Economie

Des parachutes dorés pour les pauvres

Denis Monneuse, mis à jour le 09.06.2009 à 10 h 32

La rupture amiable du contrat de travail avec un chèque à la clé concerne de plus en plus les employés et les ouvriers.

Les «golden parachutes» reçus par quelques grands patrons quittant leur entreprise ont suscité l’attention médiatique et relancé le débat sur la rémunération des dirigeants. Scandales, scoops et polémiques ont toutefois passé sous silence un autre pan de la réalité: de plus en plus de salariés partent avec un parachute doré. Certes, les montants sont loin des sommes astronomiques perçues par les PDG, mais ce phénomène croît chaque année.

Il n’est pas tout à fait nouveau chez les cadres. La rupture conventionnelle instituée par la loi du 25 juin 2008 portant sur la modernisation du marché du travail existait déjà auparavant dans les faits sous des formes différentes. Cette séparation à l’amiable, c’est-à-dire avec un chèque à la clé, connaît d’ailleurs un certain succès puisque, d’après la Dares (Direction de l’Animation de la Recherche, des Etudes et des Statistiques), on en compte plus de 60 000 sur les six derniers mois. La rupture conventionnelle est ainsi souvent un moyen pour l’employeur de monnayer des licenciements économiques déguisés et pour le salarié de ne pas quitter l’entreprise les mains vides.

La nouveauté est que ce phénomène concerne aujourd’hui également les ouvriers et les employés. Au lieu de démissionner pour changer de travail, donc de partir sans aucune indemnité, ils sont de plus en plus nombreux à chercher à obtenir un viatique. Leur raisonnement est le suivant : puisqu’on entend dans les médias que les patrons partent avec un gros chèque dans la poche, même quand les résultats de l’entreprise ne sont pas au rendez-vous, pourquoi pas moi?

Certains salariés désireux de changer d’horizons demandent alors à bénéficier d’une rupture conventionnelle ou bien à se faire licencier par leur entreprise afin de partir avec de quoi tenir quelques mois et toucher les Assedic. Toutefois, ils se voient généralement opposer un refus de leur hiérarchie, peu encline à cette pratique fort coûteuse.

Du coup, pour faire évoluer leur rapport de force avec les Directions des Ressources humaines (DRH) et parvenir ainsi à leurs fins, certains employés utilisent l’absentéisme.Concrètement, ils s’adonnent au présentéisme contemplatif, étant présents physiquement au travail mais pour y faire la grève du zèle. Ou bien alors ils s’absentent régulièrement, grâce à des arrêts maladie de complaisance, de manière à agacer leur manager et à désorganiser la production. Comme il est extrêmement difficile juridiquement de licencier un salarié pour absentéisme abusif, l’employé espère que l’entreprise finira par céder. Celle-ci est alors doublement perdante: non seulement elle subit les absences du salarié dans un premier temps, mais en plus elle se voit dans l’obligation dans un second temps de lui verser un chèque supérieur à ses indemnités de licenciement pour qu’il quitte enfin la société. Bref, les parachutes dorés se démocratisent: il y en a même pour les pauvres!

Ce phénomène touche en premier lieu les secteurs d’activité tels que la restauration rapide et la grande distribution où le turnover est élevé et les rémunérations plutôt faibles. On comprend pourquoi les DRH se montrent peu diserts sur ce sujet: ils craignent de faire de la publicité sur une pratique qui les agace et de créer ainsi un appel d’air.

Denis Monneuse

Photo: Spectacle de parachutisme aux Etats-Unis  Reuters

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