Life

Le surfeur, ce sportif avec un supplément d'âme

Jean-Laurent Cassely, mis à jour le 27.09.2012 à 5 h 25

Quel type de dragueur est pire qu'un musicien et un sportif réunis? Le surfeur, bien entendu...

Young Woman learns Surf Lessons / epSosde via Flickr CC Licence By

Young Woman learns Surf Lessons / epSosde via Flickr CC Licence By

Yeah! lecteur masculin de Slate –si tu es une lectrice, clique ici. Cet été, tu as peut-être lu l’article de Pierre Ancery et Clément Guillet sur le potentiel érotique, non pas de ma femme, mais des musiciens. Si c’est le cas, tu as dû comprendre que, face à un apprenti guitareux ou à un chanteur «à textes», même mauvais, tu aurais du mal à faire le poids.

J’aimerais pour ma part achever de pourrir tes perspectives de sexe non reproductif en période estivale et/ou vacancière en te présentant celui qui, avant même le musicien, est notre plus redoutable concurrent dans la lutte darwinienne pour la femelle désirable, le boss de niveau 8 de la drague: le surfeur.

C’est à dessein, lecteur masculin de Slate, que je te tutoies. Car, et c’est le premier enseignement de cet article, le monde du surf ignore superbement le vouvoiement, pratique réac et ringarde issue des années d’avant le surf, c’est-à-dire peu ou prou de l’immédiate après-guerre.

1. Ils sont plus beaux que nous

C’est la raison de leur succès féminin qui tombe sous le sens. Bien gaulé, épaules larges, bras toniques, torse parfait, jambes agiles et visage buriné par les heures passées sur la plage, aux cheveux toujours savamment rebelles –sable et sel de mer qui collent ou, alternative pour les surfeurs du dimanche, Out of Bed de L’Oréal–, le surfeur est plus beau que moi toi.

Et même s’il n’est pas beau, des années de tonification musculaire et de confrontation aux rayons solaires ont fait de lui un être mieux armé que moi toi au moment de la saison des amours –particulièrement étendue dans son cas, puisqu'il peut suivre l'été et la vague en parcourant le globe.

Pour savoir si tu fais toi aussi partie de cette élite physique, laisse-moi te donner une petite astuce des familles: mets ta combinaison en néoprène –ne t’inquiete pas, elle est en général fournie avec la planche lors de tes premières leçons. Là, deux solutions.

  • 1/ les filles se retournent sur ton passage: c’est très improbable, puisqu’elles sont elles-mêmes surfeuses, et donc habituées à un très haut niveau de perfection plastique chez leurs partenaires.
  • 2/ elles rient ou ne te remarquent même pas: c’est normal, tu es dans la catégorie 2, celle des gens qui ont l’air con avec une combi en néoprène, et qui n'arrivent sans doute pas à porter leur planche d'un seul bras (voir le point 5, ici).

2. Ils aiment «la glisse»

Le chanteur antillais Franky Vincent ne chante-t-il pas qu’«Alice, ça glisse, au pays des merveilles»? Tu l’as compris, lecteur, surf is about sex. Il suffit de se frapper les innombrables DVD sur la naissance de la culture surf (voir point 3, ici) pour comprendre à quelle point la surf-culture est indissociable du mouvement de la libération sexuelle, tout comme le rock dont elle est contemporaine.

Il y a par exemple cet série ringarde des années soixante-dix dans laquelle une ingénue et jolie blonde explique à ses parents WASP et coincés à quel point –oh my god– surfer la vague est une sensation qu’elle n’avait jamais éprouvé auparavant… Je vous épargne le schéma freudien.

Voici un extrait de l’article publié sur les musiciens par Slate.

«Jimi Hendrix jouait de la guitare avec sa langue, Elvis se déhanchait frénétiquement, aujourd'hui ce sont Justin Timberlake ou les membres du boys band One Direction qui excitent les adolescentes avec leurs chorégraphies millimétrées.»

