Culture

Saison 2012-2013: notre sélection classique

Jean-Marc Proust, mis à jour le 12.09.2012 à 11 h 15

Comédies musicales, piano, opéras, symphonies, danses... Entre grands classiques et curiosités, de septembre à juin, 60 spectacles choisis par Slate.fr, en toute subjectivité et un peu partout en France.

West Side Story, au Châtelet entre Octobre et janvier

West Side Story, au Châtelet entre Octobre et janvier

Sélection people

Grands chefs ou divas: opter pour une soirée people, c’est l’émotion assurée. Avec le risque d’une annulation de dernière minute (prévoyez un plan B).

Au Théâtre des Champs-Elysées, le 30 octobre, Jonas Kaufmann et Waltraud Meier chanteront Fidelio de Beethoven: une affiche prestigieuse pour une oeuvre lumineuse. Au même endroit, Roberto Alagna chantera Ulysse dans le rarissime opéra de Gabriel Fauré, Pénélope (en version de concert le 20 juin). A Strasbourg, on pourra entendre Annick Massis dans l’autre chef d’oeuvre de Bizet: Les Pêcheurs de perles (17 mai au 9 juin). Roberto, encore lui, assumera le rôle de Nadir dans cette même oeuvre, salle Pleyel le 17 février à l’heure du goûter. Le 8 novembre, on se rendra aussi Salle Gaveau pour entendre le contre-ténor Andreas Scholl dans un programme Purcell, Händel, Haydn, Mozart. A Bordeaux, Mireille Delunsch sera Salomé dans l’opéra-strip-tease du même nom.


Côtés pianistes, on visera soit Radu Lupu à Pleyel (Debussy, Franck, Schubert), soit Lang Lang à Bordeaux dans un programme Mozart et Chopin (en février). On ne se privera pas d’une leçon de musique avec la très grande Maria João Pires, sorte de Master-class participative en accès libre (Cité de la musique, en janvier).

Mieux que people: his-to-ri-que. Plus de 30 ans après l’abolition de la peine de mort, Robert Badinter tentera la plaidoirie lyrique. Il a écrit en effet le livret de Claude, d’après Claude Gueux de Victor Hugo, une oeuvre mise en musique par Thierry Escaich. Jérémie Rhorer sera au pupitre et Olivier Py assurera la mise en scène. Gageons qu’on en reparlera... (Opéra de Lyon, mars).

Sélection pas de deux

En 2013, le Théâtre des Champs-Elysées fêtera son centenaire. Rendue célèbre par le scandale des ballets russes, la vénérable maison rend hommage à celui qui le déclencha avec Le Sacre du printemps de Stravinsky (version remontée de la chorégraphie originale de Vaslav Nijinski et nouvelle chorégraphie de Sasha Waltz). Le tout avec le ballet et l’orchestre du Théâtre Mariinsky, dirigé par un monstre sacré: Valery Gergiev. Evidemment immanquable.

Au Théâtre de la Ville, on hésitera entre une création de Jean-Claude Gallota (Racheter la mort des gestes - en hommage à un texte d’Hervé Guibert), une autre d’Angelin Preljocaj (Ce que j’appelle oubli, d’après le roman de Laurent Mauvignier sur le meurtre d’un jeune homme par quatre vigiles de supermarché) ou la reprise de Kontakthof, un des chefs d’oeuvre de Pina Bausch (respectivement octobre, février, juin).  

D’autres belles reprises s’imposent: One of a kind, de Jiri Kylian, avec le ballet de l’Opéra (de Lyon, en septembre), Signes de Carolyn Carlson (Opéra de Paris, juillet 2013)... Par curiosité (mais pas que), on ira aussi écouter et voir la monumentale Troisième Symphonie de Mahler (avril-mai), chorégraphiée par John Neumeier.

Sélection Broadway

Plus besoin de franchir la Manche ou l’Atlantique pour se délecter de comédies musicales. Les «grandes maisons» d’opéra les inscrivent désormais à leur répertoire - et le public suit.

