France

Copé - Fillon, le jeu des cinq différences

Eric Dupin, mis à jour le 20.09.2012 à 12 h 41

Le duel pour la présidence de l’UMP se réduirait-il à pur choc d’ambitions personnelles? Examinons la réalité des différences potentielles entre les deux compétiteurs.

En 2010. Regis Duvignau / Reuters

En 2010. Regis Duvignau / Reuters

Quelles sont, au-delà de la crise, les raisons de la défaite printanière? Quel bilan établir du sarkozysme? Nul doute qu’il y a matière à un débat de fond au sein de l’UMP. Ce n’est pourtant pas la tournure que prend l’affrontement entre Jean-François Copé et François Fillon. Les deux concurrents en lice pour le contrôle du parti font soigneusement l’impasse sur un «droit d’inventaire» qui n’est guère osé que par Roselyne Bachelot. Le duel pour la présidence de l’UMP se réduirait-il à pur choc d’ambitions personnelles? Examinons la réalité des différences potentielles entre les deux compétiteurs.

1. Copé est-il plus à droite?

A première vue, l’affaire est entendue. Le secrétaire général de l’UMP se pose en champion de la «droite décomplexée». Il n’a pas de mots assez durs pour pilonner la gauche sur les questions de sécurité ou d’immigration. Par contraste, et en dépit des surenchères imposées par cette compétition, le «gaulliste social» que prétend être l’ancien Premier ministre fait figure de modéré. Il s’était d’ailleurs distingué de Copé (et de Sarkozy), lors des cantonales de 2011, en défendant la stratégie du «front républicain» en cas de duel PS-FN.

L’impression est renforcée par le style d’expression des deux hommes. Copé joue au chef de parti soucieux de galvaniser les militants par un propos martial. Fillon peaufine son image de futur candidat de la droite attentif à porter un discours rassembleur. Cela lui vaut une meilleure image dans l’opinion qui se traduit par une nette préférence des sympathisants de l’UMP pour l’ancien chef du gouvernement.

Et pourtant, le député des beaux quartiers parisiens est peut-être plus profondément un homme de droite que le député-maire de Meaux (Seine-et-Marne). Avant d’atterrir dans la capitale, Fillon a longtemps été un élu de la Sarthe, un département historiquement conservateur. L’ancien chef du gouvernement est avant tout un homme de cet Ouest intérieur de la France très ancré à droite. Lui-même est le fils d’un notaire originaire de Vendée.

Au demeurant, les positions qu’il défend sur les questions de société ne sont pas différentes de celles de son rival. Copé est surtout plus opportuniste, capable de prendre des positions ultra-laïques après avoir professé, un temps, plus de tolérance...

Notons enfin que les deux candidats sont lestés de solides soutiens à l’aile droite de l’UMP: Eric Ciotti, président du conseil général des Alpes-Maritimes, pour Fillon et Lionnel Luca, député de la «droite populaire», pour Copé.

2. Fillon est-il plus sympa ?

Là encore, les apparences peuvent être trompeuses. Brutal et arrogant, Copé n’inspire pas spontanément une sympathie sans bornes. Fillon apparaît autrement plus courtois et de commerce agréable. Pour autant, l’ancien Premier ministre s’est créé pas mal d’ennemis dans son propre camp. Beaucoup lui reprochent une bonne dose de duplicité. A les en croire, Fillon serait un être sournois, vraiment pas franc du collier. C’est ainsi qu’il s’est attiré l’inimitié durable de personnalités comme Jean-Pierre Raffarin.

Une chose est certaine: l’ancien Premier ministre sait bien cacher son jeu quand il le faut. Il l’a encore prouvé des jours-ci dans la course aux parrainages pour la présidence de l’UMP. Fillon a fait semblant d’avoir des difficultés à en récolter autant que son rival pour mieux prétendre, sur la ligne d’arrivée, l’avoir largement doublé. Copé est sans doute plus brut de décoffrage mais il est aussi plus accessible aux militants et peut-être plus lisible.

3. Copé est-il plus sarkozyste?

C’est la grande différence que l’on peut repérer dans les discours des deux candidats à la tête de l’UMP. Copé s’est clairement engagé à se retirer de la compétition présidentielle si Nicolas Sarkozy revenait dans le jeu politique. Fillon s’est bien gardé de l’imiter. Le secrétaire général du parti se pose même en défenseur sourcilleux et soupçonneux du bilan du Président sorti. Il a réussi à contraindre son adversaire à mettre en sourdine les rares critiques sur le style sarkozyste que celui-ci s’était autorisé.

