Pour François Hollande, tout se passe comme prévu: difficilement
Aux prises avec un contexte économique épouvantable, le nouveau président est aussi victime de ses propres atermoiements sur l'Europe et la finance et va sans doute devoir affronter une contestation croissante sur son aile gauche.
- François Hollande à la villa Madama à Rome, le 4 septembre 2012. REUTERS/Alessandro Bianchi. -
Tout se passe comme prévu, n’en déplaise à Laurent Binet. Trois mois après avoir été élu au terme d’une campagne aussi habile que précautionneuse, aux prises avec un contexte économique épouvantable, François Hollande glisse sur le le toboggan de l’impopularité. Le nouveau président n’en est lui-même guère surpris. Il s’attendait à rencontrer, assez vite, la «colère» populaire.
Tout juste a-t-il surestimé le bénéfice qu’il pourrait retirer du contraste de style entre sa pratique politique et celle de son prédécesseur. Hollande espérait qu’on lui saurait gré d’un «apaisement» attendu après les vives tensions de l’ère sarkozyste. Cette stratégie explique pourquoi il n’a pas utilisé la phase symbolique des premiers «cent jours» pour pousser les feux du «changement».
Deux reculs majeurs
Il est symptomatique que les mesures législatives les plus importantes aient visé à détricoter les réformes fiscales du quinquennat antérieur. Ce changement-là consiste simplement à tourner la page du sarkozysme.
Une série de mesures ont, par ailleurs, été adoptées mais le nouveau président a reculé sur les deux enjeux majeurs, l’Europe et la finance. Comme on pouvait s’y attendre, il n’a pas «renégocié» le traité européen, se contentant de l’ajout d’un «pacte de croissance» qui était déjà dans les tuyaux. Et loin de déclarer la guerre à la finance, il n’a pas fait adopter la «grande loi bancaire», promise pour juillet dans son «agenda du changement», qui devait isoler les activités spéculatives, lutter contre les produits toxiques et les paradis fiscaux.
Le contraste est frappant avec les «cent jours» de Nicolas Sarkozy en 2007. Celui-ci avait réussi à traduire sur le plan législatif, dés l’été, les grands axes de se campagne présidentielle: loi Tepa (bouclier fiscal, défiscalisation des heures supplémentaires, etc.) mais aussi autonomie des universités et service minimum. Il est vrai que le précédent chef de l’Etat avait été élu sur un programme de «rupture» alors que l’actuel a essentiellement misé sur le rejet de son adversaire.
Vocabulaire immuable
D’où une absence de dynamique qui se paie inévitablement une fois le scrutin remporté. Le titulaire de l’Elysée a changé. Tel était, au fond, le vrai sens du slogan «Le changement, c’est maintenant». Pour le reste, les jours qui se succèdent accentuent l’impression pénible que le poids des contraintes oblige le nouveau pouvoir à d’étranges continuités.
Hollande parle désormais de la crise avec des accents analogues à ceux de son prédécesseur honni. Le 31 août, à Châlons-sur-Marne, le président de la République a tiré argument, à son tour, de la dureté des temps pour annoncer une longue période de sacrifices: «Alors mon devoir, c'est de dire la vérité aux Français. Nous sommes devant une crise d'une gravité exceptionnelle.» Les mots survivent aux alternances.
Bernard Cazeneuve, ministre délégué aux Affaires européennes, en fournit d’autres illustrations en reconnaissant les «inquiétudes qui montent» et en réduisant, comme les gouvernements précédents, le mécontentement populaire à une simple «impatience».
Ses suggestions sont également d’un classicisme absolu: «faire davantage de pédagogie, remettre en perspective ce que nous faisons». Comme si tout ceci était affaire de communication. La panoplie est complète lorsque Cazeneuve conjure la majorité de «serrer les rangs» et d’éviter tout débat de fond. «On vit dans une caserne», n’a plus qu’à grincer un de ses collègues du gouvernement.
Le retour de la compétitivité
L’accélération du calendrier des réformes, dont on nous rebat les oreilles en ce moment, n’est peut-être pas l’élément principal de la période. Plusieurs indices laissent à penser que le pouvoir socialiste s’apprête à clarifier quelque peu ses orientations économiques. Les rodomontades d’Arnaud Montebourg font de moins en moins illusion. La présence massive du gouvernement —huit ministres dont le premier d’entre eux— à l’université d’été du Medef envoie un premier message sur ses nouvelles préoccupations.
Le fameux thème de la «compétitivité» fait un retour spectaculaire dans les allées du pouvoir. Le mot a été employé pas moins de douze fois par Jean-Marc Ayrault, le 29 août, devant les patrons réunis à Jouy-en-Josas. Le Premier ministre a promis que la réforme fiscale de l’automne «visera à améliorer le financement de l’économie, l’investissement et la compétitivité des entreprises». Il a laissé miroiter un nouveau système de financement de la protection sociale «plus favorable à la compétitivité des entreprises».