Maria, Mariaaaa... West Side Story fait son retour au Théâtre du Châtelet. Immanquable d’autant plus qu’entre le 24 octobre et le 1er janvier, ce sont plus de 75 représentations qui sont proposées. Promis, on vous en reparlera en détail. En mars et avril, ce même théâtre propose également Carousel de Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II et Sunday in the Park with George de Stephen Sondheim avec le beau Lambert Wilson. Une oeuvre inspirée par... un tableau du pointilleux Georges Seurat.

En mars, les amateurs fileront aussi à Toulon pour découvrir Follies du même Stephen Sondheim, un «des joyaux de l’histoire de la comédie musicale américaine» pourtant jamais donné en France. Surprise: le rôle de Carlotta Campion est tenu par... Nicole Croisille. A Lyon, Le Roi et moi, classique de Rodgers & Hammerstein II  sera donné en juin - mais sans Yul Brynner.

La comédie musicale en VF, c’est bien sûr L’Homme de la Mancha, musique de Mitch Leigh, paroles de Joe Darion, mais aussi adaptation française de Jacques Brel (Après 140 représentations, le chanteur avait dû renoncer, épuisé, par «ce qui restera le rôle de sa vie»). A redécouvrir à l’Opéra de Monte Carlo en décembre

Sélection voyage

Parce qu’il n’y a pas que Bach dans la vie, le mélomane est invité à sortir des sentiers battus pour s’enivrer d’autres traditions. Trois spectacles de choix cette saison.

Vous avez aimé Mozart l’Egyptien et le CD vendu à plus de 500.000 exemplaires? Retrouvez ce pharaonique Amadeus lors d’un concert au Théâtre du Châtelet, avec l’Orchestre de chambre de Paris, le 10 décembre 2012.

Toujours au Châtelet, c’est l’Asie encore qui vous surprendra avec Le Pavillon aux pivoines (10-16 février 2013), un opéra Kunqu, inédit en Europe. Pour ceux qui l’ignoreraient (si, si, il y en a): «le Kunqu, né il y a six siècles dans la région de Jiangnan, fut une célèbre forme d’opéra classique chinois, inégalée du XIIIe au XIXe siècle. Il se différencie de l’opéra de Pékin, qui le supplantera au XIXe siécle, par l’élégance et la sophistication de son style si apprécié de l’aristocratie et des lettrés.»

Au Théâtre national de Chaillot, une nuit balinaise «entend reconstituer une partie (du) programme quasi légendaire» auquel assista Antonin Artaud lors de l’Exposition universelle de Paris. Ce programme de danse et théâtre de Bali est à découvrir dès septembre.

Sélection 7e art

Cinéphiles, réjouissez-vous: entendre vos bandes-sons favorites dans une vraie salle avec de vrais musiciens, c’est possible. Du noir et blanc à aujourd’hui, le ciné-concert se généralise.

A Nantes et Angers, Nino Rota, le musicien fétiche de fellini, sera à l’honneur pour un concert dédié à ses musiques de films (Le Parrain, La Dolce Vita, Le Guépard…) mais aussi avec une production de son opéra Le Chapeau de paille d’Italie, d’après Labiche (en novembre et décembre). A Nice, extraits de films et partitions les plus diverses (Out of Africa, Harry Potter, Jurassic Park) sont au programme de «c’est pas classique» le 1er décembre. Enfin, à Lille, revoir Metropolis, chef d’oeuvre de Fritz Lang sur grand écran avec un orchestre symphonique et la partition de Gottfried Huppertz (avec sa Marseillaise décalée), ça ne se refuse pas.




A Marseille, le 10 décembre, Natalie Dessay devrait faire un carton en chantant des extraits des Demoiselles de Rochefort, Parapluies de Cherbourg, Peau d’âne... Ellle sera accompagnée par le compositeur: Michel Legrand himself. Entre deux controverses sur Mikis Theodorakis, les amateurs iront à Toulon pour le ballet  Zorba le Grec (décembre). Konstantin Neroslov dansera le rôle-titre.

