France

Un non pour un oui, l'absurde nouveau théâtre des Verts

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 28.09.2012 à 11 h 43

Un «non» à l’Europe au nom de l’Europe, cela nous rappelle quelque chose. Or, il n’existe pas, en la matière de «non» fondateur. Le «non» ne peut être que destructeur.

Cécile Duflot. REUTERS/Stephane Mahe

Cécile Duflot. REUTERS/Stephane Mahe

Aide-toi, les Verts t’aideront! C’est un peu la morale de cette triste partition qu’Europe Ecologie les Verts vient de nous jouer; avec, en clou de spectacle, une Cécile Duflot en virtuose de la langue de bois

Triste, parce qu’à ce jeu, tout le monde est perdant. Au point même que cela risque fort, quatre mois à peine après l’arrivée d’une nouvelle majorité, de sonner le glas de celle-ci.

L’objet du litige est, sur le fond, incompréhensible. Et, à mes yeux en tous cas, inadmissible.

Si l’on en croit celui à qui l’on prête d’être le grand ordonnateur de ce mauvais coup, le jeune et très talentueux sénateur Jean-Vincent Placé, il s’agit de dire «non» au traité budgétaire, dit de la «Règle d’or», complété par le pacte de croissance négocié par François Hollande, pour mieux affirmer… un «oui» à une Europe plus fédéraliste et écologique.


Jean-Vincent Placé par franceinter

Un «non» à l’Europe au nom de l’Europe, cela nous rappelle quelque chose, du côté de 2005 et du «non» français au traité de Lisbonne.

Or, il n’existe pas, en la matière de «non» fondateur. Le «non» ne peut être que destructeur.

Alors que l’Europe amorce à peine, grâce à l’action conjuguée de Mario Draghi, François Hollande, Mario Monti et Angela Merkel, une sortie de la crise des dettes souveraines, chacun voit bien que le refus de la France de souscrire à des disciplines collectives serait catastrophique. Il ne faut pas oublier que ces contraintes ont été initiées par la France et par François Mitterrand.

L'arrêt de mort de la zone euro

Cette soumission s’est poursuivie avec Nicolas Sarkozy, avec comme contrepartie des mécanismes de solidarité intra européens que l’on a tant cherché à mettre en place.

Refuser cela ne pourrait que signer l’arrêt de mort de la zone euro et notre replongée immédiate dans une crise de toute autre ampleur de celle que nous traversons.

Les Verts le savent bien, comme ils savent qu’il est absurde de prétendre que le traité budgétaire serait un obstacle à la transition écologique, alors même qu’ils déclarent vouloir approuver la loi de finances qui va mettre en application les objectifs du traité budgétaire!

Mais ils spéculent sur le fait qu’une partie de la droite (du moins si François Fillon et Jean-François Copé ne se dédisent pas) devrait voter ce texte  au nom de son ascendance sarkozyenne ou merko-sarkozyenne.

La «participation sans soutien»

Ces Verts-là sont en fait dans une posture tactique. Ils voudraient être dans la majorité tout en se dissociant.

Quitte à inventer, comme tout le monde l’a noté, la «participation sans soutien», pauvre pendant du «soutien sans participation» que la PCF avait opposé à Léon Blum en 1936, lors du Front populaire.

Mais trop de tactique tue la politique! Voilà les Verts lancés, comme l’a aussitôt relevé Daniel Cohn-Bendit, dans une «dérive gauchiste».

Ils commettent la même erreur qu’Eva Joly pendant la campagne présidentielle, avec le succès populaire que l’on sait: une campagne qui n’avait rien d’écolo et qui chassait sur les terres de Jean-Luc Mélenchon. Or c’est bien mal connaître le président du Front de gauche que de penser qu’il pourrait se laisser distancer sur le terrain de la surenchère et de l’anti-hollandisme primaire. Cours toujours, camarade!

