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Alonso plus fort que Ferrari

Yannick Cochennec, mis à jour le 09.09.2012 à 10 h 25

Qu’a-t-il manqué à ce jour à l'Espagnol pour être le champion qu’il avait rêvé d’être, et qu’il aurait dû être, sur le plan quantitatif?

Fernando Alonso, le 7 septembre 2012 à Monza. Stefano Rellandini / Reuters

Fernando Alonso, le 7 septembre 2012 à Monza. Stefano Rellandini / Reuters

Comme chaque année, le Grand Prix d’Italie de Formule 1, couru ce dimanche 9 septembre, verra des dizaines de milliers de Tifosi converger vers le circuit de Monza. Munis de leurs drapeaux rouges, ces supporters auront encore plus d’enthousiasme que d’ordinaire.

En effet, malgré une séance de qualifications difficile, Ferrari est bien placée pour décrocher son premier titre mondial individuel depuis 2007 grâce à Fernando Alonso, actuellement en tête du championnat du monde avec 24 points d’avance sur l’Allemand Sebastian Vettel. En raison de la relative faiblesse du deuxième pilote, le Brésilien Felipe Massa, 10e à… 129 points de son leader, il est probable, en revanche, que la couronne des constructeurs échappera à Ferrari au profit des Red Bull Renault de Sebastian Vettel et Mark Webber.

Deux titres «gâchés»

La position de Fernando Alonso, âgé de 31 ans et dont le contrat chez Ferrari court jusqu’en 2016, demeure néanmoins fragile. L’accident dont il a été victime voilà quelques jours au Grand Prix de Belgique par la faute de Romain Grosjean a fait l’effet d’une douloureuse piqûre de rappel pour le pilote espagnol qui se souvient qu’il a déjà «gâché» deux titres mondiaux.

En 2007, sur la lancée de ses deux premiers sacres chez Renault en 2005 et 2006 qui avaient fait de lui, à 25 ans, le plus jeune double champion du monde de l’histoire, il avait raté le triplé, cette fois dans une McLaren, pour un misérable petit point face au Finlandais Kimi Räkkönen. Ses bisbilles à l’époque avec son «camarade» d’écurie, Lewis Hamilton, qui avait terminé aussi à un point de Räkkönen, avaient eu raison de ses ambitions.

En 2010, au volant d’une Ferrari, il avait encore laissé filer le championnat qui lui était promis. Cette année-là, lors du dernier Grand Prix de la saison organisé à Abu Dhabi et tandis qu’il était en tête du classement des pilotes, une catastrophique stratégie de course de l’équipe italienne l’avait privé de sa troisième couronne suprême à son plus grand désarroi. Pendant de longs instants, il avait pleuré dans les bras de ses techniciens avant de devoir ravaler sa déception mêlée de rage tant il ne supporte pas la défaite.

Ses échecs sur le fil de 2007 et 2010 sont des cicatrices qui se refermeront vraiment le jour où Alonso redeviendra ce qu’il estime devoir être –le meilleur– et ce que beaucoup pensent d’ailleurs qu’il est à l’instar de Guy Ligier, 82 ans, l’ancien constructeur français, qui s’emballait ainsi il y a peu à son sujet dans les colonnes de L’Equipe:

«Le meilleur reste (Fernando) Alonso. Vous avez vu ce type? Un monument! En ce moment, la façon dont il amène la Ferrari, c’est quelque chose! Ce gars-là, c’est quelqu’un! Heureusement que Ferrari a Alonso.»

Car il est clair que la Ferrari n’est pas la meilleure voiture du plateau avec cette F2012 très mal née. Il n’y a qu’à regarder les tristes performances de Felipe Massa pour s’en apercevoir même si la méforme du Brésilien y est aussi pour quelque chose (chez Ferrari, il est le faire-valoir de Fernando Alonso comme l’était Rubens Barrichello pour Michael Schumacher).

