Économie

LH Forum. L'économie positive, ça commence souvent dans la merde

Temps de lecture : 2 min

Concilier intérêt général et rentabilité: tel est le maître mot de l'économie positive. Mais l'intérêt général, dirait-on, se trouve souvent dans les recoins les moins propres...

Glace en forme de déjection dans un restaurant de Taipeh, en 2007. REUTERS/Nicky Loh
Glace en forme de déjection dans un restaurant de Taipeh, en 2007. REUTERS/Nicky Loh

On l'appelle Mister Toilet. Mister Toilet, c'est Jack Sim. Jusqu'à 40 ans, Jack Sim —Singapourien de son état— était un businessman très comme il faut. «J'ai créé 16 business en 16 ans», résume-t-il. Et puis, il s'est un peu demandé à quoi tout cela servait. Surtout son argent, il en avait presque trop.

Certains l'auraient jeté par les fenêtres. Lui, l'a transformé en papier toilette. Littéralement. Jack Sim a décidé de s'attaquer aux 40% de la population mondiale qui n'ont pas accès à des toilettes correctes. Soit environ 2,6 milliards de personnes, un chiffre qui ne va qu'en augmentant, comme la population. Un vrai problème d'hygiène, de santé publique, voire de criminalité. «La merde, c'est comme le feu», explique Jack Sim. Le petit bonhomme souriant sort un nombre de «shits» (merde, en anglais) à la minute très impressionnant. Bref:

«La merde est comme le feu, quand on la gère, c'est utile. On en fait des fertilisants. Mais si on ne la gère pas, on en meurt.»

Alors Jack Sim a décidé de sortir la merde de son tabou. Comment? En en faisant un véritable objet médiatique, quelque chose dont on peu doucement rigoler. Il a donc créé le word toilet day —moins populaire qu'Harry Potter mais plus que Justin Beber, selon Jack Sim— et le Toilet College, et bien, entendu, le Toilet Paper, la feuille de chou de la World Toilet Organization (WTO).

Une organisation qui n'a qu'un seul but: récolter de l'argent d'un côté pour de l'autre trouver des petits entrepreneurs prêts à gagner leur vie en installant les SaniShops mis au point avec l'aide de Jack Sim. Car Jack Sim ne croit pas à la bienfaisance: «la charité, c'est considérer que les gens sont sans utilité, sans espoir, et sans capacité».

Il ne croit pas non plus aux ONG: «Elles ne pensent qu'à leur propre survie.» Permettre à des gens de gagner leur vie en construisant des toilettes en revanche, voici un vrai projet. Son vrai projet.

Créer ou faire créer de la richesse avec de la merde, Jack Sim n'est pas le seul à en avoir eu l'idée. Le Dr Pathak, qui intervient vendredi au LH Forum, a lui aussi décidé de s'attaquer aux immondices indiens. En Estonie, Rainer Nolwak, lui, a décidé d'organiser un «clean-up day» , un jour où la population remonte ses manches pour nettoyer entièrement un pays. Eric Brac de la Perrière, lui, venait présenter Eco-Emballages, autrement dit, expliquer comme il se penchait lui aussi sur le contenu de nos poubelles.

Que nos poubelles et nos toilettes attirent tant les partisans de l'économie positive, relève-t-il vraiment du hasard? «Non», répondent nos entrepreneurs. La saleté, personne ne l'aime. Elle dégoûte tout le monde. On la cache. Mais il y a un moment où elle atteint un point de saturation. Où elle déborde. Où plus personne ne peut l'ignorer. «Et alors, cela devient un véritable produit de masse concernant un véritable marché de masse», explique Jack Sim.

Un marché avec peu de pouvoir d'achat certes, mais une marché de masse quand même. Où il suffit d'être un peu créatif pour trouver de la rentabilité. Cela prend parfois un peu de temps, exige parfois un tout petit peu de régulation publique —comme pour le recyclage des emballages—, mais à la fin, la rentabilité est bien au rendez-vous.

Et lorsque l'on a trouvé le bon filon, inutile de chercher un autre marché. La saleté, sans aucun doute, est l'une des ressources les plus inépuisables de la planète.

On vous le dit, l'économie positive, ce n'est pas toujours très propre. Mais c'est, paraît-il, pour la bonne cause.

Catherine Bernard

Catherine Bernard Journaliste

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