France

Charlie Hebdo et les caricatures de Mahomet: le feu sur l'huile

Temps de lecture : 3 min

On n'a pas à demander à Charlie d'être «responsable». La caricature d'actu est sa raison d'être. On peut en revanche regretter qu'ils n'aient pas fait le choix de la banalisation de ce numéro: Charlie n’est pas une provocation, c’est de l’humour et de l’impertinence normale et banale, hebdomadaire.

Fire Angel / peasap via FlickrCC Licence by
Fire Angel / peasap via FlickrCC Licence by

Au lendemain de la publication de dessins caricaturant Mahomet, une grande partie des éditoriaux de nos confrères de la presse écrite, nationale et régionale «soutiennent» Charlie Hebdo. Ils rappellent le droit au blasphème, le droit à la caricature, à l’humour, soulignent les limites fixées par les lois qui condamnent la diffamation, l’injure publique ou le racisme. Lois qui ne sont, bien évidemment pas dépassées ici.

Ces commentaires modèrent généralement leurs soutiens en parlant, le plus souvent, de «responsabilité de la presse» et se demandant si c’était bien la peine de publier ses dessins, à ce moment-là et d’en faire une publicité préventive.

On abuse alors de la métaphore consacrée: la fameuse huile sur le feu!

Cette critique est elle-même critiquée par Charb, le directeur de publication du journal satirique.

Manque de soutien, défaut de solidarité… et voilà le piège de la situation. On ne doit pas, dans cette affaire, avoir une réaction de corps.

L’esprit «bouffe-curé» de toute religion est l’une des spécialités de Charlie qu’il faut défendre contre toutes les bigoteries, mais on doit pouvoir dire «attention, ce n’est pas la peine de nous annoncer à tue-tête: demain dans Charlie: Mahomet à poil» sans être pris en défaut de soutien.

Mais les intégristes ont une vision binaire de la société, de la vie et du monde et la nuance n’est pas de mise. Pas plus que le débat. Aucun argument ne sert à rien. La modération devient une faiblesse et les appels au calme sonnent des retraites.

Charlie Hebdo est un journal qui traite de l’actualité. C’est normal qu’il dessine le prophète cette semaine. En réalité, ça aurait été une reculade coupable de faire une une sur un autre sujet.

Pour reprendre le poncif bien utile, disons que le carburant de Charlie c’est l’huile de l’impertinence. Généralement cette huile sert aux rouages de la démocratie. Ce sont les islamistes qui mettent du feu sur cette huile, pas le contraire!

On n’a rien à demander à Charlie. Leurs amis, dont je suis, veulent qu’ils restent ce qu’ils sont et qu’ils continuent de faire ce qu’ils font.

La vie contre la mort

Il ne faut pas croire qu’en conférence de rédaction, les journalistes et dessinateurs de ce journal ne se posent pas aussi des questions, ne se demandent pas quelles peuvent être les conséquences de leur dessins.

Si j’avais été dans cette conférence de rédaction, j’aurais simplement plaidé pour qu’on évite de faire de la publicité préventive à ce numéro, afin de le banaliser et d’affirmer ainsi que Charlie n’est pas une provocation, que c’est de l’humour et de l’impertinence normale et banale, hebdomadaire.

Le droit à la caricature n’empêche pas de penser aux conséquences d’une caricature.

Mais, à bien y réfléchir, nous sommes en train de prendre des gants avec les intégristes islamistes, avec des agités violents et incultes, décervelés par ce que le dévoiement d’une religion peut avoir de plus aliénant.

Nous sommes en train de nous demander si nos amis, des caricaturistes, bon vivants et humanistes, moqueurs, déconneurs et libres penseurs, ne devraient pas se modérer, être responsables, faire de gentils dessins pour calmer des illuminés liberticides.

C’est infaisable, c’est détestable. Ce n’est pas un choix de civilisation, c’est la vie contre la mort… Charlie doit rester Charlie… et particulièrement cette semaine!

Thomas Legrand

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