Monde

A quoi a servi la guerre en Afghanistan?

Françoise Chipaux, mis à jour le 13.09.2012 à 7 h 15

A pas grand-chose.

Le 9 septembre 2012 à Kaboul, photo du chef afghan Massoud sur un monument à sa gloire. REUTERS/Omar Sobhani

Le 9 septembre 2012 à Kaboul, photo du chef afghan Massoud sur un monument à sa gloire. REUTERS/Omar Sobhani

Il y a un Avant et un Après 11-Septembre. L’Après a imposé sa marque aux relations internationales et durablement accru la méfiance entre les peuples. Il n’y a que pour l’Afghanistan, l’une des principales victimes, que l’Avant et l’Après se confondent. La guerre est toujours, onze ans après l’entrée triomphante d’une force internationale dans le pays, le quotidien des Afghans, comme elle l’a été avec des hauts et des bas depuis 1978.

Le conflit ne fait plus la une des médias sauf quand le prince Harry, troisième en ordre de succession sur le trône d’Angleterre, arrive dans le pays comme pilote d’hélicoptère de combat. Mais chaque jour apporte son lot de victimes, civiles ou militaires, étrangères et en beaucoup plus grand nombre afghanes.

L’afghanisation à marche forcée de la guerre cache mal l’envie pressante des pays engagés de se retirer d’un conflit qui n’a nullement tenu les promesses faites aux Afghans.

Célébrée comme une victoire par le président Hamid Karzai, la remise par l’armée américaine de la plus grande prison du pays (Bagram) aux autorités afghanes illustre à la fois la méfiance et l’ambiguïté qui caractérisent aujourd’hui les relations entre le gouvernement afghan et la communauté internationale.

Les Etats-Unis ont au dernier moment gardé quelques prisonniers, de crainte de les voir maltraités ou au contraire libérés par les autorités de Kaboul. Le système judiciaire afghan est encore loin de pouvoir garantir des procès équitables et la corruption est omniprésente dans l’administration. D’autre part, les contentieux qui demeurent quant à la gestion des personnes arrêtées par l’armée américaine n’ont pas été éclaircis, chaque partie pouvant les interpréter à sa guise.

10% des unités afghanes réellement autonomes

En pleine campagne électorale, les responsables militaires américains se veulent tous optimistes sur la conduite des opérations et le transfert des responsabilités à l’armée afghane. Les trois-quarts de la population environ sont sous le contrôle des forces afghanes, mais les troupes de l’Otan sont toujours présentes et conduisent nombre d’opérations, notamment dans le sud et l’est du pays.

Alors que plus de 50 milliards de dollars ont été dépensés pour la formation des forces de sécurité afghanes, moins de 10% des unités sont capables d’opérer de façon indépendante. A moins d’un an –été 2013– du passage de témoin entre forces internationales et afghanes, ce chiffre ne peut être qu’inquiétant.

La multiplication, ces derniers mois, d’incidents au cours desquels des soldats ou policiers afghans s’en sont pris à leurs mentors étrangers a en outre compromis certains partenariats. Quarante-cinq soldats de l’Otan, soit environ 15% des soldats étrangers tués de l’année 2012, sont morts de balles tirées par leurs alliés afghans. L’augmentation du nombre de ces incidents a déjà poussé certaines puissances de l’Otan à accélérer le retrait de leurs troupes.

Loin d’être une force en déclin, les talibans sont bien revenus sur le devant de la scène. Et parallèlement aux opérations militaires, tous les acteurs de la scène afghane essaient de négocier une paix avec eux. Les divers «plans de paix» annoncés régulièrement n’ont toutefois jamais vu le début d’une concrétisation. Et on voit mal ce qui pourrait inciter les talibans à négocier un accord qui ne peut pas leur être favorable alors qu’ils voient la hâte de la communauté internationale à clore le conflit afghan.

Aucune institution assez forte pour faire prévaloir la loi

Autre point d’inquiétude: l’instabilité de la situation politique afghane. L’élection présidentielle qui doit avoir lieu en 2014, à peu près en même temps que le retrait des troupes de l’Otan, risque d’aggraver les divisions ethniques déjà très sensibles. Le président Hamid Karzai ne peut, selon la constitution, briguer un troisième mandat et pour l’instant aucune force politique n’a les moyens d’imposer un candidat.

Onze ans après la naissance de ce nouveau régime, soutenu à bout de bras par l’étranger qui assure plus de 90% de son budget, aucune institution n’est assez forte pour faire prévaloir la loi. En Afghanistan, le pouvoir est encore au bout du fusil et en l’absence d’organes de sécurité, professionnels et honnêtes, la démocratie n’a jamais pu prendre racine.

Il est trop tôt pour dresser le bilan de la guerre en Afghanistan, mais d’ores et déjà le coût humain et financier du conflit parait totalement disproportionné par rapport aux très maigres résultats qui devront par ailleurs être confirmés dans la durée.

Françoise Chipaux

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Journaliste
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