Fessenheim: l'«incident» de trop?
L'événement intervenu à la centrale de Fessenheim pourrait précipiter sa fermeture. Il intervient en pleine polémique entre le gouvernement et les Verts sur le nucléaire, et juste avant la conférence environnementale.
- Manifestation d'anti-nucléaire à Colmar en 2009. REUTERS/Vincent Kessler -
Comment analyser la portée de l’événement qui s’est produit le 5 septembre à la centrale nucléaire de Fessenheim? Selon EDF qui exploite la centrale et ne parle que «d’incident», un dégagement de vapeur d’eau oxygénée dans une opération de maintenance aurait légèrement blessé aux mains deux salariés. Mais aucun incendie ne se serait déclaré bien que le système d’alerte se serait déclenché, confirme la préfecture du Haut-Rhin.
Pas de dramatisation non plus du côté de Delphine Batho, la ministre de l’Ecologie, du Développement durable et de l’Energie, dont le cabinet s’est empressé de souligner que la situation sur place ne comportait «aucun enjeu de sûreté».
L’Autorité de sûreté nucléaire (ASL), le gendarme français de l’atome civil, mentionne pour sa part un «incident de nature chimique» et un «accident du travail».
D’un autre côté, il est souvent (trop?) question de Fessenheim dans l’actualité. Etant la centrale nucléaire en exploitation la plus ancienne du parc français (elle produit de l’électricité depuis 1977), c’est aussi celle —et la seule— que François Hollande s’est engagé à fermer avant la fin du quinquennat, en 2017. Ce qui lui a valu quelques sifflets de la part de salariés syndicalistes du site. Ils n’ont pas apprécié cette décision qui leur est apparue très politique, concession a minima du candidat socialiste faite aux Verts pour ne pas les braquer mais dont ces salariés seraient les premières victimes.
Des prescriptions de l’ASN pour poursuivre l’exploitation
Il n’en reste pas moins que les deux réacteurs de la centrale —sur les 58 qui composent le parc nucléaire français— ont connu leur troisième visite décennale. Une grande révision, en quelque sorte. Pour le réacteur n°1, elle commença fin 2009 et dura cinq mois. Pour le réacteur n°2, elle était programmée sur sept mois à partir du début 2011. Mais à cause de la tragédie de Fukushima intervenue cette même année, le fonctionnement du deuxième réacteur fut interrompu pendant près d’un an et relancé en mars 2012.
Bien sûr, l’ASN donna son feu vert pour le redémarrage de chacun des deux réacteurs. Toutefois, lorsqu’elle autorisa la poursuite de l’exploitation du premier réacteur pour dix années supplémentaires, elle émit un certain nombre de prescriptions. A charge pour EDF de s’y conformer.
Mais plus tard dans un communiqué, alors que l’ASN considère que «les performances du site de Fessenheim en matière de sécurité nucléaire, de protection de l’environnement et de radioprotection sont satisfaisantes», elle estime que «la radioprotection des travailleurs ne s’améliore pas, malgré la proposition d’un plan d’actions à la suite de constats de l’ASN en 2010». «L’exploitant n’a, dans ce domaine, pas suffisamment tiré les leçons des années précédentes», conclut l’agence. EDF est épinglé. Or, c’est précisément au niveau de la maintenance qu’on déplore un «incident» à Fessenheim.
Il n’existe pas d’incident anodin dans le nucléaire
Certes, en l’occurrence, il n’est apparemment pas question d’un problème lié à la radioprotection dans le dégagement de vapeur d’eau oxygénée. Mais dans le nucléaire, il n’existe pas «d’incident» anodin.
Par exemple, la présence de débris végétaux dans l’eau de refroidissement ne semble pas être non plus un événement grave. Sauf que lorsqu’ils s’introduisent dans les circuits de refroidissement, ils réduisent la capacité du système à maintenir les équipements à la température obligatoire. La centrale de Fessenheim a connu cette situation fin 2009, qui avait débouché sur le déclenchement du plan d’urgence. Heureusement, il n’y eut pas de dérapage et l’«incident» n’eut pas de conséquences graves…
Mais on n’est jamais à l’abri d’événements en série. A la centrale de Penly en avril dernier, une fuite d’huile a été à l’origine de deux départs de feu qui, en endommageant le joint d’une des pompes de refroidissement, ont eux-mêmes causé une fuite d’eau radioactive. Succession d’événements et, là encore au départ, problème de maintenance…
La banalisation est interdite. A la centrale du Tricastin, lorsque l’explosion d’un four en septembre 2011 avait causé la mort d’une personne, l’accident avait été qualifié d’«industriel» et non pas de «nucléaire» parce qu’il ne comportait pas d’enjeu radiologique. Qu’importe, surtout après la catastrophe de Fukushima! Le nucléaire ne supporte aucune négligence, fût-elle de nature «industrielle». La vigilance active est impérative pour que l’activité nucléaire conserve son crédit et continue de tenir son rôle dans le bouquet énergétique français.
La maintenance, un point sensible
Or, c’est un élément récurrent dans les rapports des autorités de contrôle de sûreté nucléaire: la maintenance, assurée à 80% par des sous-traitants sélectionnés sur appels d’offres, est un point sensible dans une centrale. L’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) considère que 85% des incidents significatifs sont dus à des erreurs humaines, et que les défaillances à la maintenance sont à l’origine de 30% des événements significatifs pour la sûreté.
Des pistes sont tracées pour mieux repousser les risques d’erreur. Encore faut-il les suivre, pour ne pas faire mentir les ministres qui, comme Arnaud Montebourg, voient dans le nucléaire une «filière d’avenir».