Mais alors que dire des surfeurs? Voilà des gars qui glissent, rident la vague (c’est-à-dire la chevauchent), tâtent du «lip» (la lèvre de la vague), s'enfoncent au plus profond du tunnel de la vague («deep inside»), comparent la taille de leurs boards –il est vrai qu’en la matière il est bien vu d’avoir la plus petite– et dont l’objectif quotidien est de réussir leur érection (le «take-off») sur une planche de bois en milieu humide.

Voici ce qu’en dit le chercheur Adolphe Maillot dans son article «Sea, sex and sun»: la sexualité dans la mythologie du surf way of life:

«Il existe ainsi une véritable mythologie autour de ce sport, dont la pratique grandit les individus en flattant leurs sens en même temps que leur ego. Le héros de ce "grand récit" mis en scène par les magazines spécialisés est le "soul surfer". Parmi ses multiples qualités, ce super-héros serait doté d’une vitalité sexuelle exceptionnelle

Dans Point Break, le film culte des surfeurs avant même Brice de Nice, la grosse voix-off du trailer démarrait ainsi:

«Sur la côte du sud de la Californie, vous pouvez seulement surfer, faire la fête, et faire l’amour aussi longtemps que possible… avant d’aller au travail»

Parce que oui, même dans le milieu du surf, et même dans Point Break, il faut aussi bosser.

Mais les surfeurs sont aussi –surtout– des petits branleurs, auxquels un marketing décalé propose de flatter leur narcissisme. Ainsi de la cire anti-dérapante et protectrice «Sex Wax» de Mr Zogs, une «dénomination uniquement publicitaire qui illustre simplement le côté contre-culture du surf des années 1970. Il ne s'agit bien entendu en aucun cas d'un lubrifiant sexuel», précise Wikipedia. La marque est célèbre pour ce double langage qu'elle affectionne dans ses pubs et ses présentations commerciales: «Learn the doe's and don'ts of waxing your stick», annonce par exemple le site du bon Mr Zog...

 

3. Ils ont une «culture»

Si le surfeur énerve tellement les non-surfeurs, ce n’est pas uniquement pour ses atouts physiques, comme nous l’avons vu ensemble au point 1. C’est aussi parce qu’une fois sorti de l’eau, il continue à t’humilier en t’imposant son life style surf, mélange d’attitudes cool face à la vie, de nonchalance et de termes anglosaxons (break, reef, pic, baïne, etc.) que tu ne comprends pas, vu que tu n’est même pas capable de surfer avant le pic (voir lexique).

Car oui, le surfeur a une culture, qui dépasse le cadre strict de son activité comme les limites de son spot de prédilection. C’est là tout son charme et tout le drame de ton été. Il ne viendrait jamais à l’idée d’un journaliste culturel de parler de ping-pong way of life, de culture hand-ball ni même de culture foot (mise à part les boîtes de la côte et les charmantes top-model proches de l’âge de la majorité légale qu’on y croise).

Avec le surf, c’est un peu différent. Mais que fait le surfeur pour être aussi énervant une fois sorti de l’eau? Concrètement, le surfeur qui ne surfe pas a de quoi occuper le reste de sa journée. Il peut faire du skate, du yoga ou, mieux, visionner et commenter des DVD d’autres surfeurs –chaque surfcamp est en général pourvu d’une vingtaine de DVD de surf. Ce qu’il faut retenir, c’est que contrairement au pongiste ou au hand-balleur, le surfeur reste surfeur une fois son activité sportive terminée. Il est même encore plus surfeur hors de l’eau que dans les vagues. Bref, il va continuer à monopoliser l’attention autour de sa pratique du surf, notamment à tes dépens –n'utilise ni cynisme ni ironie à son endroit, tu serais vite catalogué comme mauvais coucheur de la bande, si ce n'est déjà fait, et tu perdrais le peu de crédit qui te reste dans le milieu du surf amateur.

4. Ils sont encore plus rebelles que les musiciens

Tu penses peut-être que le cauchemar prendra fin quand d’autres sujets seront enfin mis sur la table? Erreur. Le surfeur a tout un arsenal de propositions pour prolonger sa maîtrise de la situation: il peut proposer de jouer de la guitare, du djembé ou du didgeridoo, auquel cas il cumulera avec ses atouts décrits ici ceux du musicien. Pense par exemple à Jack Johnson, n’est-il pas particulièrement énervant comme type?

