France

Casinos: Monaco ne fait plus le poids face à Macao

Nicolas de Rabaudy, mis à jour le 16.09.2012 à 16 h 40

Les hôtels et restaurants de la Société des bains de mers se portent bien, mais les casinos pâtissent de la concurrence de Macao et de la baisse de fréquentation des grands joueurs italiens, refroidis par la traque de la brigade financière transalpine.

Monaco, Nicolas de Rabaudy

Monaco, Nicolas de Rabaudy

Sur le Rocher des Grimaldi, la saison estivale a affiché d’excellents résultats en dépit de l’absence des clients des Émirats pour cause de ramadan. À l’Hôtel de Paris, fleuron de la Société des bains de mer (SBM), on a enregistré des taux d’occupation de 85% depuis Pâques et des prix de séjour dépassant les 1.200 euros par nuitée.

À la clientèle anglo-saxonne, habituée à la douceur de vivre sur la Riviera depuis Lord Brougham au début du XXème siècle, s’est ajoutée la présence désormais rituelle des Russes, Ukrainiens, Ouzbèkes, et des Chinois (+ 7%) attirés par le glamour et le shopping de luxe en principauté (1.500 euros de dépenses quotidiennes pour les plus fortunés). La haute saison 2012 est à marquer d’une pierre blanche: Albert II a convolé en justes noces.

«Oui, les cérémonies très médiatisées des noces du prince souverain l’an dernier nous ont fait travailler bien au-delà de nos espérances» souligne Adriana, qui pilote son taxi Mercédès dans les lacets exigus de la cité chère à Grace Kelly.

Les évènements et la culture sont là

Pour la SBM, premier employeur privé de Monaco avec 3.800 salariés, la haute saison est le baromètre des activités annuelles dont les piliers demeurent l’hôtellerie haut de gamme, les restaurants, les bars et les casinos. En 2012, l’Hôtel de Paris, l’Hermitage voisin, le Beach sur la plage et le Bay Hotel and Resort, dernier né conquis sur la mer (coût 200 millions d’euros), ont été remplis dès le weekend de Pâques, suivi du Grand Prix de Formule 1, du tournoi de tennis et des festivités diverses précédant l’été, le bal de la Croix Rouge et la Fête de la rose auxquelles la famille princière s’efforce d’assister.

Dans l’emploi du temps d’Albert II, les sorties en public avec son épouse Charlène, inaugurations, vernissages et autres mondanités ont accru sa popularité et contribué à entretenir la bonne image de Monaco. Le fils de Rainier III reste un atout majeur dans la vogue actuelle de la principauté dont l’un des points forts sur la Côte d’Azur aux yeux de la riche clientèle reste la sécurité et la présence policière à tous les carrefours. Ici, la nuit, les belles Moscovites en bijoux et diamants ne courent aucun risque.

En cela, le minuscule Etat des Grimaldi – 8.000 Monégasques, 32.000 résidents, 100.000 visiteurs en juillet-août – demeure une destination de vacances par excellence, pimentée par de multiples attractions quotidiennes: spectacles, concerts, ballets, shows de vedettes de la chanson au Sporting d’été, Johnny Halliday à la mi-juillet, sans compter les nombreuses soirées musicales gratuites – une par jour – organisées par la mairie et les expositions du Grimaldi Forum en front de mer. La culture existe bien en principauté.

Seule ombre au tableau: l’absence des Italiens fortunés, frappés par la crise, qui ont déserté les tapis verts. Les faramineuses recettes du casino, coincé entre le Café de Paris et le palace éponyme, ont pâti de cette brutale désertion. Les plus anciens croupiers et autres directeurs des jeux n’en finissent pas de se remémorer les grandioses parties de roulette du sieur Caltagirone, roi des autoroutes italiennes, qui gagnait ou perdait des fortunes chaque nuit – autres temps, autres mœurs dans la corporation réduite des travaillés des plaques de cinq cents euros.

Chasse aux fraudeurs italiens

Il faut dire que les policiers des douanes et de la brigade financière italienne traquent les fraudeurs et autres possesseurs d’argent liquide partout, non seulement à la frontière de Vintimille, mais dans les hôtels, les boîtes de nuit, les boutiques de luxe, photographiant les numéros minéralogiques des berlines de la Botte, à Saint-Tropez, et sur la place du casino de Monaco où les Ferrari sont rangées comme à la parade. On cite le cas de ce financier milanais qui a glissé dans la boîte à gants de sa Maserati sa déclaration d’impôts: un sésame parfait pour un carabinier…

Qu’est-ce qu’un grand joueur pour un casinotier? Un personnage capable de se délester d’un million d’euros par jour. Or, ce type d’individu est en voie de raréfaction en Europe car la planète des casinos s’est déplacée vers l’Asie, à Macao en premier lieu (35 casinos, 33 milliards de dollars de mises) où l’on reçoit et traite les gros joueurs avec des égards inconnus à Monaco: la vie de palace gratuite pour un temps indéterminé du moment que l’individu se montre actif, généreux et persistant aux tables de jeux. Pas de joueurs, pas de profit.

Dépassés par la concurrence asiatique où le jeu est une sorte d’addiction, les casinos de la principauté subissent une décrue dommageable pour les comptes de la SBM. Les jeux ne sont plus la poule aux œufs d’or de la société monégasque, d’autant que l’hôtellerie luxueuse, perchée sur son piton rocheux, n’attire pas la même clientèle en automne et en hiver: la parenthèse des vacances s’est refermée fin septembre.

