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En Allemagne, les grands partis ont le vent en poupe

Daniel Vernet, mis à jour le 06.06.2009 à 15 h 01

Au pouvoir au sein d'une coalition, la CDU et le SPD sont donnés favoris.

Fabrizio Bensch / Reuters

Fabrizio Bensch / Reuters

Les Allemands ne dérogent pas à la règle. Ils devraient être nombreux à s'abstenir dimanche 7 juin pour le scrutin européen. C'est un signe que la ferveur européenne qui était, outre-Rhin, une seconde nature jusque dans les années suivant la réunification de 1990, a beaucoup baissé. De ce point de vue aussi, l'Allemagne s'est «normalisée». Là où elle se distinguera peut-être de quelques autres pays membres de l'Union européenne au moment de l'élection du Parlement de Strasbourg, c'est dans son rapport au pouvoir.

Il est vrai que le pays se trouve dans une situation particulière. Il est dirigé par un gouvernement regroupant les deux grands partis traditionnels du centre-droit et du centre-gauche, la démocratie chrétienne (CDU-CSU) emmenée par la chancelière Angela Merkel et la social-démocratie (SPD). Or ces deux formations devraient sortir renforcées de la consultation de dimanche, face aux trois petits partis qui complètent le paysage parlementaire allemand : au centre, le Parti libéral (FDP), à gauche les Verts et die Linke -- la gauche radicale, rassemblement de déçus de la social-démocratie et d'anciens communistes d'Allemagne de l'Est.

Cette consolidation des grands partis du centre n'allait pas de soi. Leur hégémonie, qui dure depuis les débuts de la République fédérale d'Allemagne (RFA) dans les années 1950, étaient menacée par trois phénomènes. Le premier était l'ouverture de l'éventail des formations représentées au Bundestag passées de trois à cinq avec l'apparition des Verts dans les années 1980 puis à la suite de la réunification, avec l'entrée au Parlement des ex-communistes est-allemands. La deuxième menace est liée à l'existence de la Grande coalition entre la CDU-CSU et le SPD depuis les élections de 2005.

La première expérience de Grande coalition entre 1966 et 1969 avait logiquement favorisé l'opposition, incarnée alors par le seul Parti libéral. Mais surtout elle avait provoqué, à gauche, le développement d'une opposition extra-parlementaire. La jeunesse notamment ne se sentait pas représentée par les partis au pouvoir, voire trahie par la connivence entre un parti « bourgeois » et les sociaux-démocrates.

Les observateurs de la scène politique allemande se demandaient si un phénomène analogue n'allait pas se reproduire, amplifié même par la crise économique. C'était la troisième menace pesant sur les deux grands partis. Or rien de tel ne semble devoir se produire. Dans un premier temps, les Allemands ont bien donné l'impression de chercher du côté du FDP une alternative libérale à la politique consensuelle de la Grande coalition. D'autres ont fait crédit à la gauche radicale menée en particulier par Oskar Lafontaine, un ancien président du SPD rival de Gerhard Schröder, qui a rompu avec son parti d'origine pour protester contre les réformes « néolibérales » de la coalition rouge-verte entre 1998 et 2005.

Oskar Lafontaine et ses amis avaient le droit de penser que la crise confirmait leurs thèses et justifiait leur revendication de plus d'Etat, plus de réglementation, plus de protection sociale. Mais ces tentations ont fait long feu. Dans les sondages, les Verts et Die Linke sont retombés autour de 10% des intentions de vote. Les Libéraux sont légèrement au-dessus. La CDU-CSU et le SPD consolident au contraire leurs positions. Tout se passe comme si, en période de crise, les Allemands dans leur majorité se méfiaient des «expérimentations hasardeuses», comme avait dit un jour Jacques Chirac à propos de la France, et faisaient confiance aux partis établis pour résoudre les difficultés, si possible dans un consensus droite-gauche.

Ce n'est pas en effet le scrutin européen qui préoccupe les Allemands mais bien leurs propres élections législatives du 27 septembre. Là, la participation devrait être massive. Ils ne sont que 8% à déclarer vouloir s'abstenir. La démocratie chrétienne d'Angela Merkel fait la course en tête, dix points devant le SPD, conduit par l'actuel ministre des affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier (36% contre 26%). Si le rapport de forces reste le même jusqu'à fin septembre, toutes les formules de coalition sont envisageables, y compris la reconduction de la Grande coalition.

Daniel Vernet

Photo: Angela Merkel (CDU-CSU). Fabrizio Bensch / Reuters

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