France

La vie sans Chérèque, Thibault, Parisot...

Gilles Bridier, mis à jour le 18.09.2012 à 18 h 46

François Chérèque anticipe la fin de son mandat, Bernard Thibault n’en briguera pas un autre, pas plus que Laurence Parisot. En l’espace de six mois, les leaders des deux principales fédérations de salariés et du premier syndicat patronal vont changer. La continuité est possible, pas certaine.

Cérémonie d'investiture de François Hollande à l'Elysée, le 15 mai 2012.  REUTERS/Jacky Naegelen

Cérémonie d'investiture de François Hollande à l'Elysée, le 15 mai 2012. REUTERS/Jacky Naegelen

L'annonce de François Chérèque de quitter ses fonctions à la tête de la CFDT, à la fin du mois de novembre prochain, a surpris. Même si elle était attendue puisque, dès janvier dernier, le leader syndical avait clairement laissé entendre qu’il n’attendrait pas la fin de son mandat, en juin 2014, pour céder la place. Ce départ anticipé marque un tournant pour les relations sociales du pays: les têtes des plus grandes organisations syndicales vont être remplacées d’ici l’été prochain.

Du coup, c’est le ton de chacune face au gouvernement et à ses homologues ou adversaires, qui risque de changer. Avec une expression nouvelle, le dialogue social prendra-t-il un autre contenu? C’est toute la question, au moment où François Hollande, à travers la démocratie sociale, veut solliciter les syndicats plus que par le passé.

Après avoir passé dix ans à la tête de la centrale à défendre la stratégie réformiste de son syndicat, François Chérèque déclare ne pas vouloir faire «le match de trop» et préfère passer la main au moment de l’alternance politique, sans entamer un nouveau round de négociations qu’il ne pourrait mener à son terme. D’autant que des combats se profilent, même contre un gouvernement de gauche, comme sur le nucléaire et la fermeture de Fessenheim

L’homme, pourtant, est un battant et porte des convictions. On l’a même vu prendre le contrepied d’une partie de ses troupes en 2003 lorsque, estimant que le gouvernement Raffarin avait accepté des concessions à propos des carrières longues, il avait signé le texte négocié avec le ministre du Travail et des affaires sociales de l’époque, un certain François Fillon.

Ce qui ne l’empêcha pas d’être le principal opposant du même Fillon lorsque celui-ci, devenu Premier ministre, voulut faire passer l’autre réforme des retraites, celle de  2010. Il est vrai que, entre temps, il avait été bien peu considéré par la droite qui, en reculant sur son texte de 2003, avait un peu fait perdre la face à Chérèque qui ne l’oublia pas.

Mais pour tous, le leader cédétiste avait démontré que son syndicat avait bel et bien opéré sa transformation. Avec François Chérèque, secrétaire général depuis 2002, la CFDT est devenue le syndicat réformiste dont Nicole Notat, qui l’avait précédé à cette fonction, avait engagé la mutation. Laurent Berger, qui travaille à son côté, devrait suivre la même ligne si, comme prévu, il était appelé à prendre le relais.

Car les adhérents n’ont pas boudé l’évolution. Après une certaine érosion au milieu des années 2000, le nombre des adhésions progresse. Aujourd’hui, revendiquant plus de 860.000 membres, la CFDT est le plus important syndicat français de salariés, devançant la CGT  et ses 700.000 adhérents. Derrière les deux centrales, Force ouvrière déclare s’appuyer sur 600.000 adhérents sans qu’il soit possible de vérifier ce nombre. L’Unsa, créée en 1993, annonce clairement la couleur: 360.000 adhérents, contre 140.000 à la CFTC, 113.000 à la CFE-CGC et 90.000 pour Solidaires.

Thibault suivra

La CGT va également changer de leader. Bernard Thibault, en place depuis 1999, ne briguera pas un cinquième mandat au 50e congrès confédéral qui se déroulera en mai 2013. L’échéance est fixée. Or, sous l’impulsion de ce dernier et même si la mutation n’est pas aussi engagée qu’à la CFDT, la CGT a évolué vers une forme de syndicalisme plus réformiste.

Bernard Thibault, face aux tenants d’une ligne plus contestataire, s’est toujours bien gardé de signifier clairement ce virage abordé en douceur par son prédécesseur Louis Viannet.  L’austérité pourrait bien rendre de la voix aux nostalgiques de la contestation. Mais dans l’immédiat, aucun consensus ne se fait jour à la tête de la centrale sur le nom du successeur de Bernard Thibault, qui devrait malgré tout être désigné dès novembre prochain.

Parisot aussi

Les changements ne s’arrêteront pas aux deux premières fédérations de salariés. Le Medef devrait également changer de tête à l’expiration du second mandat de Laurence Parisot, en juillet 2013. Certains candidats à la succession entrent déjà en campagne. Or, la «patronne des patrons» avait rompu avec le style de son prédécesseur, Ernest-Antoine Sellière, hussard de la droite plus politique que bien des politiques.

Arrivée à la tête de la fédération patronale en 2005, Laurence Parisot revendiqua d’être avant tout du parti de l’entreprise. De sorte que, par exemple, on put voir défiler à l’université du Medef à la fin août, le Premier ministre socialiste Jean-Marc Ayrault accompagné de plusieurs ministres. Histoire de signifier que les ponts n’étaient pas coupés entre les représentants des entreprises et la gauche. Mais qu’en sera-t-il de l’avenir d’un dialogue espéré constructif entre le patronat et le gouvernement, après le départ de Laurence Parisot?

Le paradoxe du syndicalisme français

C’est un paradoxe des relations sociales en France: on ne compte que 8% de salariés syndiqués, et le poids des syndicats est malgré tout déterminant. Or, une évolution profonde pourrait se profiler. Les 4,5 millions de salariés des TPE –très petites entreprises) vont pouvoir pour la première fois élire leurs représentants à la fin de cette année.

Il s’agit d’une population que les grandes centrales connaissent mal. Ces élections pourraient modifier les rapports de forces, les collaborateurs des TPE et petites PME n’ayant pas forcément le même rapport à l’entreprise et à la hiérarchie que les salariés des plus grandes sociétés. La représentativité des syndicats, déjà reconsidérée avec la loi de 2008, pourrait être à nouveau modifiée par ces nouvelles élections professionnelles.

Alors que de nombreux repères vont être chamboulés et que les syndicats vont devoir se positionner face à un pouvoir de gauche confronté à l’austérité, les cartes vont être rebattues à la tête des principaux acteurs du dialogue social! La fracture n’est pas certaine, la continuité non plus.

Gilles Bridier

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Journaliste
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