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Mondial de l'auto: la voiture électrique a-t-elle vraiment un avenir?

Le patron de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, remet sa papamobile Renault électrique à Benoît XVI -- Osservatore Romano / Reuters

Le patron de Renault-Nissan, Carlos Ghosn, remet sa papamobile Renault électrique à Benoît XVI -- Osservatore Romano / Reuters

La voiture électrique est certainement une bonne idée, mais personne ne semble en vouloir en France. «Ne vous inquiétez pas, ça va venir», assure Charlotte de Silguy, la lobbyiste en chef de la filière qui a réponse à tout.

Charlotte de Silguy est la secrétaire-générale de la branche française de l’AVERE une organisation européenne chargée de promouvoir la mobilité électrique.  Si le mot n’était pas si connoté, on parlerait de lobby, voire de groupe de pression, mais c’est tout de même bien de la réunion d’intérêts politiques, économiques et environnementaux convergents qu’il s’agit.

Dans son carnet d’adresse, il y a des constructeurs automobiles, des élus locaux et nationaux, des fabricants de batteries, des assureurs, bref, un tas de gens qui se tapent dessus allègrement dans d’autres cercles mais travaillent ici ensemble sans trop de heurts.

Pour autant, et même si le concept de voitures ou de deux-roues qui ne polluent pas est accueilli assez favorablement par l’opinion publique (voiture électrique, ça sonne progressiste comme légumes bios et homéopathie), force est de constater que ça ne se vend pas et que Charlotte de Silguy promeut un peu dans le désert.

L’an dernier, il ne s’est immatriculé qu’un petit 2.000 véhicules de ce type dans l’Hexagone et les marques qui en produisent sont parfois contraintes à les offrir sur le Web pour vider leurs stocks.

«Mais vos chiffres ne sont pas bons, s’indigne la responsable de l’AVERE. Si l’on tient compte de tous les véhicules, y compris ceux acquis par les collectivités locales et les entreprises, on est plus près de 4.000!»

― Ok, à ce niveau epsilonesque, ne chipotons pas. Mais 4.000 sur un marché de deux millions par an, admettez que ce n’est pas beaucoup quand même...

― Ce n’est qu’un début. D’ici quelques années, ce sera le gros des ventes, vous verrez...

«Un plein à deux euros»

Bon, on ne va pas lui reprocher d’être enthousiaste, à Charlotte de Silguy. La voiture électrique, elle est à fond dedans et roule en Citroën C-Zéro après avoir usé une Saxo à pile pendant des années. Pour elle, le basculement est une simple question de temps et est absolument «inexorable»:

«On connaît les obstacles à la banalisation de la voiture électrique et ils seront de moins en moins insurmontables. D’abord les coûts: une voiture électrique reste plus chère à l’achat qu’une voiture à moteur thermique malgré les primes d’incitation, mais c’est parce que les effets de volume qui feront baisser les prix ne sont pas encore atteints. C’est pour bientôt. De plus, les Français ne raisonnent pas encore en coût d’usage global et n'intègrent pas réellement le coût du carburant dans leur budget auto au moment d’acheter une nouvelle voiture (6.000 euros par an en moyenne, dont 13% pour le seul carburant). Lorsqu’ils se mettront à le faire, poussés par la hausse de plus en plus rapide des prix du pétrole, ils réaliseront qu’un plein à deux euros, ça fait chuter leurs dépenses globales...»

Admettons. Mais au-delà du prix, il y a aussi le problème de l’autonomie, puisque ces autos ont rarement la capacité de parcourir plus d’une centaine de kilomètres sur une seule charge:

«C’est un faux problème. D’abord, la plupart des gens n’ont pas besoin de faire tant de kilomètres dans leur vie quotidienne, puisqu’ils se contentent de se rendre au travail et d'en revenir. Ensuite,  on sait déjà que les formules de location et d’autopartage vont se multiplier, qui amèneront les automobilistes à louer ou emprunter un véhicule  à moteur thermique pour leurs longs trajets. Enfin, et c’est tout de même une réalité que l’on constate avec des équipements comme les téléphones ou les ordinateurs portables, la technologie de stockage d’énergie ne cesse de progresser et l’autonomie sera largement augmentée...»

Rendement moteur: de 15% à 95%

Hum, elle a réponse à tout, Charlotte de Silguy, mais en imaginant, comme elle le fait avec un tel optimisme, que les ventes de voitures électriques dépassent celles des voitures conventionnelles d’ici 2020, où trouverons-nous assez d’électricité pour les alimenter, avec ces fermetures de centrales nucléaires, le refus d’en construire de nouvelles et l’augmentation inévitable de la demande en énergie dans les autres domaines que le seul transport?

«Là encore, il faut se défaire des idées reçues. Même en imaginant que la totalité du parc français de véhicules thermique soit remplacée par des voitures électriques, la demande en énergie restera contenue. Le moteur classique est particulièrement inefficace en termes de rendement, et il vous suffit de mettre la main sur le capot d’une voiture qui vient de s’arrêter pour vous en rendre compte. S’il est chaud, c’est que c'est comme avec les vieilles ampoules électriques à filament et que l’énergie produite n’est utilisée qu’à 15%maximum. Le capot d’une voiture électrique, en revanche, reste quasiment froid et c’est jusqu’à 95% de l’énergie produite  qui est utilisée pour la faire fonctionner.»

On aimerait la croire parce que, nous aussi, on aime les légumes bios et l’homéopathie (enfin, pour l'homéopathie, faut voir), mais lorsqu’emportée par sa vision d’un avenir radieux, elle compare la mission quasi-évangélique de l’AVERE à celle de Giordano Bruno, le philosophe italien du XVIe siècle découvreur du système solaire mort brûlé par l’église pour hérésie, on se dit qu’elle va peut-être un poil trop loin.

Encore que: brûler sur un bûcher, c’est comment, au niveau rendement énergétique?

Hugues Serraf

» Vroum! Retrouvez toutes les chroniques auto d'Hugues Serraf

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