Le jour où Facebook a perdu ma confiance
Le bug de Facebook, qui a rendu publics des messages privés ce lundi, ou l'hallucination collective de nombreux internautes français qui ont cru à cette panne, est l'accroc ultime que l'on redoutait.
- REUTERS/Michael Dalder -
Vous vous souvenez de toutes les conversations que vous partagiez avec votre meilleur pote en message Facebook, dans lesquels vous disiez «putain (parce que vous êtes vulgaire en message privé), putain, si quelqu’un tombait sur la conversation qu’on est en train d’avoir!»? Hé bien voilà, tout le monde a pu ou peut encore tomber sur cette conversation, ce lundi. A moins qu’il ne s’agisse que d’une hallucination collective, comme le défend Facebook. Que l’on ait cru que ces messages avaient été privés, alors qu'ils avaient toujours été sur notre Timeline.
N’empêche, quand mon voisin d'en face, à Slate a dit «trop marrant, il y a un bug Facebook, les messages privés des gens sont publiés sur leur timeline», puis quand il a ajouté: «ah trop marrant! C’est qui C…. H….? Hahaha c’est chaud! Les conversations!», c’était la panique. Il avait accès à mes conversations privées. Comme il est sympa, il a dit: «Allez, tous sur la timeline de Charlotte, il y a tout!» Là, j’ai eu des sueurs froides, je suis devenue rouge et blanche et j’ai tout supprimé.
Dieu merci, mes parents ne sont pas sur Facebook. (Papa, maman, ne lisez pas les paragraphes qui suivent.) S’ils y étaient, ils auraient pu découvrir, en public sur ma timeline, mes conversations intimes. Très intimes parfois. Mes amis, s’ils ont été rapides, ont aussi pu voir ce que les uns et les autres pensent des uns et des autres. Tel ami qui me disait en message privé qu’il ne supportait pas untel avec qui il travaille, tel autre qui détestait son travail et voulait se «pendre».
Alors oui, il est possible que j’ai mal paramétré mon accès Facebook, ou que j’ai pris mon wall pour mon inbox. Facebook me ferait presque croire que j'ai eu ces conversations en public... Vue la teneur des messages, je doute qu'ils aient survécu en public si longtemps sans que personne ne fasse de réflexion.
Coming-out sur Facebook?
Et trop d’amis ont paniqué pour que tout cela, me semble-t-il, n'ait été qu'un songe. J’imagine la tête de mes amis qui n’ont pas encore fait leur coming-out mais parlent à leurs copains/copines en messages privés.
D’autres ont peut-être pu voir que l’une de mes amies couchait avec un collègue de travail. Qu’un autre couchait avec deux personnes en même-temps –j’espère qu’aucune de ces deux-là n’était devant leur ordinateur à l’heure du bug.
Certains insultaient leurs chefs nommément –j’espère que les chefs étaient trop concentrés sur leur propre compte Facebook pour aller lire ce qu’il se passait sur ceux des autres.
Le coupable idéal...
J’ai une tendance à la paranoïa. Alors, depuis que j’utilise quotidiennement les réseaux sociaux et leurs riches possibilités d’espionnage, je me méfie. Des appareils photos qui traînent, des gens dans le métro qui peut-être vous filmeront pendant que vous réajustez votre collant sans élégance.
En vertu du principe selon lequel «même les paranoïaques ont de vrais ennemis», je continue de me méfier. Et désormais mon vrai ennemi sera Facebook. La firme de Mark Zuckerberg vient d’avérer mes pires craintes. Que ce soit une hallucination ou pas.
On aurait tout rêvé, tous ensemble, emportés par notre angoisse de notre vie dévoilée. Ça ne changerait rien à l’histoire: la confiance se fissure. Et si c’est Facebook qui prend, c’est aussi parce que le plus grand des réseaux sociaux est le coupable idéal.
Les révélations sur la vie privée via les réseaux sociaux, ou les technologies du siècle dernier, comme le SMS, ou les mails, n’ont pas débuté avec ce bug. Des ministres ont connu les DM fails. Grégoire Fleurot l’a écrit sur Slate: les réseaux sociaux sont, comme leur nom l’indique, conçus pour partager plutôt que pour garder des secrets.
