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Ryder Cup: McIlroy-Woods, un rêve de golf

Yannick Cochennec, mis à jour le 29.09.2012 à 14 h 13

Les amateurs de golf ne demandent qu'à voir le Nord-Irlandais et l'Américain s’affronter en duel. Surtout si la Ryder Cup se dénoue lors de cet affrontement au sommet, dimanche. C'est bon pour la Cup, et pour le golf.

Rory McIlroy et Tiger Woods au East Lake Golf Club d'Atlanta, le 20 septembre 2012. REUTERS/David Tulis

Rory McIlroy et Tiger Woods au East Lake Golf Club d'Atlanta, le 20 septembre 2012. REUTERS/David Tulis

Parmi les rituels de la Ryder Cup, il en est un qui suscite toujours le mystère le plus absolu. Chacun des deux capitaines doit soumettre secrètement aux officiels de l’arbitrage, dans une enveloppe cachetée, le nom d’un seul joueur de son équipe. La «victime» ainsi désignée est celle qui, le jour des 12 simples, devra s’effacer si l’un des compétiteurs de l’autre camp est blessé et dans l’incapacité de se présenter sur le parcours cet après-midi-là.

Dans cette hypothèse, joli geste, le blessé et le «sacrifié» se partagent le point mis en jeu: 0,5 point pour les Etats-Unis et l’Europe. Cas de figure arrivé, par exemple, en 1991 avec le renoncement de l’Américain Steve Pate qui avait entraîné la mise au repos forcé de David Gilford qui sut donc qu’il n’avait pas la confiance débordante de son capitaine, Bernard Gallacher.

A Chicago, lors de cette édition 2012 de la Ryder Cup, il est certain que les noms de Rory McIlroy et Tiger Woods ne se retrouveront pas glissés dans les deux enveloppes de leur capitaine respectif, José Maria Olazabal et Davis Love III, tant ces deux champions sont incontournables quand viendra le temps de l’assaut, dimanche, à l’occasion des 12 simples qui succèderont aux 16 doubles de vendredi et samedi.

Et le rêve de tous les amateurs de golf serait, bien sûr, que ce dernier jour McIlroy et Woods, après ces doubles, s’affrontent dans un duel qui ferait des étincelles et toucherait au probable sublime si la Ryder Cup se dénouait lors de cet affrontement au sommet. Le «hasard» en voudra-il ainsi sachant que les deux capitaines soumettent, le samedi soir, l’ordre d’apparition des 12 joueurs de leur équipe le dimanche sans connaître celui de son alter ego?

Face à cette perspective alléchante, le jeune Nord-irlandais de 23 ans a péroré avec malice: «Si ça arrive, je pense que je gagnerai

McIlroy est l’actuel n°1 mondial, tout puissant, presque imbattable ces dernières semaines grâce à ses succès au PGA Championship, le deuxième majeur de sa carrière enlevé avec huit coups d’avance, et dans deux autres tournois importants du circuit professionnel à Boston et Indianapolis en septembre.

Woods est le n°1 d’hier, peut-être le plus dominant de toute l’histoire au temps de sa splendeur la plus absolue entre 1999 et 2008. A bientôt 37 ans, l’Américain n’a pas abandonné la partie et croit qu’il lui reste encore de belles choses à accomplir comme ses résultats, intermittents, l’ont attesté récemment après une période de grands creux.

C’est une rivalité dont le golf a besoin et qui, pour le moment, n’existe pas vraiment même si les deux golfeurs occupent les deux premiers rangs mondiaux. Mais ce golf à deux se dessine déjà par le biais d’une «amitié» et d’un côte à côte aperçu, par exemple, lors du tournoi d’Indianapolis où, pendant une partie, les deux champions ont échangé des sourires et des plaisanteries au sujet de l’apparition de la calvitie de l’un (Woods) et de la relative petite taille de l’autre (McIlroy).

A Atlanta, la semaine dernière encore, ils ont été à nouveau associés dans une paire forcément très médiatique. Reste à bâtir le face-à-face.

Sous bien des aspects, McIlroy est un Woods avec quelques années de moins en raison de cette impression d’aisance et de cette capacité à pouvoir écraser le reste de la concurrence. Comme son aîné, le joueur de Hollywood, près de Belfast, sait tout faire. Il frappe fort, droit et loin. Il est inspiré dans tout ce qui concerne les approches et le petit jeu. Son putting est également très solide même s’il n’a peut-être pas encore la régularité de l’Américain à son apogée.

Le problème actuel de Woods est qu’il drive toujours avec beaucoup de puissance, mais, ces derniers temps, ses trajectoires ont eu désespérément tendance à prendre la tangente à gauche ou à droite. Le reste de son jeu, si complet et exceptionnel quand il est en place, est à l’avenant, plus erratique que naguère.

L’un et l’autres divergent aussi sous bien des aspects. Avec Woods, la destruction de ses adversaires était pratiquement clinique et revêtait un caractère inévitable comme une fatalité. Avec McIlroy demeure encore le risque, certes de plus en plus faible, des bêtises et d’un écroulement subit comme lors du Masters 2011. Leurs personnalités sont également plutôt antagonistes. Autant McIlroy est souriant et ouvert, parlant, par exemple, avec générosité de sa relation avec la joueuse de tennis Caroline Wozniacki, autant Tiger Woods reste fermé à triple tour comme le coffre-fort d’une banque suisse.

Ce contraste s’est encore vu à Atlanta où ils ont été obligés de commenter il y a quelques jours les déclarations à l’emporte-pièce de Greg Norman, l’ancien n°1 mondial australien, qui avait affirmé que Woods était intimidé par McIlroy. McIlroy a protesté avec vigueur en argumentant. Woods s’est contenté d’une ironie acide, histoire de ne pas répondre: «ça doit être à cause de ses cheveux».

De manière plus significative, là où d’autres s’agenouillaient littéralement devant la tyrannie exercée par l’aura de Woods, McIlroy refuse, lui, de se montrer trop impressionné. Lors d’un récent passage dans un talk-show américain, il s’est ainsi laissé aller face à l’intervieweur qui lui demandait si cela lui faisait quelque chose de battre désormais son modèle d’hier pratiquement tous les semaines. «Je pense que ça lui fait bizarre à lui, a-t-il répondu. Moi, je trouve ça super.»

Si les autres joueurs craignent moins Woods à cause de sa baisse de forme, ils n’oseront jamais une telle prise de risques verbale sous peine, peut-être, de devoir le payer durement un jour sur un parcours. Au fond, c’est, on l’espère, le salut de Woods: voilà un audacieux pour le provoquer, le titiller, lui rappeler, en quelque sorte, sa grandeur évanouie et peut-être le sortir de l’ornière dans laquelle se terre plus ou moins son génie –en 2013, quand commencera le Masters, cela fera presque cinq ans qu’il n’a plus soulevé le moindre trophée d’un tournoi majeur.

La Ryder Cup est une épreuve trop collective pour donner des indications sur ce que sera l’avenir individuel des uns et des autres. Mais elle est une épreuve du feu sans aucun équivalent.

En observant Woods et McIlroy tout au long de ce week-end, et a fortiori s’ils venait à se défier dimanche dans un tête-à-tête singulier, nous aurons peut-être quelques indices sur ce que pourraient être les mois à venir: soit ce sera le temps de l’emprise absolue de McIlroy, soit ce sera le rééquilibrage des pouvoirs avec un Woods davantage aux affaires.

Entre ces deux options, le golf aura nettement moins à gagner.

Yannick Cochennec

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Journaliste
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