Économie

Microfinance, mode d'emploi

Temps de lecture : 4 min

On peut créer une micro-entreprise même quand les banques sont inaccessibles. Des associations comme l’Adie ou France Initiative proposent des crédits aux interdits bancaires, des prêts d’honneur aux chômeurs... Mais la microfinance, en France, n’est pas assez sollicitée.

Une pièce de 1 euro. REUTERS/Michaela Rehle
Une pièce de 1 euro. REUTERS/Michaela Rehle

La microfinance existe en France. Mais on ne l’utilise pas assez. Pourtant, pour les personnes surendettées, les interdits bancaires, tous ceux qui n’offrent pas aux banques les garanties suffisantes pour obtenir un crédit, elle est un levier pour faire aboutir un projet d’entreprise. Quand le marché du travail salarié se ferme, c’est un moyen de revenir dans la vie active.

Diverses associations, comme PlaNet Finance (1), France Active, France Initiative, Ashoka... proposent aux micro-entrepreneurs de leur mettre le pied à l’étrier. Pas très homogène, malgré tout, l’économie sociale et solidaire. Elles devront, à partir de la fin de l’année, travailler de façon complémentaire à la future Banque publique d’investissement. Ce qui ne devrait pas les gêner: ces associations sortent des grilles de financement traditionnelles.

Quand on ne peut pas s’adresser aux banques…

L’Adie (association pour le droit à l’initiative économique) est présentée comme le premier étage de la fusée. Elle a financé l’an dernier 12.250 projets, grâce à des microcrédits de quelques milliers d’euros. «Par ce biais, nous avons créé en moyenne 266 emplois par semaine», explique Catherine Barbaroux, présidente de l’association. Le tiers des projets qui ont abouti a été présenté par des allocataires du RSA. Le quart des clients de l’Adie n’a aucun diplôme, et 7% sont illettrés...

Globalement, la moitié des créateurs d’entreprise soutenus par l’association sont des bénéficiaires de minimas sociaux. Toutes des personnes qui n’ont pas accès au crédit (avec la crise, leur nombre a augmenté), et qui ont trouvé par ce biais un retour à l’emploi.

Mais «ce n’est pas parce que c’est micro que c’est miteux», insiste la patronne de l’Adie. Côté micro-entrepreneurs, les deux-tiers se répartissent dans le commerce, la réparation, le service aux entreprises et aux particuliers, indique le Baromètre de la microfinance. Et au bout de trois ans, 60% des entreprises ainsi créées sont toujours sur pied, ce qui correspond au taux national de pérennité des entreprises individuelles.

Côté Adie, le taux d’impayé est inférieur à 2%. Certes, les remboursements posent parfois problème. Mais après rééchelonnement de la dette, le risque supporté par l’Adie est finalement correct. Et le coût du retour à l’emploi est plutôt bas: moins de 2.000 euros par personne réinsérée.

«Faire crédit, c’est faire confiance»

Tout porteur de projet qui pousse la porte d’une des 130 antennes sur le territoire, souvent sur les conseils de Pôle Emploi, doit défendre son projet. Lorsque l’idée est mal ficelée, le membre de l’association qui le reçoit approfondit le dossier avec lui, éventuellement l’oriente sur filières porteuses comme, actuellement, l’isolation thermique des bâtiments. Il peut aussi recalibrer le projet, pour que le futur micro-entrepreneur ne risque pas de se retrouver en situation de surendettement. Des formations peuvent aussi être proposées.

Puis, le projet est soumis à un comité de crédit. «Quand on aide un interdit bancaire, on prend un risque. Mais faire crédit, c’est faire confiance. Et on ne laisse personne sans solution», commente Catherine Barbaroux.

Le crédit, même «micro», n’est pas gratuit. Pour couvrir ses coûts d’exploitation, son propre financement et sa cotisation à un fonds de garantie, le taux pratiqué par l’Adie est de 8%. Pour accorder ces prêts, outre l’autofinancement, l’association a noué des accords avec les Banques populaires et BNP-Paribas, et elle travaille localement avec le Crédit agricole et le Crédit mutuel.

Les durées de remboursement n’excèdent pas trois ans. Et les départements sont des interlocuteurs privilégiés. Mais le microcrédit n’est pas assez développé. «Il subsiste en France une certaine méfiance à l’égard de l’entreprenariat individuel», note Catherine Barbaroux qui espère doubler l’activité de l’Adie en cinq ans. Avis aux amateurs.

Prêt d’honneur et effet de levier

Dans la sphère de l’économie sociale et solidaire, France Active et France Initiative développent des actions différentes de celle de l’Adie. Alors que France Active apporte une garantie bancaire pour permettre aux porteurs de projets de pousser la porte des banques, France Initiative propose des prêts d’honneurs sans intérêt, et un accompagnement pour lancer l’activité. Elle en consent quelque 15.000 par an, d’une valeur moyenne de 8.000 euros.

Le prêt d’honneur, consenti sur 3 ans à 5 ans, peut être assimilé aux fonds propres de la micro-entreprise, de sorte que l’entrepreneur peut ensuite obtenir un prêt bancaire. «Quand nous prêtons 1, les banques prêtent 8», explique Louis Schweitzer, président de France Initiative.

Ainsi, sur la base du prêt d’honneur moyen de 8.000 euros, le porteur de projet peut espérer obtenir 64.000 euros des banques, et lancer son activité avec 72.000 euros, plus son apport personnel et autres soutiens familiaux.

L’association travaille de concert avec Oséo, et avec les collectivités territoriales qui alimentent ses caisses. Chaque année, elle distribue environ 150 millions d’euros (qu’elle recouvre presqu’en totalité puisque, là encore, le taux d’impayés ne dépasse pas 2%). Ce qui, en 2011, s’est traduit par la création ou la reprise de près de 16.000 entreprises, avec plus de 35.000 emplois à la clé.

Problème de notoriété

Bien sûr, pour Louis Schweitzer, la micro-entreprise n’est pas destinée à prendre le pas sur l’emploi salarié qui doit demeurer majoritaire dans le pays. Mais elle est une ouverture sur le marché du travail dans un bouquet de solutions. Or contrairement à une idée reçue, «les conditions de création de micro-entreprises en France figurent parmi les plus performantes au monde», insiste l’ancien patron de Renault. Pas besoin de réformes législatives ou juridiques.

Là où la France est à la remorque, c’est lorsque les entreprises grandissent. Mais au stade de la micro-entreprise, tous les leviers nécessaires existent même si l’association donne parfois l’impression de travailler avec des bouts de ficelle. Ce n’est toutefois pas le plus important pour les 800 salariés et 14.000 bénévoles de l’association.

France Initiative, en période de crise, pourrait être encore plus sollicitée pour une plus grande efficacité. «Nous avons un problème de notoriété», convient Louis Schweitzer qui aimerait qu'en pleine bataille pour l’emploi, le microcrédit professionnel soit mieux connu du public. Et notamment des personnes fragilisées qui pourraient penser, à tort, que la création d’une micro-entreprise leur est inaccessible.

Gilles Bridier

(1) Présidée par Jacques Attali, cofondateur de Slate.fr. Retourner à l'article

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