La Ryder Cup pour sortir le golf français du bunker

Golf de Saint-Quentin-en-Yvelines, où se déroulera la Ryder Cup 2018, en juillet 2011, pendant l'open de France. REUTERS/Regis Duvignau

Golf de Saint-Quentin-en-Yvelines, où se déroulera la Ryder Cup 2018, en juillet 2011, pendant l'open de France. REUTERS/Regis Duvignau

L'organisation de l'événement, en France en 2018, doit favoriser l'émergence d'un champion tricolore. Et implanter durablement la pratique dans le pays.

Le golf français est aux abonnés absents lors de cette Ryder Cup 2012, comme il l’était lors des trois précédentes éditions. En revanche, la Belgique, forte de la montée en puissance du Bruxellois Nicolas Colsaerts, a obtenu pour la première fois le privilège d’une sélection. Avec pas le moindre tricolore recensé parmi les 100 premières places mondiales —le mieux classé actuellement est Raphaël Jaquelin, 134e— cela relevait, il est vrai, du rêve impossible. Jean Van de Velde (1999) et Thomas Levet (2004) restent donc les deux seuls tricolores à avoir participé à cette aventure sous le drapeau européen, Levet étant l’unique à avoir remporté cette Ryder Cup sous le capitanat de Berhard Langer.

Pourtant, l’état de santé du golf français n’est pas si mauvais qu’il en a l’air. Le nombre des licenciés continue à progresser au-delà des 415.000 affiliés —ce qui fait de la FFGolf la 7e fédération de France en termes d’effectifs. Sur le circuit européen, une quinzaine de joueurs possède actuellement leur carte parmi lesquels de jeunes espoirs prometteurs comme Romain Wattel, Victor Dubuisson ou Edouard Dubois. Mais le joueur qui figurerait régulièrement parmi les 50 premiers mondiaux et qui aurait ainsi de bonnes chances de valider son billet parmi les 12 meilleurs Européens lors d’une Ryder Cup se fait (désespérément) attendre.

Ne parlons pas du champion, c’est-à-dire d’un vainqueur d’un tournoi majeur, le dernier et seul en date restant ce bon vieux Arnaud Massy, sacré au British Open en 1907. Jean Van de Velde et Thomas Levet, 2e du British Open en 1999 et 2002, et Grégory Havret, 2e de l’US Open en 2010, n’ont pas réussi à forcer les portes de la gloire.

0,6% des Français jouent au golf, près d'un Américain sur dix

En 2018, pour la première fois, la France accueillera la Ryder Cup sur le parcours de Saint-Quentin-en-Yvelines et ce sera, bien sûr, un événement considérable dans l’histoire de ce sport en France. Comme une marche à ne pas manquer pour passer vraiment à l’étage supérieur dans un pays à la relativement faible tradition golfique. Les golfeurs représentent 0,61% de la population française, soit 25% de moins que la moyenne européenne (0,82%). A titre de comparaison, 1,9% de la population britannique joue au golf (4,9% en Ecosse), 5,8% en Suède et 9,5% aux Etats-Unis.

Au cours des six années à venir, les enjeux sont colossaux à la fois en termes d’organisation avec notamment la réfection assez profonde de l’Albatros, le 18 trous qui accueillera Américains et Européens en 2018, mais aussi en ce qui concerne la formation et du renforcement de la jeune élite. En effet, pour donner encore plus de poids à l’événement en 2018, il est à espérer qu’un joueur français au moins aura émergé pour faire partie de la sélection européenne à l’occasion de ce rendez-vous historique.

Pour le moment, le mode de sélection européen est le suivant: il repose sur un classement recensant les meilleurs résultats des Européens sur la période d’un an qui précède la compétition. Actuellement, les dix premiers sont directement qualifiés, les deux derniers joueurs relevant d’un choix personnel du capitaine. Pour être directement admis en 2012, il fallait être aux environs de la 30e place mondiale -le classement de l’Allemand Martin Kaymer, le 10e retenu automatiquement voilà quelques semaines.

Faire appel à l'expertise étrangère

La France du golf est, on le voit, très loin du compte et il y a presque déjà urgence à essayer de combler le retard. Pour faire progresser ses meilleurs jeunes joueurs et certains de ses cadres les plus aguerris, la FFGolf a donc mis en place un plan dont le but, très raisonnable, est d’installer durablement un joueur dans le top 50 mondial à l’horizon 2018, mais sans faire une croix, bien sûr, sur les Ryder Cup de 2014 et 2016. «2018 est un objectif, mais notre souhait est de voir le golf français représenté au plus haut niveau bien avant cette échéance, souligne François Illouz, vice-président de la FFGolf et président de la commission sportive du haut niveau. Mais c’est vrai que nous avons voulu nous donner les meilleures chances en nous ouvrant notamment vers l’étranger comme d’autres fédérations ont su le faire dans le passé pour bénéficier d’une expertise.»

Pour cela, une enveloppe annuelle de 200.000 euros a donc été votée afin de rémunérer des professionnels internationaux reconnus. En 2012, par exemple, l’Américain Bob Rotella, grand spécialiste de la préparation mentale, régulièrement consulté par des champions de la trempe de Darren Clarke ou Padraig Harrington, a reçu en Floride un groupe de  joueurs français, parmi lesquels Grégory Bourdy et Romain Wattel, en compagnie d’un entraîneur comme Olivier Léglise.

Parmi les sujets évoqués, le lâcher prise lors des grands événements. Plus récemment, l’Espagnol Manuel Pinero, ancien joueur de Ryder Cup et spécialiste du petit jeu, a proposé une «master class» à Bordeaux. Et d’autres consultants, comme Dave Pelz, expert en putting, sont prospectés pour 2013 après un premier retour sur expérience. «De la part de certains entraîneurs, il y a eu un peu d’incompréhension au départ comme si leurs compétences étaient mises en doute, explique François Illouz. Mais le but est de seulement regarder ce qui se fait ailleurs, de s’ouvrir à d’autres méthodes pour élargir sa vision.»

Dans les pas de Noah

La majorité des retours ont été positifs, même si le calendrier de ces différents rendez-vous s’est avéré délicat à mettre en place au milieu d’une année sportive. Côté français, Jean Van de Velde a également accepté une mission auprès des espoirs afin de les aider à préparer une saison.

Le rêve pour le golf français serait, bien sûr, d’avoir ce que le tennis français a eu avec Yannick Noah lorsqu’il a triomphé à Roland-Garros en 1983: le fruit resplendissant d’une politique fédérale élaborée par Philippe Chatrier, président de la FFT, dans le courant des années 70 avec la création de pôles comme ceux qui existent depuis peu dans le golf tricolore. Le champion qui entraîne derrière lui un flot de vocations et de talents.

Reste que le champion ne se décrète pas au-delà des systèmes de formation. Par nature, il est exceptionnel, mais il n’est pas exagéré de dire que le quotidien du golf français est, hélas, lui, bien trop ordinaire…

Yannick Cochennec