N’oublions pas les cinémas UGC (Viva l’Opéra!) et Pathé (Pathé live) qui proposent des séances d’opéra en direct depuis les plus grandes maisons (Liceu, Scala, Metropolitan de New York...). Enfin, l’Auditorium du Louvre présente une saison de musique filmée dédiée à Covent Garden, la prestigieuse salle londonienne, en commençant le 10 novembre, par Anna Nicole, opéra consacré au destin tragique de la playmate Anna Nicole Smith... Playboy au Louvre? Euh...

Sélection baby-sitters

Parents, innovez: faites garder vos enfants par des musiciens et profitez-en pour rester à la maison regarder la télé.

Le livre a ravi les parents linguistes et les enfants dyslexiques. Voici qu’arrive «le Ré-si-do-ré du prince de Motordu», avec l'Orchestre national d'Ile-de-France (Paris, Vitry et Saint-Cloud, en décembre). Inquammable formécent.

Pour les inconditionnels de Laurent de Bunhoff et Laurence Ferrai, on ne saurait trop conseiller L’Histoire de Babar (Poulenc) avec l’ex-JT de TF1 en récitante (et son Renaud violoniste Capuçon de mari), le 15 décembre à Pleyel pour un bien nommé Concert en famille.

A l’opéra, comme d’habitude, les chérubins ont droit à plusieurs Flûtes enchantéesBordeaux, à Strasbourg, à Metz, à Nice...). On recommandera la plus rare Petite renarde rusée, délicieuse fantaisie de Leoš Janáček (mise en scène d’André Engel, à Lyon, en janvier, et nouvelle production confiée à l’inventif Robert Carsen à Strasbourg, en février). Et pourquoi pas King Arthur, revisité par Shirley et Dino, à Versailles? Ne serait-ce que pour visiter le mini-opéra du Roi soleil, un ravissement. Ou bien, toujours à Versailles, un Bourgeois gentilhomme, mise en scène par Denis Podalydès, avec la musique de Charpentier.

Mais l’évènement (on l’espère) sera l’entrée au répertoire de l’Opéra de Paris de la sucrerie ultime qu’est Hansel et Gretel d’Engelbert Humperdinck. Un chef d’oeuvre de raffinement, injustement négligé en France alors qu’en Allemagne il revient régulièrement à Noël. Mis en scène par Mariame Clément (décidément!), ce conte chanté est curieusement donné en avril-mai.

Sélection classiques des classiques

Inutile de ressasser ici toutes les Cinquième de Beethoven. Mais quelques grands classiques qui méritent le détour, pour la distribution, le lieu ou l’adaptation.

C’est le cas des Variations Goldberg, chef d’oeuvre intello de Bach qui sera joué par Nicolas Angelich à Lyon (25 novembre). Les curieux l’entendront en version «trio», à la salle Cortot le 24 novembre ou, plus inattendu encore, en verront une version chorégraphiée (Opéra du Rhin, octobre). Quant aux sept musiciens du groupe l'Effet de Foehn, il s’y attaqueront avec les instruments les plus divers (trompettes, clarinettes, arbre à bouteilles, clarinette pvc, violon...) au Festival d’Ambronay, le 15 septembre.

La Création de Haydn + Notre Dame de Paris et vous hésiteriez encore? Ce sera les 5 et 6 mars avec l’Orchestre de chambre de Paris, sous la baguette de Thomas Zehetmair. A Pleyel et à la tête du London symphony orchestra (LSO), Valery Gergiev s’attaquera aux quatre symphonies de Brahms, conjuguées avec celles de Karol Szymanowski (octobre et décembre). Dans cette même salle, un «Gala Mozart» sera l’occasion de célébrer les 30 ans des Musiciens du Louvre de Marc Minkowski (23 octobre), avec des invités talentueux (Mireille Delunsch, Véronique Gens, Anne Sofie von Otter...).

