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La France va créer un télescope de la pandémie

Jean-Yves Nau, mis à jour le 12.06.2009 à 14 h 34

L'OMS passe à 6, le niveau maximum, son seuil d'alerte mondial.

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) devait déclarer jeudi 11 juin l'état de pandémie mondiale pour la grippe A(H1N1), relevant son seuil d'alerte au niveau maximal de 6. La grippe A devient ainsi la première pandémie du XXIe siècle. Cette annonce a été faite durant une réunion d'urgence de l'agence onusienne installée en Suisse à Genève.

A la différence de celui de la grippe aviaire - le A(H1N1) progresse rapidement mais tue rarement. La barre officielle des 27.000 cas a désormais été franchie et le virus diffuse désormais tout particulièrement sur le continent américain et aux Philippines. Le nombre des pays où il a commencé à s'installer au sein de la population ne cesse d'augmenter : Etats-Unis, Canada, Mexique, Argentine, République dominicaine, Pérou, Chili, Japon, Philippines, Australie ... Et l'ensemble des informations épidémiologiques convergent : si la contagiosité est bien présente la « haute pathogénicité » ne l'est pas. Le dernier bilan de l'OMS fait état de 141 morts dans 74 pays.

Sera-ce toujours le cas ? Comment sortir au plus vite du brouillard pandémique dans lequel nous nous enfonçons ? C'est pour tenter de répondre à ces questions que l'on achève, à Paris, de forger un outil d’un genre nouveau, sorte de télescope épidémiologique qui permetta de scruter ce phénomène qui désormais évolue selon une nouvelle dynamique. Ce sera une forme de Hubble épidémiologique; une entreprise originale à laquelle vingt-cinq pays viennent déjà d’accepter de collaborer. Cette initiative émane d’un petit groupe de chercheurs réunis par le Pr Antoine Flahault, spécialiste d’épidémiologie et directeur de l’Ecole des hautes études en santé publique.

«Nous sommes dans une urgence grandissante. Il est aujourd’hui essentiel de savoir si le A(H1N1) va circuler en juillet et en août dans l’hémisphère Sud avant de revenir à l’automne dans les zones tempérées du Nord, explique le Pr Flahault. Nous voudrions aussi savoir si le phénomène épidémique est aujourd’hui en pleine ébullition et/ou si le soufflé va redescendre. Savoir notamment ce qui se passe en Afrique, ce dont personne ne parle. Ce silence signifie-t-il que l’ensemble de ce continent serait à l’abri de la circulation du nouveau virus d’origine? Signifie-t-il seulement que l’on ne sait rien de lui dans certaines grandes régions du monde? Pour l’heure nul ne peut répondre ces questions. Nous ne pouvons qu’explorer des scénarios dans la gamme des possibles. Alors agissons!».

Baptisée CoPanFlu, l’affaire sera coordonnée par le Dr Fabrice Carrat (Unité Inserm spécialisée dans l’épidémiologiedes maladies infectieuses). En pratique chacun des pays participant suivra un protocole commun de suivi d’une «cohorte» de 1000 ménages pendant deux ans. «Avec toutes les technologies du XXIème siècle nous allons observer et décrire avec le maximum de précision (en termes clinique, virologique et immunologique mais aussi épidémiologique, sociologique, anthropologique, économique…) l’évolution positive ou négative du phénomène, ajoute le Pr Flahault. Et 1000 ménages volontaires constitueront dans chaque pays un échantillon statistiquement suffisant pour mesurer ce qu’il s’est passé, quand, et avec quel retentissement. Chaque cohorte coûtera environ 3 millions d’euros, car les explorations proposées seront sophistiquées et approfondies. Soit avec 27 pays participants un coût total de 81 millions d'euros.»

CoPanFlu a d’ores et déjà le soutien et l'aide, en France, de l'Inserm, de l'Institut de Recherche et de Développement et de la Fondation Mérieux. Et à l’étranger du Centre européen de contrôle des maladies (ECDC), de l'OMS-Genève, et des Instituts nationaux américains de la santé (NIH, Fogarty Institute, Bethesda). Des contacts sont en cours avec le Centre américain de contrôle et de prévention des maladie, le Wellcome Trust, la Fondation Gates, et le «programme recherche» de l'Union Européenne.

81 millions d’euros? N’est-ce pas là un projet un peu trop côuteux en temps de crise ? Là le Pr Flahault fulmine…. Et rétorque que quand bien même tous les Etats du monde participeraient à un tel projet, on resterait encore très largement en-dessous des investissements que les seuls Européens on jugé nécessaires de réaliser pour explorer les étoiles et l’invisible de l’univers.

Un univers au sein duquel tourne une micoscopique planète, sur laquelle les hommes vont, pour la première fois, tenter de suivre à la trace la progression d’un nouveau virus de la grippe, émergé au début du troisième millénaire qui est le leur.

Jean-Yves Nau

Crédit: Hubblesite.org; image de nébuleuse prise grâce au téléscope Hubble.

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