Hors saison, il s’agit de fournir les chambres et suites à des congrès, des séminaires, des groupes saisis par la réunionite ou de créer des évènements et manifestations susceptibles de faire venir une clientèle bien ciblée comme les gens de télévision pour le Festival des programmes, ou les passionnés de bateaux pour le Monaco yacht show ou les assureurs pour le Congrès mondial au début septembre.

Tarifs négociés

Tous les hôtels, même les plus modestes comme le Novotel, affichent alors complet à des tarifs journaliers négociés, autour de 300 euros la chambre à l’Hôtel de Paris. Mais en dehors de ces périodes de surchauffe, les hôtels de la SBM et les autres peinent à trouver des clients.

À Cannes, la principale ville concurrente, le Martinez, le Carlton, le Majestic sur la Croisette bradent les prix des chambres hors saison: jusqu’à 90 euros la nuit avec la vue sur la mer. La SBM se refuse à descendre aussi bas, ce qui serait nuisible à l’image du groupe hôtelier.

Les aléas de la conjecture économique, ces fortes variations entre la basse et la haute saison, ajoutés à la crise larvée – finie la semaine entière pour les assureurs, ils se contentent de trois jours – pèsent sur le bilan annuel de la SBM: 33,2 millions de perte pour 2011-2012, en dépit d’une hausse de chiffre d’affaires de 3% à 372,4 millions.

Plan de relance

En cause, les coûts salariaux qui ont augmenté de 4%. Les frais de personnels pèsent pour 57% sur les comptes, résultats des années fastes de la SBM quand les cadres et employés des hôtels et restaurants, des Monégasques en priorité, étaient choyés comme nulle par ailleurs en France. Un croupier à Monaco gagne trois fois plus que son alter ego à Menton ou à Cannes.

Choisi par Albert, Jean-Luc Biamonti, président de la SBM, a pris le taureau par les cornes et a nommé, il y a quelques mois, Jean-Louis Masurel, ancien cadre supérieur de Moët et Chandon, au poste de directeur général de la SBM aux côtés d’Isabelle Simon, experte dans le management de la société.

Un plan de relance et des mesures drastiques sont en cours d’application – un programme de mise à la retraite, la réduction des disparités de salaires… – afin de sortir de l’ornière et de redonner du tonus à la SBM, une belle endormie qu’il faut réveiller à tout prix. Pour Jean-Louis Masurel «la SBM est une formidable entreprise qui est la fierté de la principauté et de ses employés. Elle mérite toute notre créativité

Nicolas de Rabaudy

Joël Robuchon au Métropole de Monaco

De l’intérêt d’avoir avec soi un chef de renommée mondiale pour booster le chiffre d’affaires. En face de l’Hôtel de Paris, M. Boustany, propriétaire du Métropole, un cinq étoiles magistralement décoré par Jacques Garcia, admirable verrière au beau milieu du vaste salon d’accueil, a pu faire venir en 2008 Joël Robuchon et Christophe Cussac, l’un de ses seconds en toque, pour concevoir la cuisine élégante, proche des produits locaux, du restaurant très classe de l’établissement doublement étoilé, un an après l’arrivée du Poitevin au palmarès incomparable: treize restaurants dans le monde dont un trois étoiles d’exception à Las Vegas, au Grand M.

Trois ans plus tard, Joël Robuchon, pénétré depuis un quart de siècle par les secrets de la cuisine nippone, ouvrait, dans une dépendance du Métropole, Yoshi, un restaurant japonais contemporain, probablement le plus captivant par l’éventail des assiettes, à la fois le plus traditionnel et créatif de France. L’étoile Michelin a suivi illico.

À l’été 2012, le propriétaire et Jean-Claude Messian, directeur général, ont mis en chantier Odyssey, un second restaurant français, tout près de la piscine et du Spa – ouverture au début 2013.

Là aussi, le Métropole, un cinq étoiles urbain, idéal l’hiver, récolte les fruits d’or de cette collaboration avec le maestro Robuchon, en visite deux jours par mois dans ces trois unités. En plein mois d’août 2012, le restaurant a refusé du monde aux déjeuners de cuisine méditerranéenne – et il n’y a pas de terrasse sur la mer!

Jamais le Métropole n’aurait pu rivaliser avec le mythique Hôtel de Paris sans la présence de Joël Robuchon: le face à face des deux géants des casseroles a singulièrement enrichi la palette gourmande, l’attractivité de la principauté où fleurissent tant de médiocres tables, véritable attrape-gogos pour touristes en goguette. Au bar du Métropole, le croque-monsieur doré et fondant de Joël Robuchon et du sous-chef Stéphane, est un chef-d’œuvre à 16 euros.

Le Métropole

• 4 avenue de la Madone 98007 Monte-Carlo. Tél. : (00 377) 93 15 15 15. Chambres à partir de 300 euros. Déjeuner à 52 euros. Carte de 80 à 160 euros. Au Yoshi, déjeuner à 35 euros. Carte de 50 à 195 euros, le meilleur japonais de France et de Monaco.

Tous au restaurant

Du 17 au 23 septembre, dans mille restaurants de l’Hexagone, votre invité est invité par les chefs et patrons à déjeuner ou au dîner, menu spécial de la semaine. À Paris, le Carré des Feuillants d’Alain Dutournier, deux étoiles, Laurent Petit, double étoilé au Clos des Sens à Annecy, Jacques Marcon à Saint-Bonnet-le-Froid en Haute-Loire, trois étoiles, le Bistrot 7 à Valence, Thierry Marx au Sur Mesure du Mandarin à Paris, deux étoiles… En 2011, plus de 400.000 clients ont participé à cette fête de la gastronomie et des papilles. Réservation : www.tousaurestaurant.com

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