A l’Opéra de Paris, pour la fin d’année, Carmen sera chantée en alternance par Anna Caterina Antonacci et Karine Deshayes. A leurs côtés, le grand baryton Ludovic Tézier sera un Escamillo de choix.

Juste pour le coup de blues et parce que c’est la plus belle symphonie de Mahler (oui, c’est subjectif, vous étiez prévenus), il faudra être à Toulouse le 1er février avec la Symphonie nº 6 en la mineur «Tragique» (direction Tugan Sokhiev), partition parfaitement nommée.

Enfin, parce que Ravel et Louis XIV ça n’a rien à voir, il faudra entendre ce Boléro au Château.

Sélection raretés

Las des Traviata ressassées et autres Noces de Figaro? Les amateurs d’opéras méconnus ou disparus auront de quoi se réjouir en 2012-2013.

Du côté des raretés, on ne manquera ni Rienzi, un opéra de jeunesse de Wagner, donné à Toulouse, avec Torsten Kerl dans le rôle-titre (Théâtre du Capitole, septembre-octobre), ni Médée de Marc-Antoine Charpentier, une tragédie lyrique dirigée par Emmanuelle Haïm et mise en scène par Pierre Audi (au Théâtre des Champs-Elysées, du 12 au 21 octobre ou à Lille du 6 au 15 novembre). Histoire de se souvenir que Marc-Antoine n’a pas travaillé que pour l’ORTF et que l’interprétation de sa musique a bien changé depuis.
Il y a si peu d’opéras russes en France qu’on ne ratera pas La Khovantchina de l’Opéra de Paris (janvier-février), superbe fresque de Moussorgski bien moins souvent jouée que Boris Godounov... Plus rare encore Le Nain d’Alexander von Zemlinski, un musicien viennois bien négligé et moche (Alma Mahler repoussa ses avances pour cela, dit-on), à qui Nancy fera honneur en juin. L’histoire? «La tragédie de l’homme laid». La musique? Elle «explore une fascinante beauté intérieure»...

Ne serait-ce que par curiosité, on ne manquera pas Artaserse de... Léonard Vinci (Théâtre des Champs-Elysées), un homonyme [1] du génie décidément universel, un opéra en trois actes de 1730, sur un livret de Pietro Metastasio. Et c’est le stratosphérique Philippe Jaroussky qui chantera le rôle-titre.

A Lille, en octobre, le premier opéra anglais, Vénus et Adonis de John Blow, devrait être une véritable découverte. Féerie en vue: il sera donné «à la lueur des bougies»... Une reprise à l’Opéra comique est prévue en décembre. Au même endroit, Mârouf, Savetier du Caire, d’Henri Rabaud, sera-t-il politiquement correct? Ces «aventures picaresques tirées des Mille et Une Nuits» valurent à la maison Favart «son plus grand succès de l’entre-deux-guerres» lorsque «la France jouissait encore de son statut de puissance coloniale...» Hum...

Focus sur deux oeuvres tchèques: Les Deux Veuves (prononcer «Dvě vdovy») de Smetana, compositeur surtout connu pour le tube qu’est la Moldau et auteur ignoré de près de 10 opéras (Angers-Nantes opéra, septembre-octobre); L’Olimpiade (oui, un opéra sur les Jeux olympiques!), d’un parfait inconnu, Josef Mysliveček, qu’on ira découvrir à Dijon en mai.

Enfin, à Metz, on donnera le Journal d’Anne Franck à Metz en mai, oeuvre du compositeur russe Grigori Fried (1972), jamais joué en France auparavant.

Jean-Marc Proust

[1] Merci à Heloiseb de nous avoir fait remarquer qu'il s'agissait d'un homonyme. Retourner à l'article

Jean-Marc Proust
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Journaliste
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