Ce jeu de rôles ne doit toutefois pas faire illusion. Au sein de la droite, Copé a longtemps fait figure d’antisarkozyste convaincu. Quant à Fillon, il a tout de même réussi à être, un quinquennat entier durant, le principal «collaborateur» de l’ancien chef de l’Etat. Celui-ci serait bien naïf —et il ne l’est pas— de croire à la promesse de Copé de s’effacer pour faciliter sa propre revanche présidentielle en 2017.

Le député de Seine-et-Marne n’est pas plus «sarkozyste» que celui de Paris. Certes, au point de vue du style, Copé ressemble plus à Sarkozy que Fillon. Avec son ambition à ciel ouvert, son impatience et sa plasticité idéologique, le premier se situe dans la veine des tempéraments allant de Jacques Chirac à Nicolas Sarkozy. Pour sa manière de faire de la politique, Fillon est plus proche de la lignée d’Edouard Balladur. On y reviendra.

4. Fillon est-il plus libéral ?

Si les positions défendues par l’un et par l’autre sur les différentes questions se superposent très largement, la petite musique qui se dégage de leurs discours n’est pas la même. Héros de la «droite décomplexée», le député-maire de Meaux met surtout l’accent sur les questions de société. Il s’efforce de séduire les militants de l’UMP par une discours fermement conservateur, voire réactionnaire, axé sur la sécurité ou l’immigration.

L’ancien chef du gouvernement met beaucoup plus l’accent sur les mutations sociales et économiques qui s’imposeraient à la France pour garder son rang. L’homme qui avait déclaré diriger un pays en «situation de faillite» creuse le sillon d’un réformisme libéral assumé. Son «projet choc» est ici plus audacieux que celui de son adversaire. Le créneau n’est pas sans risque dans un parti où le libéralisme économique n’est pas la conviction la plus partagée par les militants.

Il faut reconnaître à Fillon le mérite d’une certaine constance. Sa réputation de «gaulliste social», héritée de son ancien compagnonnage avec Philippe Séguin, est pour le moins usurpée. Cela fait belle lurette que l’ancien élu de la Sarthe campe sur les positions économiques en rien hétérodoxes. Si nombre de libéraux se retrouvent dans le camp d’en face pour des raisons personnelles, ils savent que l’ancien chiraquien et énarque Copé a des convictions libérales moins solides que celles de son rival.

5. Fillon est-il plus balladurien?

Assister à un remake de l’affrontement entre Edouard Balladur et Jacques Chirac des années quatre-vingt-dix fait frissonner une partie de la droite. Le sarkozyste Christian Estrosi s’en est publiquement inquiété. Rassurons-le en observant que les deux hommes en compétition ne parviennent pas à ancrer leur rivalité dans un clivage politique de fond. Fillon n’incarne pas plus une nouvelle «pensée unique» que Copé ne prône une rupture pour remédier à une quelconque «fracture sociale».

Pour autant, les manières d’être et de faire de l’un et de l’autre rappellent la distinction entre balladuriens et chiraquiens. Raffarin n’a pas tort de relever que Copé bat campagne «à la Chirac», un homme dont il a longtemps été proche. A l’inverse, Fillon avait choisi le camp Balladur pendant la campagne présidentielle de 1995 alors qu’il était officiellement catalogué comme «séguiniste». On constatera avec amusement que la géographie de ses soutiens actuels au sein de l’UMP ressemble assez à celle du vote Balladur d’antan, avec des zones de force dans l’Ouest et en Alsace.

On l’a compris, cet affrontement est infiniment plus affaire de style (au demeurant non négligeable en politique) que de fond. Tapi dans une ombre qui lui pèse, Sarkozy est le principal bénéficiaire de ce combat à portée limitée. Ses œuvres sont ainsi à l’abri de toute remise en cause. Et le futur président de l’UMP ne pourra guère prétendre avoir fait ratifier par les militants une orientation politique originale. De quoi le fragiliser pour la suite des événements.

Eric Dupin

Eric Dupin
Eric Dupin (207 articles)
Journaliste
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