Economie

Fusion EADS-BAE: la Grande-Bretagne de retour en Europe

Eric Le Boucher, mis à jour le 13.09.2012 à 10 h 07

La fusion entre les géants de l'industrie aérospatiale franco-allemand et britannique est un tournant historique, tant d’un point de vue industriel que d’un point de vue de défense et de stratégie.

L’avion de chasse Eurofighter, construit en collaboration entre EADS et Bae, ici lors d'un vol de présentation en Suisse en septembre 2011.  REUTERS/Denis Balibouse

L’avion de chasse Eurofighter, construit en collaboration entre EADS et Bae, ici lors d'un vol de présentation en Suisse en septembre 2011. REUTERS/Denis Balibouse

EADS négocie une fusion avec British Aerospace. L’information a été donnée par l’agence Bloomberg puis confirmée par le groupe britannique. Les négociations officielles s’engagent, elles ne sont pas une mince affaire puisqu’il faudra l’aval des trois gouvernements et le maintien des actions préférentielles qui donnent à Paris et Berlin des droits de veto. Mais si elles aboutissent favorablement, cette fusion représente une opération considérable, tant d’un point de vue industriel que d’un point de vue de défense et de stratégie. C’est un véritable tournant historique.

D’un point de vue industriel, l’Europe réunirait enfin ses forces dans un seul groupe, franco-germano-britannique. Beaucoup de projets communs ont existé entre les trois pays, comme l’avion de chasse Eurofighter; beaucoup se sont défaits; beaucoup perdurent. Mais la Manche restait infranchissable.

En 2006, BAE était sorti d’Airbus. Une fusion signifie qu’il fait aujourd’hui marche arrière. Airbus qui rivalise avec le succès que l’on sait avec l'Américain Boeing, peut dans cette fusion reprendre un avantage de compétitivité.

Mais c’est surtout dans le domaine de l’industrie de défense que ce mariage compte. Alors que les budgets militaires sont à la baisse en Europe, comme qu’ils vont l’être outre-Atlantique, il y a un grand avantage à  réunir les industriels européens dans une seule main. De grandes économies d’échelle sont possibles dans une unification des commandes des deux grandes armées européennes qui comptent : la britannique et la française.  

Le plus important pourrait être l’aspect politique. Cette fusion peut s’interpréter comme un tournant historique pour la Grande-Bretagne. Depuis les années 90, British Aerospace cherchait à prendre pied aux Etats-Unis pour s’introduire sur le marché du Pentagone qui représente à lui tout seul plus de la moitié des commandes d’armes dans le monde.

Mais les conditions de secret, de sécurité et le lobby protectionniste des firmes américaines ont créé la déception. British c’est british, c’est pas american. Le groupe anglais n’a jamais vraiment percé sur le marché américain. Pour Londres qui revendique depuis toujours «une relation spéciale» avec Washington, c’est un revers cuisant. La fusion de BAE avec le franco-allemand EADS est une sorte de retour en Europe des Britanniques.

Pour répondre à la crise, l’Europe continentale, celle de l’euro, va s’intégrer plus avant dans une Europe plus fédérale. Même si les gouvernements sont réticents parce que l’euroscepticisme est puissant, en particulier à Paris, l’histoire va maintenant s’écrire dans ce sens de l’approfondissement. Le président de la Commission européenne Manuel Barroso a annoncé mercredi 12 septembre qu’il allait présenter un projet de nouveau traité en 2014 pour «une Europe fédérale d’Etats-nations», dans la ligne d’un Jacques Delors.

Pour défendre les intérêts de ses banques et son indépendance, un David Cameron était tenté par l’isolement, on l’a mesuré lors qu Sommet sur le Pacte budgétaire européen que le Premier ministre de Sa Majesté a refusé. Le message de British Aerospace est que l’avenir de l’industrie britannique est avec le continent.

En même temps, le jeu franco-allemand symbolisé par EADS s’ouvre : nous n’entrons pas vraiment dans un mariage à trois, l’axe Paris-Berlin reste privilégié à cause de la monnaie commune. Mais, avec tous les avantages et les inconvénients, un Anglais vient d’entrer dans la chambre à coucher.

Eric Le Boucher

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Cofondateur de Slate.fr
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