France

Accident de Fessenheim: il ne faut pas toujours crier au loup

Michel Alberganti, mis à jour le 06.09.2012 à 9 h 09

Considérer cet accident comme une nouvelle démonstration de la dangerosité des centrales nucléaires est ridicule.

Centrale de Fessenheim, dans le Haut-Rhin, le 5 septembre 2012. Vincent Kessler / Reuters

Centrale de Fessenheim, dans le Haut-Rhin, le 5 septembre 2012. Vincent Kessler / Reuters

Si cela ne s’était pas produit à Fessenheim, dans la plus ancienne centrale nucléaire française, personne n’en aurait jamais rien su.

Il reste qu’un accident a provoqué des brûlures aux mains de deux employés, vers 15h00, le mercredi 5 septembre. C’est, du moins, ce qu’un porte-parole d’EDF a déclaré dans un premier temps. Ensuite, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a précisé, dans un communiqué publié à 19h00, que «les neufs personnes présentes dans les locaux lors de l’événement ont été examinées et ne présentent aucune blessure».

Selon l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), contacté par Slate.fr, il s’agit d’un accident purement chimique qui s’est produit dans un bâtiment distinct de celui des réacteurs.

C’est en préparant un produit destiné à la neutralisation des effluents provenant des circuits de refroidissement des réacteurs avant leur rejet qu’une manipulation a provoqué un fort dégagement de vapeur et d’eau oxygénée. C’est cette dernière qui, en entrant en contact avec un produit non encore identifié, mais qui pourrait être de la graisse ou une autre impureté, a engendré une violente réaction chimique. Les émissions de vapeur ont été assez importantes pour déclencher les alarmes incendie et la venue de pompiers sur le site.

Pour autant, aucun incendie ne s’est réellement produit.

Selon l’IRSN, le peroxyde d’hydrogène, habituellement appelé eau oxygénée, est bien connu, dans l’industrie chimique, pour être très oxydant et corrosif. Cela explique les brûlures aux mains des employés, finalement sans gravité, malgré leurs gants de protection.

Si la réaction chimique violente à l’origine de l’accident est un phénomène courant, elle serait plutôt rare dans les centrales nucléaires, selon l’IRSN. Il reste à déterminer les causes de l’accident, la responsabilité des employés et le lien éventuel avec l’âge des installations de Fessenheim.

L’ASN avait déjà signalé deux incidents à la centrale alsacienne en 2012 avant celui d’aujourd’hui, tous les deux de niveau 1 sur l’échelle internationale de gravité des accidents nucléaires (INES), soit le plus bas niveau de gravité. Pour comparaison, l’accident de Fukushima est classé de niveau 7, le plus élevé.

François Hollande, qui a annoncé un objectif de réduction de 75% à 50% de la part de production d’électricité d’origine nucléaire en France, a en effet inscrit à son programme la fermeture de la centrale du Haut-Rhin.

Néanmoins, les réactions de certains écologistes qui ont immédiatement considéré cet accident comme une nouvelle démonstration de la dangerosité des centrales nucléaires est ridicule. Ainsi, les Jeunes Ecologistes écrivent, dans un communiqué: «La possibilité d’un tel incident et la répétition d’incidents au cours de l’année, dans la centrale la plus vétuste de France, montrent que d’importants problèmes de sécurité existent, notamment pendant les périodes de maintenance. Le recours pour les tâches d’entretien des centrales nucléaires à la sous-traitance, beaucoup plus exposée aux radiations que le personnel permanent car soumis à des exigences économiques, pose de véritables problèmes de sécurité, en particulier pour les travailleurs.» De tels amalgames desservent la cause écologiste. Si un employé se tord un jour le pied à Fessenheim, cela pourra être interprété de la même façon. Le nucléaire présente assez de dangers pour ne pas en inventer.

On note, toutefois, la fébrilité des autorités qui ont diffusé des informations contradictoires concernant les blessures des employés. Une précipitation d’autant plus regrettable dans un cas d’incident aussi mineur. Qu’en sera-t-il de la fiabilité de l’information officielle si un accident plus grave se produit?

Michel Alberganti

Article mis à jour à 9h avec des précisions factuelles.

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