Mais pour Fessenheim, il est peut-être trop tard. «L’incident» scelle sans doute l’avenir de la centrale à une échéance peut-être encore plus rapprochée que celle avancée par François Hollande. «Il faut fermer Fessenheim au plus vite», insiste le député Vert Noël Mamère. L’incident va peser politiquement lourd dans la conférence environnementale qui doit se tenir les 14 et 15 septembre prochains.
Gilles Bridier
Mis à jour le 06/09/2012 à 14h09














































Il n y a pas de four incinerateur dans la centrale de Tricastin et l incident dont vous parlez n a pas eu lieu sur le site de la cenrale. Si le nucleaire ne supporte "aucune negligence" ceux qui en parle aussi et devrait s informer.
Bonjour,
Vous avez raison, c'était sur le site de Marcoule. http://www.slate.fr/story/43623/marcoule-accident-nucleaire-industriel
Avec mes excuses, et merci pour l'alerte.
Pourquoi n'y aurait-il pas d'incident anodin dans le nucléaire ? Parce que la moindre petite chose permet des titres plus alléchants que des dizaines de morts dans une mine chinoise ?
Le meilleur : après avoir titré sur la sécurité soi-disant dégradée dans une centrale électro-nucléaire (même pour un accident ayant eu lieu à coté de la centrale), on peut titrer :
"Les français ont peur du nucléaire."
Cela marche aussi pour les OGM (même mieux en fait).
Mettre au même niveau un banal accident industriel avec l'un des plus grand tremblement de terre et tsunami de l'ère moderne, ça ressemble à de la malhonnêteté intellectuelle.
Bref comme toujours on exploite le fantasme de l’atome pendant que le dioxyde de carbone brûle nos glaciers...c'est assez triste de voir la cause écologiste scier la branche sur laquelle elle se tient.
Bonjour,
C'est le président de l'IRSN qui a lui-même déclaré, après la catastrophe de Fukushima, que plus rien ne serait comme avant dans le nucléaire après cette tragédie, voulant dire par là que les opinions publiques ne regarderaient plus cette énergie de la même façon et seraient hyper-sensibilisées à tout ce qui peut s'y produire. D'où la référence dans ce texte à la tragédie japonaise; pas du tout pour copmparer les deux évènements. Et pour que le nucléaire puisse continuer de fournir de l'énergie (il n'est absolument pas dit dans ce texte qu'il faudrait s'en débarrasser, mais au contraire qu'il doit trouver sa place dans un bouquet d'énergies), il doit être encore plus irréprochable qu'auparavant. Parce qu'aucun pays ne peut avoir du nucléaire contre sa population. C'est sa crédibilité qui est en jeu. Il n'est absolument pas question ici de militantisme écologique.
Cet incident n'est révélateur que d'une chose : le parti-pris antinucléaire des journalistes français, capables comme France 2 mardi soir de faire un quart d'heure en ouverture de journal en expliquant que finalement il ne s'est rien passé. Rien de plus faux de dire qu'il n'y a pas d'incident anodin dans une centrale : à quoi sert l'échelle INES ? A quoi sert l'ASN ? A rien, puisque la presse VEUT la fermeture de Fessenheim : faut que ça saigne ! Les écolos ont toujours raison, c'est tout ! Je me souviens que M. Pujadas s'était exclamé "génial !" en assistant aux premières images du 11 septembre dans son bureau. Ca explique beaucoup de choses...
Le souci, voyez-vous, c'est que la majeure partie des gens trouve refuge dans un "Jusqu'ici tout va bien. Jusqu'ici tout va bien." Les habitants de la côte nord-est du Japon pensaient la même chose, d'ailleurs. Ne vous y trompez pas : tout va toujours bien jusqu'à la catastrophe. Le problème n'est pas vraiment qu'il y ait des accidents dans l'industrie nucléaire : elle est en cela semblable à toute industrie, toute entreprise. Le vrai problème ce sont les conséquences d'une catastrophe nucléaire. Cela dépasse, de trèès loin, n'importe quel autre type d'accident. Le risque est beaucoup trop important par rapport au bénéfice, d'autant qu'il existe des alternatives permettant d'éviter totalement ce risque-là. Il y a des choses dont on peut se passer, et d'autres non. Un accident de voiture, c'est toujours regrettable, mais les dégâts humains et financiers restent limités. Cela n'empêchera pas la vie de continuer. Or le nucléaire, c'est tabula rasa, table rase, ce n'est pas réparable. On en lèguera les dégâts à des centaines de générations. Il faut 10.000 ans pour que les traces s'effacent, à moins de se lancer dans le travail herculéen de décontamination totale d'une zone grande comme un département, en rasant toutes les infrastructures et tous les bâtiments, et en enlevant une couche de terre de 40cm sur toute la superficie. Bien sûr on n'a aucune idée de ce qu'on ferait d'autant de débris radioactifs, ni comment on pourra décontaminer la centrale.
Alors soit on tourne la page d'un truc un peu trop dangereux pour nos moyens, soit on accepte l'idée que tous les 10 ans dans le monde, l'une des 470 centrales explose et contamine le monde entier. La France possède 58 réacteurs ; faites le compte des chances que nous avons d'être les heureux élus ? Je vous laisse aussi imaginer la disparition soudaine des touristes, la suspicion sur la contamination de notre vin, le déplacement de population non relogées, les dégâts sur le tissu industriel abandonné aux radiations, le sarcophage de béton pour 25 siècles, et des cancers à foison. Tout ça pour de l'électricité "pas cher" ? Vous trouvez que ça en vaut le coût ? Si vous attendez qu'il soit trop tard, alors ça le sera.