France

François Hollande, l'urgence sans trop de précipitation

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 10.09.2012 à 10 h 33

Dimanche sur TF1, le chef de l'Etat a fixé un cap pour la suite du quinquennat: sortir de la crise en deux ans avec un partage des efforts et bâtir une société plus harmonieuse ensuite.

Le 4 septembre à Rome.  REUTERS/Alessandro Bianchi

Le 4 septembre à Rome. REUTERS/Alessandro Bianchi

Les impatients en général, la droite en particulier, devraient être satisfaits: François Hollande a réduit son mandat de cinq à deux ans! C’est en tout cas l’essentiel du message présidentiel délivré dimanche soir au pays via Claire Chazal. Deux ans pour sortir de la crise et non plus la durée d’un quinquennat dans laquelle le président semblait s’être trop tranquillement installé.

La pression médiatique et «sondagière» aura donc eu gain de cause sur le calendrier. Deux ans pour gagner la bataille du chômage. Paradoxalement, par cet agenda décidé sous la pression, François Hollande est revenu au point de départ de sa campagne présidentielle: il avait annoncé que la gauche ne ferait pas comme d’habitude, c’est-à-dire distribuer avant de rectifier le tir, mais qu’elle passerait par une première partie de quinquennat difficile et tournée sur l’effort avant, dans la deuxième partie du quinquennat, la récompense.

Désormais, il annonce un effort aussi équitablement partagé que possible pour les deux premières années (faisant même de la fameuse taxation à 75% au-delà du million d’euros une contribution «exceptionnelle») avant, pour les trois dernières années, de se consacrer à bâtir une société «plus solidaire» et «plus harmonieuse». Sortir de la crise et faire que les Français vivent mieux ou, en tous cas le pensent, en 2017 qu’en 2012: tel est le «cap» fixé. Mots maintes fois prononcés, tant il lui était reproché, précisément, de ne pas l’avoir encore fixé.

Flexi-sécurité et compétitivité

Cela dit, comme dans toutes prestations de cette nature, en dehors de la forme qui était bonne et suffisamment claire, il y a des plus et des moins. Côté plus, à mes yeux en tous cas, le fait de ne pas fuir ni chercher à masquer la réalité: cela se lit dans la perspective de croissance pour 2013, qui est l’hypothèse de travail pour l’équilibre de la loi de finances.

Il la voit inférieure à 1% et peut-être même plus proche de 0%, quand certains le soupçonnaient de vouloir la maintenir de façon irréaliste au-dessus de 1%. C’est important parce que l’effort demandé est étroitement dépendant de la perspective de croissance.

Côté positif également, l’ouverture de deux chantiers décisifs et leur accélération, puisqu’il a fixé l’heure limite à la fin de l’année: flexi-sécurité et compétitivité sont les deux chantiers qui déterminent le futur à moyen terme de l’économie française, donc de notre capacité à retrouver un minimum de croissance.

Ce sont les deux sujets les plus lourds que Nicolas Sarkozy avait abordés à la fin de mandat à travers, pour le marché du travail, les négociations sur les accords de compétitivité, et pour la compétitivité elle-même, le vote en catastrophe d’une TVA dite sociale.

François Hollande n’a pas parlé de flexibilité, de peur sans doute de fâcher la CGT, mais le donnant-donnant qu’il a évoqué est bien celui-là: échange de la souplesse et de la flexibilité sur le marché du travail pour que les entreprises puissent s’adapter en continu à des conjonctures et des situations changeantes, et garantir en retour aux salariés un lien permanent avec l’emploi par le détour de l’activité partielle, ou mieux, par celui de la formation.

Calendrier rapide et négociation

La compétitivité, c’est évidemment la grande affaire d’un pays dont on a dit et redit avec quelle rapidité il se désindustrialise. On attendra donc sur ce sujet dans quelques jours le rapport de Louis Gallois, l’ancien président d’EADS, dont on sait déjà qu’il est partisan d’un «choc de compétitivité».

