Politique

Les radicaux ont des spots mais pas de candidats

Temps de lecture : 3 min

12 spots télévisuels étaient en fait consacrés à la campagne des européennes de 2014.

D’ordinaire, on ne s’amuse pas beaucoup dans les spots télévisés de campagne, ces longs tunnels de publicité institutionnelle qui plombent les écrans de France Télévisions. Alors il faut cette année saluer la performance du Parti radical de gauche qui a réussi la prouesse de diffuser 12 spots du 25 mai au 5 juin, alors qu’il ne présente aucune liste aux européennes. Dans le même temps, Europe Ecologie, qui dispute au Modem la troisième place du scrutin, n’avait le droit qu’à… deux diffusions.

L’explication de cette absurdité se trouve dans la loi du 7 juillet 1977 instituant les élections européennes. Elle prévoit que les listes en présence se partagent trois heures de temps d’antenne. Pour éviter l’émiettement (il y a quand même 28 listes cette année en Ile-de-France!), la loi réserve deux heures aux partis disposant d’un groupe parlementaire, soit 20 minutes chacun. L’heure restante est partagée entre les partis ou groupements alignant au moins 5 listes régionales, soit 3 minutes 30 chacun.

Avec cette clé de répartition, les radicaux de gauche touchent le jackpot. Bénéficiant d’un groupe parlementaire au Sénat, le PRG joue dans la cour des grands et se partage les deux heures d’antenne avec l’UMP, le PS, le Modem, le Nouveau Centre et le PC. Mais comment occuper ces 20 minutes de tribune télévisuelle quand on n’a pas de candidats aux européennes? Deux solutions. Soit parrainer un parti ami, comme l’a fait le groupe centriste du Sénat qui a offert son crédit temps à François Bayrou, ce qui était très loin d’être évident. Soit utiliser son crédit temps pour pousser une gueulante et en profiter pour glisser deux, trois idées. C’est ce dernier choix qu’a fait Jean-Michel Baylet, président du PRG.

Pour résumer, le message est: «le cartel UMP-PS nous a volé cette élection où nous méritions de concourir pour défendre nos idées sur l’Europe que voici…» L’opération est plutôt habile mais a de quoi désarçonner le téléspectateur. D’autant que Jean-Michel Baylet n’explique pas clairement pourquoi son parti est absent de cette élection, où l’on voit pourtant fleurir des listes baroques comme «Cannabis sans frontières» ou «L’Union des Gens».

Les radicaux veulent en fait éviter de répéter le fiasco de 2004, où le parti n’avait pas réussi à envoyer un seul député à Bruxelles, n’atteignant même pas le seuil de remboursement des frais de campagne. La médiatique Christine Taubira avait tout juste dépassé les 1,5 % en Ile-de-France. Le parti, qui revendique plus de 5.000 élus, est très défavorisé par le mode de scrutin par grandes régions. «Contrairement à l’UMP ou au PS, nous n’avons pas une répartition uniforme sur le territoire français, explique Elisabeth Boyer, vice-présidente du parti. Par exemple, dans la circonscription Ouest, nous sommes très présents en Bretagne, mais très peu en Pays de la Loire».

Résultat: les «bonnes régions» n’ont pas envie de faire compagnonnage avec les mauvais élèves du radicalisme et il est impossible de constituer des listes. Jean-Michel Baylet a donc regardé sur sa gauche et sur sa droite où il pouvait trouver du soutien. Après avoir laissé planer le doute, François Bayrou lui a claqué la porte, ce qu’a dénoncé vigoureusement le patron de la Dépêche du Midi dans une interview au Figaro.

Restait le Parti socialiste. Mais Martine Aubry, déjà bien occupée à caser les barons des différents courants issus du Congrès de Reims, n’avait plus de places à proposer aux radicaux. Les choix politiques à géométrie variable du PRG commence aussi à agacer le PS. «Le Parti radical de gauche commence à poser un vrai problème», a réagi Harlem Désir, tête de liste en Ile-de-France, en commentant la stratégie de Baylet. «Si l'on présentait des socialistes face à ses candidats aux législatives, on les battrait presque tous».

Déçu mais pas complètement abattu, le PRG se sera quand même servi de cette campagne pour faire avancer sa cause. Dans un joli timing médiatique, les radicaux de gauche déposaient sur les bureaux du Sénat le 20 mai – soit 5 jours avant le début des spots – une proposition de loi rétablissant une circonscription unique pour les européennes. Paradoxe de la loi électorale: 12 spots de la campagne 2009 étaient en fait consacrés à la campagne 2014.

Vincent Glad

(photo: Jean-Michel Baylet à l'Elysée le 23 janvier 2009, Reuters)

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