Voilà donc la situation: une droite déchaînée contre le nouveau pouvoir, comme aux plus beaux jours de l’automne 1981, une extrême droite qui ne l’est pas moins, un Front de gauche radicalement dans l’opposition et l’allié Vert qui fait défaut, au moment d’un vote stratégique.

Un précédent qui nous a donné 5 ans de Berlusconi

Observons que ce genre de lâchage arrive toujours lorsque un pouvoir paraît affaibli. On ajoute donc la faiblesse à la faiblesse…

Je ne vois qu’un précédent dans l’Histoire récente: celui du gouvernement Prodi. Ce dernier avait entrepris, après la victoire de la coalition de gauche et de centre gauche, un premier redressement de l’Italie, lorsqu’il fut combattu de l’intérieur par divers mouvements d’extrême-gauche qui faisaient partie de sa majorité.

Résultat: cinq ans de Berlusconi! Bravo et merci!

Pourtant, François Hollande et les siens, dont Martine Aubry, ont dans cette affaire beaucoup péché. Car il fallait que le pacte législatif, conclu entre le PS et les Verts sous l’égide de la première secrétaire, soit bien faible et bien ambigu pour avoir laissé de côté la question européenne.

Jean-Vincent Placé n’a pas tort de se prévaloir, au nom des siens, d’une très bonne négociation: c’est lui qui a obtenu que les Verts, forts des circonscriptions concédées par le PS, soient suffisamment nombreux à l’Assemblée pour constituer leur groupe.

On dira: c’était avant la campagne de François Hollande. Certes. Mais François Hollande président, pourquoi s’est-il à ce point désarmé avant de s’être assuré du comportement de son allié Vert à un moment décisif?

Une cruelle contre-pédagogie

Pourquoi a-t-il autant lâché, a-t-il autant concédé au programme des écologistes sans contrepartie? Au risque d’oublier qu’il a aussi en charge, via Arnaud Montebourg, de réindustrialiser le pays, de renouer avec la recherche dans l’industrie, etc.

Son maximalisme dans l’interprétation du principe de précaution est ainsi fort peu payé de retour. C’est le moins que l’on puisse dire.

Le plus grave dans l’affaire est la contre-pédagogie qu’elle représente, à un moment où chacun voit bien que l’Histoire hésite, et alors même que les Verts se disent Européens.

Que n’ont-ils pas relevé ce qui, depuis l’élection de François Hollande, a changé sur le théâtre européen?

Pourquoi taisent-ils le changement de paradigme, qui fait de la recherche de la croissance un élément aussi structurant que le retour aux équilibres?

Pourquoi ne tirent-ils aucune fierté de leur participation à des débuts européens qui contribuent à amorcer une sortie de crise?

Au lieu de quoi, ils crédibilisent le discours de l’opposition qui assure que rien n’a été fait.

En outre, voter ne signifie pas renoncer aux débats. Or il y a tout un espace de discussions qui pourraient s’ouvrir notamment sur la contrainte des 3 %.

Le nouveau traité ouvre une brèche en distinguant déficits structurels, qu’il faut cadrer, et déficits conjoncturels, qui pourraient être assouplis.

Un destin à la japonaise?

On sait que les prochaines discussions entre Européens porteront sur ce sujet ainsi que sur l’étalement dans le temps des contraintes de retour aux équilibres.

Que ne s’efforcent-ils d’accompagner cette démarche? Cela vaut bien sûr aussi pour les socialistes qui croient pouvoir trouver leur salut dans un souverainisme repeint aux couleurs du gauchisme.

La France, comme les autres membres de l’Union européenne, mais plus encore notre pays qui vit dans la hantise d’un Juin 1940 économique et social, joue sa survie dans la crise européenne.

L’Union et la zone euro sont des éléments clés de la solution à cette crise, comme le savent bien les adversaires de la zone euro. C’est à ce niveau-là qu’il faudrait «placer» les enjeux. Si l’on veut avoir une chance d’échapper au sort funeste du Japon, qui est maintenant encalminé depuis vingt ans. 

Jean-Marie Colombani

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