Jean Dausset, le père méconnu des greffes d'organes
Prix Nobel 1980 de médecine, cet immunologiste français a ouvert la voie aux greffes d'organes et de tissus devenues quotidiennes.
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L'apport majeur de Jean Dausset à la science médicale aura été la découverte - il y a un demi siècle déjà - d'une entité immunlogique qui sera bientôt dénommée « système HLA » (pour « Human Leucocyte Antigen »). Il s'agit d'un système de compatibilité et d'incompatibilité similaire, quoique beaucoup plus complexe, à celui bien connu des groupes sanguins. La découverte de l'existence de ces derniers avait permis le développement de la pratique de la transfusion sanguine. De la même manière les travaux de Jean Dausset ont permis - plus encore que les prouesses chirurgicales réalisées durant le siècle dernier- d'ouvrir la voie à la pratique, désormais quotidienne à travers le monde, des greffes d'organes et de tissus.
Jean Dausset n'était pas, c'est un euphémisme, de ceux qui prenaient la parole de manière itéraive dans les médias qu'il ne goûtait guère. «J'ai compris et, peu à peu, pu prouver que les globules blancs, les plaquettes et d'une façon générale, les cellules de tous les tissus d'un organisme ont une identité chimique qui les distingue de celles des autres organismes de la même espèce. Au point d'être incompatibles entre eux» expliqua-t-il, modestement un jour de 1980, lors de la remise du Nobel. Plus généralement ses travaux ont par la suite permis de fructueux croisementes entre les avancées de l'immunologie et celle de la génétique moléculaire. Une dynamique scientifique dont on peine encore à prendre la pleine mesure des ouvertures qu'elle autorisera dans les prochaines décennies..
Qui, hors du cercle étroit des élèves et des intimes, connaissait véritablement Jean Dausset ? Né le 19 octobre 1916 à Toulouse d'un père médecin il fait sa médecine dans la capitale. Il est nommé en 1963 chef du service « d'hémato-sérologie-immunologie » de l'hôpital Saint-Louis de Paris. Il achèvera sa carrière comme professeur au Collège de France où il est nommé en 1978. Militant actif il s'engage dans le «Mouvement universel de la responsabilité scientifique» qu'il préside de 1984 à 2002
On le retrouva, ces derniers temps, cherchant à faire entendre son credo, à contester les réformes gouvernementales en gestation et à défendre l'indispensable et cruciale liberté des chercheurs, notamment ceux des sciences du vivant. Sa voix fut alors inaudible, ou presque. Trop âgé ? Trop modeste ?
Quelques heures après l'annonce de sa mort Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche a salué «l'un des pères de la biologie moderne» qui avait « contribué à rapprocher l'immunologie et la génétique, en montrant notamment le rôle-clef du séquençage des génomes ». C'est une de leur principales caractéristiques: les responsables politiques excellent dans les hommages qu'ils rendent aux grands hommes disparus.
Jean-Yves Nau
Mis à jour le 08/06/2009 à 18h35











































