Monde

Ils sont où les candidats étrangers?

Les étudiants du Celsa, mis à jour le 07.06.2009 à 19 h 04

Depuis 1994, les Européens résidant sur le sol français peuvent être investis par les partis français pour l’élection au Parlement de l’Union. Dix ans après, on ne compte qu’une poignée de cas. Les raisons sont nombreuses, et le manque de volonté politique, criant.

On a cherché, on n'a pas trouvé. Ou si peu. Sur les listes des principaux partis français, seuls deux candidats étrangers sont éligibles : l’Allemand Daniel Cohn-Bendit, d’Europe Ecologie, et le Belge Raoul Jennar, du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA). Pour en trouver d’autres, mieux vaut lire les listes à l’envers.

UMP et PS ne sont pas exemplaires: Les listes de Xavier Bertrand ne comportent aucun ressortissant européen n’ayant pas la nationalité française. Le parti de Martine Aubry qui avait eu tant de mal à boucler ses listes, présente un seul candidat étranger, non éligible.

Pas mieux du côté du Modem, dont les uniques candidats étrangers se classent quatorzième et vingt-cinquième sur leurs listes respectives. Zéro pointé pour les autres : Front de gauche, FN, Libertas, Debout la République ne présentent aucun ressortissant européen. Oubli volontaire ou étrangers peu impliqués ? Lorsqu’on interroge les têtes de liste en Ile-de-France, ils sont gênés aux entournures.

En 2004, le champion de rallye finlandais Ari Vatanen était le premier étranger élu eurodéputé en France, sous les couleurs de l’UMP. Pourtant, cette possibilité, introduite en 1992 par le traité de Maastricht, était effective dès les élections européennes de juin 1994.

Quinze ans plus tard, les étrangers ne se sont pas imposés sur les listes françaises. Or, il suffit d’être ressortissant d’un pays de l’Union européenne (UE) et de résider en France depuis au moins six mois pour être investi candidat.
Faut-il alors y voir des raisons politiques ? Sylvie Strudel, chercheur en sciences politiques associé au Cevipof, met en cause le mode de scrutin organisé par circonscriptions

Ces élections européennes, en se régionalisant, se transforment en «référendum» pour ou contre le gouvernement. Résultat, selon Babette Nieder, secrétaire général de la Maison de l’Europe à Paris, «pour les Etats-majors des partis, ces élections sont plus une occasion de mesurer leur force sur l’échiquier politique national. Ils composent leurs listes en fonction de l’équilibre interne du parti.» Les étrangers étant peu nombreux parmi les cadres de ces partis, on ne les retrouve logiquement pas aux avant-postes des listes candidates.

Sylvie Strudel ajoute que «c’est une élection compétitive. Donc mettre des gens qui n’ont pas été très impliqués au quotidien à proximité des électeurs peut être perçu comme une irruption malvenue de la part des cadres locaux.» Ari Vatanen, imposé par Jacques Chirac dans le Sud-Est lors de l’élection de 2004, a subi les critiques des ténors locaux de l’UMP, privés d’un poste convoité.

Fin 2008, le Front de gauche a essayé d'intégrer des étrangers sur ses listes, afin de "montrer qu'on peut être différent par ses origines et avoir des aspirations communes au niveau européen". Pas question en revanche de les placer en position éligible. Selon Francis Wurtz, président du groupe parlementaire Gauche unitaire européenne (GUE), le rassemblement de différents partis empêchait cette option.

Si pour Francis Wurtz, la situation « ne joue pas dans le sens de la citoyenneté européenne », Raoul Jennar, tête de liste du NPA dans le Sud-Est, ne voit pas non plus d’émergence possible de celle-ci pour le moment.

Pour sa part, Sylvie Strudel, du Cevipof, considère que « c’est encore trop tôt » pour parler d’échec de la citoyenneté européenne.

Aux mêmes maux, les mêmes remèdes? En 2000, le gouvernement Jospin a fait voter la loi sur la parité hommes femmes. En 2009, Babette Nieder, de la Maison de l’Europe, propose « d’imposer des listes d’ouverture». Elle se dit même favorable aux quotas: «l’Union européenne pourrait imposer 10% de candidats d’autres pays ou avoir une liste d’étrangers». Un premier pas, qui pourrait enfin recentrer le débat sur des enjeux purement européens.

Thibaut Pezerat
Cédric Sanchez
Lorraine Gublin

Photo: Des Hongroises en costume traditionnel votent pour le Parlement européen  Reuters

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