le début de l’année et le 23 septembre, la police de New York (NYPD) a recensé pas moins de 11.447 vols de produits Apple, 40% de plus que sur la même période l’année dernière. Le constat est sans appel: les iPhones sont de véritables aimants à voleurs à la tire. Pour lutter contre le phénomène, les autorités locales mènent habituellement des campagnes de prévention classiques avec un message clair: ne tentez pas les voleurs et laissez votre téléphone dans votre poche pendant votre trajet.

Mais le NYPD utilise aussi des moyens beaucoup plus concrets. La plus célèbre force de police du monde a stationné des agents dans les magasins de la ville vendant le nouveau produit phare d’Apple pour proposer aux acheteurs d’enregistrer leur appareil afin que celui-ci soit plus facilement traçable en cas de vol (les acheteurs d’autres smartphones ont également le droit de faire enregistrer leur téléphone), et même de le faire graver avec un code unique.

Chaque téléphone portable comporte en effet par défaut un code qui le rend unique, le code IMEI (International Mobile Equipment Identity), mais celui-ci sert surtout à bloquer l’appareil en cas de vol.

Opération I.D.

A New York, l’«opération I.D.» n’est pas réservée aux téléphones, et permet également aux acheteurs d’ordinateurs portables ou même d’objets portatifs d’un autre siècle comme les photocopieurs ou les fax, de s’enregistrer. L’objectif? En amassant le plus de coordonnées d’acheteurs et de numéros de série possibles, le NYPD espère rendre la revente des appareils volés plus difficile, et augmenter ses chances de restituer à leur propriétaire les appareils récupérés sur des voleurs.

Les policiers conseillent également aux nouveaux propriétaires de l’iPhone 5 d’activer le service «Localiser mon iPhone» qui permet, comme son nom l’indique, de localiser sur une carte votre téléphone perdu ou volé en en utilisant un autre appareil Apple. Car le NYPD ne se contente pas de faire de la prévention dans les Apple Store. La police new-yorkaise fait aussi patrouiller des agents qui localisent et appréhendent les voleurs grâce à la technologie de la marque à la pomme.

Et du côté de Paris, la capitale d’un des plus gros marchés d’Apple en dehors des Etats-Unis? «On ne fait pas la différence entre les marques», coupe d’emblée un responsable de la communication de la Préfecture de police (PP). Plutôt logique direz-vous: la République ne fait pas la différence entre les noirs et les blancs (dans ses statistiques), pourquoi le ferait-elle entre un iPhone 5 et un Samsung Galaxy? Sauf que les policiers recueillent bien la marque du téléphone lors de la déclaration de vol.

Pas de système d'enregistrement en France

Passons. A la PP, le téléphone volé n’a pas de marque, pas question donc de faire une opération de prévention spéciale pour la sortie de l’iPhone 5. Aucune trace non plus de campagne pour inciter les citoyens à enregistrer les objets fréquemment volés auprès des autorités.

La pratique est pourtant courante chez nos voisins européens. Les Britanniques ont le site Immobilise, qui permet aux citoyens d’enregistrer leurs objets dans une base de données utilisée par la police, les assureurs et même les revendeurs de produits d’occasion en cas de vol. La Belgique a également son système d’enregistrement. Un peu plus loin, à Singapour, la police dispose d’une base de données de codes IMEI de téléphones volés qui permet aux acheteurs d’appareils d’occasion de s’assurer qu’ils ne sont pas en train de devenir des receleurs.

Mais pas de trace de ce type de système en France. La police peut solliciter les opérateurs téléphoniques pour qu’ils lui fournissent les données correspondantes à un code IMEI, mais seulement dans le cadre d’une réquisition judiciaire. En d'autres termes, très peu des 630.000 Français qui se sont dits victimes de vols de portables en 2010 ont revu leur apprareil.

Une campagne efficace?

Notre NYPD à nous s’intéresse quand même aux vols dans les transports. La police mène depuis bientôt deux ans des campagnes de sensibilisation conjointes avec la RATP sur le risque de vol de téléphones nouvelle génération.

Dans les bus, métro et RER franciliens, on peut lire sur des affiches en forme d’écran de smartphone géant que plus de la moitié des agressions dans les transports ont pour motif le vol de téléphone portable. Des messages sonores sont diffusés dans les stations, des flyers sont distribués et si vous ne suivez pas les consignes, vous pouvez même avoir le droit à un petit discours de prévention de la part d’un agent de sécurité de la RATP ou d’un policier de la Brigade des réseaux ferrés qui passe par là.

Campagne conjointe de la RATP et de la PP.

En décembre 2011, la police se félicitait de l'efficacité du dispositif, qui avait fait passer selon elle la part des vols de smartphones dans le total des vols de 77% sur les dix premiers mois de 2010 à 58% sur la même période en 2011. Mais les chiffres plus récents du département d’investigation judiciaire de la brigade des réseaux ferrés tempèrent cette vision optimiste: en 2011, 9.457 des 19.903 objets volés dans les transports parisiens étaient des téléphones portables, soit 47%. «Une très forte augmentation par rapport à 2010» nous précise un commissaire du département.

Conclusion, si vous êtes l’heureux détenteur d’un iPhone 5 et que vous voulez absolument finir de lire cet article dans le métro, la police ne peut que vous conseiller... de ne pas le faire et d’attendre d’être rentré chez vous pour terminer votre lecture.

Et si votre attachement à votre liberté d’utiliser votre bien où et quand bon vous semble vous fait prendre des risques, un seul conseil: téléchargez l’application de localisation de l’iPhone. Si vous allez déposer votre plainte à la police dans les minutes qui suivent le méfait, vous avez une petite chance pour que des fonctionnaires vous emmènent dans leur véhicule et tentent d’interpeller le voleur à l’aide du système.

«J’ai moi-même cette application sur mon iPhone, nous confie le commissaire de la brigade des réseaux ferrés, et je conseille à tous les détenteurs de l’appareil d’en faire de même. Elle est gratuite, pourquoi s’en priver?» Décidemment, les clients d’Apple sont vraiment les meilleurs promoteurs de la marque.

Grégoire Fleurot

Article mis à jour le 4 octobre 2012 avec la publication des vols en 2010.

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