Et, puisque la voie de la TVA a été refusée (qui aurait permis une dévaluation de fait à l’intérieur de la zone euro, comme l’avait fait l’Allemagne et comme s’apprêtent à le faire l’Italie et l’Espagne), il faudra en appeler à la CSG et à une taxation écologique pour opérer l’indispensable transfert du poids du financement de la protection sociale des revenus du travail vers d’autres sources de revenus.

La bonne nouvelle, là encore, est que ces sujets sont abordés de front, dans un calendrier rapide qui ménage un espace suffisant pour la négociation sociale et qui, en cas d’échec, conduira le gouvernement à prendre ses responsabilités.

On trouve là une réponse explicite à l’appel que lui avait lancé François Chérèque la semaine dernière dans les colonnes du JDD où il était dit clairement par le leader de la CFDT qu’à trop attendre François Hollande laisserait passer le moment où, au nom de l’effort national, les syndicats peuvent faire des concessions. La perche a donc été saisie sans tarder.

Côté négatif, il y a incontestablement le risque pris à s’enfermer dans un calendrier aussi court. Lorsque l’on traverse une telle crise où tous les continents sont touchés, plus particulièrement le nôtre, promettre que la courbe du chômage puisse s’inverser en un an est un pari hasardeux, même s’il faut faire la part des milliers d’emplois aidés qui verront le jour, curieusement, uniquement dans la sphère publique.

Répartir les efforts

Autre point négatif: il n’est pas sûr que les éloges décernés aux élites, aux chefs d’entreprises suffisent à rassurer les acteurs qui vont essentiellement mettre en balance le discours et le poids de la contribution fiscale fort élevée qui leur sera demandée. C’est là un sujet difficile pour François Hollande car il sait que les efforts ne seront acceptés que si l’opinion les croit équitablement répartis.

Et cette croyance-là est la plus difficile à obtenir. Ainsi, malgré les annonces, François Hollande fait jeu égal, jusqu’à présent, avec Nicolas Sarkozy dans la perception qu’ont les Français de l’inégalité intrinsèque de leur système fiscal. A cela, il a répondu par la réaffirmation d’une promesse et un calendrier qu’il n’a pas fixé pour aligner la fiscalité du capital sur celle du travail.

Enfin, il n’a été que trop peu question d’Europe. Il a laissé dire à Claire Chazal que la récente initiative de la BCE était «un petit ballon d’oxygène», alors qu’elle représente une avancée considérable, l’aboutissement d’au moins deux ans de pressions conjuguées de la France et des instances européennes sur l’Allemagne.

A lire d’ailleurs les critiques de The Economist à l’endroit de Mario Draghi, on comprend que ce dernier tient le bon bout et qu’il répond à la hauteur des menaces de ceux qui continuent à chercher, à travers la mort de la zone euro, à affaiblir l’Europe pour les 20 prochaines années.

François Hollande aurait dû prendre le temps de réexpliquer en quoi notre avenir est lié à celui de la zone euro. Et on peut regretter qu’il ait laissé à Mario Monti le soin de proposer aux autres pays de l’Union un sommet pour discuter des voies et moyens dont chacun devra se saisir pour redonner confiance aux Européens dans l’Europe.

En outre, chacun sait bien que si Mario Draghi persévère et qu’il éloigne encore davantage la crise de l’euro, alors nous aurons une chance de retrouver des perspectives dynamiques et de croissance qui ne pourront que faciliter la tâche de François Hollande. Ce dernier paraît parfois trop soucieux des nonistes de son propre camp, quand il lui faudrait résolument faire partager à un maximum de Français ses propres convictions européennes. Mais enfin, il a promis de revenir s’expliquer régulièrement et il va très vite devoir affronter au Parlement une bataille européenne autour de la ratification du traité corrigé par le pacte de croissance…

Jean-Marie Colombani

L'intégralité de l'entretien de dimanche sur TF1:

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