Économie

LH Forum. La richesse est-elle forcément rare?

Temps de lecture : 2 min

L'économie est la science de la gestion des choses rares. C'est, en général, ce que tout étudiant apprend dans l'un de ses premiers cours d'économie. Comment gérer au mieux des ressources limitées, qu'il s'agisse de matières premières, du capital ou de la force de travail, pour en tirer le meilleur profit, à titre personnel et pour la collectivité?

Vigiles devant l'entrée d'un défilé Louis Vuitton à Shanghai, en juillet 2012.Aly Song / Reuters
Vigiles devant l'entrée d'un défilé Louis Vuitton à Shanghai, en juillet 2012.Aly Song / Reuters

Slate est partenaire du «LH Forum», un grand congrès sur l'économie «positive» organisé au Havre par le groupe de micro-crédit Planet Finance créé par Jacques Attali, l'un des fondateurs de Slate.

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Telle a été, et est encore, la préoccupation des penseurs de l'économie. Avec les questions subséquentes: faut-il mieux le marché —et sa main invisible— ou la planification rationnelle et le collectivisme? Comment corriger leurs lacunes respectives, veiller à la redistribution la plus juste de ces ressources rares, empêcher quelques prédateurs de tout s'adjuger? Comment, en un mot, vivre au mieux dans la rareté?

Et si l'économie s'était trompée d'objet? Ou si, plutôt, l'objet de l'économie avait changé? Les ressources de l'économie sont-elles forcément rares? Faut-il obligatoirement les gérer avec parcimonie? Et la rareté ne touche-t-elle pas, paradoxalement, d'autres biens que ceux qui alimentent le circuit économique?

Et, si oui, ne faut-il pas, du coup, adapter les théories économiques ?

Telle est sans doute, sous-jacente, la question que posent en réalité les réflexions sur l'économie positive. Prenons les ressources naturelles: elles sont limitées bien sûr. Personne n'en doute. Mais l'Homme s'acharne tant à les exploiter jusqu'à la lie, avec des nouvelles méthodes d'exploitation -parfois très contestées du reste, que pour l'instant, la pénurie n'existe pas vraiment. Peut-être faut-il le déplorer, peut-être serait-il en réalité judicieux d'apprendre à économiser dès maintenant plutôt que s'acharner, puisque de toutes façons, un jour...

Mais c'est un fait, même les hydrocarbures pour l'instant ne font pas défaut. Dans une économie globalisée, la force de travail semble également inépuisable. Paradoxalement, ce sont des ressources renouvelables –les stocks de poissons par exemple, les cultures— qui, régulièrement font défaut.

ET dans tout ce qui devient rare, beaucoup de choses n'ont pas forcément une grande importance économique, directe du moins, et à court terme: l'air pur, par exemple, ou les solidarités familiales.

A l'inverse, certains produits, certains facteurs de production se révèlent, en réalité, bien plus abondants que prévus. Côté produits, la numérisation par exemple, permet la reproduction illimitée de biens autrefois réservés à quelques uns (fichiers musicaux par exemple). Côté facteurs de production, l'intelligence, notamment collective, en constitue une excellente illustration. Et ce, alors même qu'elle est aujourd'hui un facteur de production crucial. Avoir beaucoup d' idées ne n'empêche pas les autres d'être inventifs. Au contraire!

Les partager permet même souvent de les faire fructifier! Avec les technologies de l'information, ce n'est donc plus la rareté, mais l'abondance qu'il faut gérer. Pour que l'intelligence irrigue au mieux, et partout. Ce n'est donc plus la compétition, celle qu'organise si bien le marché, mais le partage optimal qu'il faut favoriser. Ne faut-il pas alors inventer de nouveaux outils économiques ?

Jacques Attali, en introduisant le LHForum du Havre consacré à l'économie positive, l'a bien fait remarquer: l'individualisme par exemple, celui-là même pourtant que nos économies mettent pourtant en avant, constitue sans doute l'une des raisons de la crise dans laquelle nous nous trouvons. Mais comment l'économie peut-elle alors organiser les nouvelles solidarités ou mutualisations d'idées?

Catherine Bernard

Catherine Bernard Journaliste

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