La limite finale
Toute la relation qu’on entretient avec les outils sociaux relèvent d’un donnant-donnant assez simple: posséder un outil gratuit et à l’efficacité redoutable –justement parce que c’est à la portée de tous– pour entrer en contact gratuitement avec tout le monde, partager des contenus. L’envers de cette gratuité, c’est que les réseaux sociaux vendent une partie de ces données pour financer leurs opérations. Il y a là une grande confiance entre nous et ces entreprises.
Si nous étions coupables, comme Facebook le laisse entendre, ce ne serait que le signe que cette confiance est rompue. A de trop nombreuses reprises, le site de Zuck a joué avec nos limites. Nous sommes restés, accros –vigilants– redoutant que ce bug arrive. C’était la limite que l’on se fixait sans doute, que l’on redoutait certainement.
Si la grande panique de ce lundi n’est pas une hallucination collective, s’il s’agit bien d’un problème technique ou d’un piratage, Facebook est coupable de ne pas avoir su nous protéger.
Reste désormais deux questions: faut-il faire le ménage partout et tomber dans la grande parano –Twitter, Google, etc– et par quoi désormais remplacer ces outils irremplaçables?
Charlotte Pudlowski
Mis à jour le 25/09/2012 à 0h36














































Tout ce qu'on dépose sur un service tiers (gratuit ou payant) ne nous appartient plus que ce soit une conversation, une photo ou tout autre élément numérique.
Je ne comprends pas cette phrase "J’ai une tendance à la paranoïa. Alors, depuis que j’utilise quotidiennement les réseaux sociaux".
Comment peut on à la fois avoir tendance à la paranoïa et utiliser les réseaux sociaux, surtout Facebook dont les conditions d'utilisation ont souvent été obscures?
Si ça peut vous rassurer, je travaille depuis 15 ans dans le domaine des nouveaux médias, je ne suis donc pas réfractaire aux nouvelles technologies et je n'ai pas de compte Facebook actif.... On peut donc vivre sans :-)
Par quoi désormais remplacer ces outils irremplaçables?
Je dis LOL parceque la plupart des gens débarquent sur Internet et savent pas le début LIBRE du réseau, a cette époque on utilisait les IRC, newsgroups et messageries internet sans archivage ! Pas la peine donner son âme a des multinationales . Mais il suffirait de simplifier l'accès a ces services, les gens ont préféré la facilité de la servitude. Le niveau baisse et les rapaces prospèrent. Bref le World Wide Web WWW veut dire la toile d'araignée, et quand vous êtes pris dans la toile ne vous attendez pas a voir une araignée végétarienne !
Moi je pense bien mettre en pratique cette procédure http://supprimer-compte-facebook.fr/
Diaspora* : un réseau social décentralisé (on choisit la localisation de son serveur), respectueux de la vie privée... et open-source, aussi.
https://joindiaspora.com/
puisque tout ce que avez pu y déposer, y compris vos adresses IP, heures de connexion, etc. et bien d'autres données est conservé.
CF : http://www.ecrans.fr/Facebook-la-memoire-cachee,13424.html
vous l'avez dit dans votre article : le mur facebook n'est plus un espace privée. vu que je vais bientôt chercher du travail, que je commence à avoir des contacts "professionnels" sur facebook, il y a quelques mois j'ai nettoyé ma vie numérique : fermeture de mon groupe "pour que jean pierre pernault ferme sa gueule", suppression des statuts "l'alcool est ton ami" etc...
en lisant votre article, j'ai discuté avec ma colocataire qui, sans trop d'argument, m'a affirmé que c'était "vrai". pas convaincu pour un sous, je suis allé voir un peu sur mon mur.
et là, surprise, les statuts alcoolo-adolescent que j'avais supprimé, étaient de retour!
est ce un cas qui est déjà arrivé à d'autres personnes?
je suis pas ingénieur informaticien, mais je me suis quand même bien penché sur les paramètres de confidentialité du "truc". une erreur de ma part n'est pas exclue, mais je ne pense pas tout de même.