Le surfeur a sa propre mythologie, ses codes et ses références culturels, le rendant par la même particulièrement difficile à contrer en situation de drague. D’autant que, comme le note Adolphe Maillot, ses références sont plutôt du genre à faire rêver:

«Des surfers se présentent comme des marginaux, des rebelles sociaux, créent pour la première fois un véritable “mode de vie sportif alternatif”. Ils s’inspirent des écrivains de la Beat Generation et, en particulier, de Jack Kerouac. La glisse est une forme de contre-culture qui conteste et déstabilise les structures traditionnelles du sport

Ainsi, écrit-il, «le surf est un sport que ses pratiquants ont tendance à élever au rang d’"art de vivre" ou de "philosophie"». 

En gros, ils sont des sportifs avec un supplément d’âme, un petit quelque chose romantique qui manque cruellement aux sportifs purs et durs et les rend particulièrement nocifs et dangereux en terme de séduction des femelles.

Le surfeur, c’est en quelque sorte le James Dean de la culture sport. Rebelle, solitaire, n’écoutant que son envie de se jeter à l’eau une nouvelle fois, passant des heures à attendre la bonne vague, dormant même parfois sur place… Dans le récit mythique, c’est l’homme brûlant sa vie sur la planche plutôt que de la consumer dans le train-train quotidien de ses concitoyens, masses veules de salariés qui peuplent nos pays développés loin des côtes et de leurs bons spots.

Enfin notre surfeur aura toujours un mot pour contrer tes attaques les plus basses contre l'hégémonie du marketing. Car le surf, c'est surtout un tas d'événements sponsorisés voire créés de toutes pièces par les marques, des beaux gars endorsés par les dites marques et, au-delà, tout une niche de produits culturels très rentables –surf et punk-rock, tee-shirt hors de prix sérigraphiés de la plage de Malibu, caleçons Oxbow, etc.

5. Ils portent leur planche d’un seul bras

Le premier jour, le prof de surf t’expliquera qu’il est plus facile de porter deux planches à deux qu’une chacun: c’est tout à fait vrai, et ce pour deux raisons. La première, c’est que le poids des deux planches mieux réparti entre deux apprentis surfeurs te paraît moindre. La seconde, c’est que porter une planche à deux te permet d’attraper l’un des deux bouts de la planche avec chaque bras, c’est-à-dire aux endroits où sa largeur rétrécit, et non en son milieu.

C’est à ce moment de l’article que je te révèle une donnée primordiale de la culture surf: le vrai surfeur n’acceptera JAMAIS de se livrer à cet exercice en duo, qui te fait passer pour un membre d’une colo d’école maternelle de passage dans les Landes.

Le vrai surfeur porte sa planche tout seul et d'un seul bras. Or, comme débutant, on te donnera une immense planche –une longboard– facile à surfer –encore que– mais extrêmement difficile à porter d’un seul bras.

Et là, en partant du parking pour te diriger vers la plage –le spot– tu te dis: mais comment font-ils ces enfoirés pour entourer le milieu de leur planche avec leur bras? Suis-je déformé pour ne pas parvenir à attraper ce putain de côté opposé de ma planche de merde de débutant? Sont-ils génétiquement produits pour le port à un bras?

Bref, tu bad-trippes, tu culpabilises, tu sens toute l’injustice de la nature sur tes frêles épaules d’apprenti surfeur, qui t’a fait naître avec des bras trop courts. Et surtout loin des vagues. Car toi aussi, au fond, tu aurais aimé être un vrai surfeur.

Chute de surfeurs / -Jérôme- via Flickr CC Licence By

J.-L.C.

Note à toi, lectrice: sache que contrairement aux apparences, cet article t'es avant tout destiné. L'auteur feint de s'adresser à un camarade masculin alors qu'en réalité, le mythe du surfeur intéresse surtout les filles, ce que de récentes discussions avec des représentantes de l'espèce m'ont confirmé. Tu peux donc retourner à ta lecture sans crainte de lire des propos phallocentrés. Encore que...

Jean-Laurent Cassely
Jean-Laurent Cassely (990 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte