Monde

Chine: la si longue absence de Xi Jinping

Richard Arzt, mis à jour le 16.09.2012 à 17 h 31

Pendant quinze jours, celui qu’on annonce comme le prochain Secrétaire général du Parti communiste chinois ne s’était plus montré en public.

Le vice-président chinois Xi Jinping tire dans un ballon de football lors d'une visite au stade de Croke Park à Dublin le 19 février 2012, REUTERS/David Moir

Le vice-président chinois Xi Jinping tire dans un ballon de football lors d'une visite au stade de Croke Park à Dublin le 19 février 2012, REUTERS/David Moir

Retour à l’ordre à Pékin: Xi Jinping est réapparu. Pendant quinze jours, celui qu’on annonce comme le prochain Secrétaire général du Parti communiste chinois ne s’était plus montré en public. A quelques semaines du Congrès où il doit être désigné, sa disparition n’a officiellement été expliquée à aucun moment. Ce sont des journaux de Hongkong qui ont avancé qu’il souffrait d’un mal de dos.

Samedi matin, Xi Jinping est arrivé détendu à l’université de l’agriculture de Chine, au Nord Ouest de la capitale, pour honorer de sa présence «la journée de promotion de la science nationale». Les raisons de son absence ne sont toujours pas données. Etait-ce un retrait tactique?  Xi Jinping a-t-il fait pression dans une négociation serrée sur ses futurs pouvoirs?

Ou bien s’agissait-il réellement d’une question de santé? Dans ce cas, le révéler au grand public risquait-il d’amoindrir l’image du candidat à la fonction suprême? Le régime politique de la deuxième puissance économique mondiale reste incapable de communiquer sur son fonctionnement interne et sur la vie de ses dirigeants.

En 1980, Hua Guofeng, qui présidait le Parti communiste, avait cessé d’apparaitre pendant plusieurs semaines. Et soudain, la télévision l’avait montré au milieu d’un reportage sur les activités des autres dirigeants: il était en pyjama dans un hôpital pour des examens de santé! Les Chinois ont alors compris que celui qui, quatre ans avant, avait succédé à Mao Zedong, n’avait plus aucun poids politique. Deng Xiaoping était devenu l’homme fort du régime et Hua Guofeng allait définitivement démissionner quelques mois plus tard. 

Rumeurs sur le Web

Rien de tel pour Xi Jinping. Aucune chaine de télévision n’est allée vérifier s’il avait réellement mal au dos. Mais les interrogations se sont multipliées sur la toile où les internautes chinois ont l’art d’inventer des informations quand le pouvoir ne leur en donne pas. Sur le site Boxun, on a pu lire que la voiture de Xi Jinping avait été volontairement percutée par deux autres véhicules. Le site a de lui-même démenti cette rumeur.

L’absence de Xi Jinping était d’autant plus visible qu’Hillary Clinton, les premiers ministres du Danemark et de Singapour et d’autres importantes personnalités de passage ont constaté qu’il n’était pas là pour les rencontrer.

En comparaison, Hu Jintao, le Secrétaire général en fonction, s’est montré omniprésent. Après deux mandats de cinq ans, la Constitution l’oblige à se retirer. A son arrivée il y a dix ans, les partisans shanghaiens de son prédécesseur Jiang Zemin ont entravé sa montée en puissance. Il les a écartés peu à peu des cercles gouvernementaux, au point qu’en 2007, le «clan de Shanghai» n’avait plus de candidat crédible à proposer au poste de Secrétaire général pour 2012.

Dans les arcanes opaques du Comité central, ces Shanghaiens se sont reportés sur Xi Jinping. Celui-ci l’a emporté car il bénéficiait aussi du soutien des cadres de provinces dans lesquelles il avait été gouverneur ainsi que des «fils de princes»: les enfants, comme lui, de dignitaires ayant participé à la création de la République populaire en 1949.

Hu Jintao veut conserver son influence

Hu Jintao a dû accepter que Xi Jinping lui succède. Mais il garde un objectif: conserver son ascendant sur la direction  du parti. En mars dernier, il a réaffirmé son autorité en limogeant Bo Xilai, personnage très en vue de la politique chinoise en poste dans la mégapole de Chongqing. Le meurtre d’un citoyen britannique dans cette ville a aidé à justifier cette éviction spectaculaire.

En juin, l’image de Xi Jinping a été sérieusement secouée lorsque le site web de Bloomberg a révélé que sa famille contrôle une fortune équivalente à 376 millions de dollars. L’intéressé ne réagit pas. Qui dans l’appareil du Parti a fait fuiter ces informatio ? Jamais un article aussi précis sur la richesse d’un haut dirigeant chinois n’était paru auparavant; il n’y en a pas eu depuis non plus.

Cet été,  Hu Jintao aurait imposé la réduction à 7 du nombre des membres du Comité permanent du Bureau politique. Cet organe collégial est le cœur du pouvoir chinois. Dans les années 90, le Secrétaire général Jiang Zemin avait jugé utile de le renforcer en le faisant passer de 7 à 9 membres. Hu Jintao serait parvenu «au nom de l’efficacité» à revenir à 7. Il est plus facile d’avoir une majorité de proches dans un Comité permanent restreint. 

Apparemment, les partisans de Xi Jinping marquent parfois des points. En août, Hu Jintao n’a sans doute pas pu faire autrement que d’écarter Ling Jihua, un de ses proches collaborateurs dont le fils venait de se tuer au volant d’une Ferrari après une embardée sur le 4e périphérique de Pékin. Ses deux passagères, retrouvées dénudées, sont grièvement blessées. Malgré la censure, la nouvelle a alimenté de nombreux blogs.

Pas de différences politiques

Rien n’indique que des orientations politiques sous-tendent les luttes au sommet à Pékin. Difficile d’attribuer à chaque camp des nuances sur comment contrer le ralentissement économique provoqué par la crise de la zone euro. Les entourages aux allures de clans semblent se battre avant tout pour le partage du pouvoir. Les proches de Hu sont souvent issus de la Ligue de la jeunesse communiste. Autour de Xi Jinping se trouvent plutôt des anciens de l’école centrale du Parti.

En 1992, Deng Xiaoping avait désigné les deux futurs secrétaires généraux: Jiang Zemin puis Hu Jintao. Le père de la modernisation chinoise est mort en 1997. Personne n’a aujourd’hui l’autorité pour imposer celui qui va diriger le pays. Changer les règles supposerait d’aller vers une «réforme politique», c’est-à-dire une avancée démocratique. Cette perspective ne fait certainement pas consensus dans un Parti communiste habitué au monopole du pouvoir.

La réapparition de Xi Jinping sous-entend qu’un accord définitif sur la direction du Parti est vraiment en place. L’annonce de la date du XVIIIe congrès devrait le confirmer. Normalement cette réunion au sommet a lieu à la mi-octobre et d’habitude, c’est dans les derniers jours d’août que l’on sait précisément quand. Le retard actuel a de quoi entretenir de nouvelles interrogations...

Richard Arzt

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