Affamé

Dans ces circonstances, le succès d’Alonso au Grand Prix d’Europe à Valence, alors qu’il était 11e sur la grille de départ, restera comme l’un des temps forts de cette saison comme son triomphe, sous la pluie, au Grand Prix d’Allemagne. «Le dernier coureur que vous voulez avoir dans votre pot d’échappement, c’est Alonso tant il paraît affamé par l’odeur du sang», a dit un jour Mark Webber qui résume bien l’opinion du paddock concernant le «taureau des Asturies».

Mais au-delà de ses qualités qui lui permettent d’être à la fois un excellent partant, un formidable pilote de relance et un superbe finisseur, Fernando Alonso, dont l’immense popularité en Espagne permet à ce pays d’avoir deux Grands Prix quand la France n’en a plus un seul, est un champion qui devra peut-être vivre avec ses frustrations. Il est probable qu’il ne deviendra pas l’égal de Michael Schumacher qu’il avait coiffé au poteau en 2006 pour le titre suprême. Il est même possible qu’il doive s’incliner devant le talent de Sebastian Vettel, devenu à sa place en 2011 le plus jeune double champion du monde de l’histoire, et qui sera son rival n°1 dans cette quête sur cette «impossible» route vers un troisième titre mondial.

En quelque sorte, Vettel, très mûr comme lui au plus jeune âge et très fort dans cette capacité à transmettre à ses techniciens ses sensations sur la piste, est son double (en plus cool) à quelques années d’intervalle. Et Vettel, 25 ans, pourrait bien définitivement le supplanter dès 2012. Pour Alonso, les courses qui viennent, à commencer par ce Grand Prix d’Italie, revêtent une importance considérable et pourraient donc avoir un impact majeur sur la suite de sa carrière en F1.

Au fond qu’a-t-il manqué à ce jour à Alonso pour être le champion qu’il avait rêvé d’être, et qu’il aurait dû être, sur le plan quantitatif?

Peut-être un meilleur jugement et un soupçon d’humilité au moment où il fit probablement le plus mauvais choix de sa carrière en abandonnant Renault pour McLaren entre 2006 et 2007. Alors qu’il pensait avoir un n°2 docile en la personne du «rookie» Lewis Hamilton, il trouva, au contraire, un adversaire farouche et talentueux au sein d’une équipe divisée et instrumentalisée par son patron, Ron Dennis, qui avait un faible pour Hamilton.

Un manque certain d'humilité

Alonso, qui n’a jamais supporté la concurrence au sein d’un «team» (c’est pourquoi la déroute de Massa n’est en rien dérangeante pour lui), s’enferra dans ces disputes et perdit le titre pour un point. Fou de rage, il résilia son contrat au bout d’un an.

A ce mauvais choix a succédé un autre, celui de réintégrer Renault qui n’avait plus du tout les mêmes ambitions que dans le passé alors que Red Bull, équipe en devenir, lui avait fait une proposition. Aurait-il fait profil bas chez McLaren pour dénouer la crise au plus vite avec Hamilton et peut-être aurait-il conquis le titre de 2007 puis celui de 2008 qui revint à Hamilton. S’il avait signé chez Red Bull, sa carrière en aurait été littéralement transformée.

Restait le rêve de Ferrai qu’il tente aujourd’hui de concrétiser pour donner du lustre à son palmarès tronqué alors que germe dans certains esprits l’idée, peut-être folle, de l’associer à Sebastian Vettel, erreur que ne doit pas commettre l’Allemand selon Jackie Stewart, l’ancien champion du monde:

«Si j’étais lui, je n’envisagerais pas d’aller chez Ferrari en ce moment. Je pense que Fernando Alonso est trop fort pour que cela puisse se passer correctement. Alonso est si mature qu’il exploserait tout le monde grâce à la relation qu’il a construite avec Ferrari.»

Alain Prost ne disait pas autre chose en mettant le bémol suivant sur la carrière de l’Espagnol dans les colonnes de L’Equipe Magazine: «Fernando Alonso, c’est un super numéro 1. Mais, face à un autre pilote de son calibre, il n’a pas démontré qu’il pouvait faire la différence, comme face à Lewis Hamilton. J’aimerais bien le voir avec quelqu’un comme Vettel. Ça pourrait faire des étincelles.»

Yannick Cochennec

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