Une sorte de «CSG sociale» devrait ainsi remplacer prochainement feu la «TVA sociale». Ayrault a encore fait espérer aux entreprises que la mission confiée à Louis Gallois prendrait à bras-le-corps le «chantier de la compétitivité». L’ancien patron d’EADS milite en faveur d’un «choc de compétitivité» transférant aux entreprises pas moins de «30 à 50 milliards» d’euros.
Une «flexibilité» accrue du travail semblent également dans les cartons. Le Premier ministre évoque la future négociation sur «une meilleure sécurisation de l’emploi» mais s’empresse d’en donner une description alléchante pour les entrepreneurs:
«L’anticipation nécessaire de l’évolution des activités, de l’emploi et des compétences; l’accompagnement des mutations économiques avec la question du maintien dans l’emploi et des entreprises confrontées à des difficultés conjoncturelles ou encore structurelles; ou encore la question de l’amélioration ou de la sécurisation juridique des procédures de licenciement collectif.»
Une opposition de gauche
Sur tous ces sujets, le gouvernement pourra compter sur l’appui de la CFDT. François Chérèque vient de presser le pouvoir d’accélérer le calendrier des négociations sur la réforme du marché du travail. «Le coût du travail est aussi un facteur de perte de compétitivité», n’a pas craint de déclarer le numéro un cédétiste pour qui «la situation économique de notre pays est mauvaise car la France n’est pas adaptée aux défis de la mondialisation». Se retrouvent réunies les conditions d’un nouveau partenariat entre le pouvoir et la CFDT, la CGT étant rejetée dans le camp de l’opposition.
Se dessine ainsi en pointillé un nouveau paysage politique ou la majorité PS-EELV sera confrontée à deux oppositions, l’une sur sa droite (et son extrême), l’autre sur sa gauche. Le maintien d’une orientation «austéritaire» —pourtant critiquée par un nombre croissant d’économistes— combiné à des arbitrages favorables à la compétitivité des entreprises ne manqueront pas d’être de plus en plus vigoureusement contestés par une fraction de la gauche. Hollande devrait sans doute méditer à ce qui est arrivé aux socialistes grecs et espagnols.
Eric Dupin
Mis à jour le 06/09/2012 à 10h37


















































Eric Dupin une fois encore voit juste. La rupture de l'été a été terrible et les attentes sont fortes.
Dans peu de temps le choix sera entre une politique volontariste de gauche sur les entreprises, les banques notamment, ou le recours au centre pour assurer une voie social libérale qui peut être jouable.
Le temps passe très vite.
Mais il y a un vrai risque de crash social ou politique dans les mois à venir.
C'était effectivement prévisible. Les gagnants des dernières élections allaient avoir du pain sur la planche, les pauvres, et c’est le cas.
Heureusement pour eux il n’y a pas de véritable opposition ni à droite ni à gauche. Seulement des Français, toujours aussi râleurs et les média en court de sujets à commenter. Le plus grand risque c’est l’ennuie et cela commence vite à se faire sentir.
Il va falloir, pourtant, agir en fin de 2012 et au début de 2013. On n’a pas besoin d’être Français pour être impatient. Les gouvernements sont là pour agir quel que soit le pays.
A voir si la méthode Holland réussira mieux que celle de son prédécesseur. Une loi n’est pas bonne puisqu’elle est décidée rapidement. Mais les lois décidées lentement ne le sont pas forcément non plus.
Ce sont les grandes réformes de structure qui s’imposent : la fiscalité avec surtout un transfert nécessaire des taxes sur le travail vers l’imposition générale et l’élargissement de celle-ci. L’éducation avec d’importantes améliorations du rendement en termes de temps de travail des enseignants et l’adoucissement des rythmes scolaires pour les enfants. La formation – obligatoire ? – des chômeurs en vue d’améliorer leurs chances d’embauche. Les enseignants pourraient y consacrer une partie de leurs 20 semaines de vacances….. La simplification des réglementations d’embauche et de la débauche qu’on appelle la flexibilité.
C’est déjà un programme pour 5 ans. En attendant il va falloir amuser la gallérie avec des actions qui viseraient à améliorer la ‘sécurité’. Vals s’y met avec joie. Marseille, paraît-il, est sauvé ! D’autres villes suivront. Inutile de rappeler que la vie n’est pas moins sûre aujourd’hui qu’il y a 30 ans.
On pourrait même dans ce domaine s’intéresser à l’amélioration des conditions pénitentiaires honteuses de la France en s’inspirant de l’excellent travail de Botton avec ses ‘Prisons du Cœur’. Mais c’est vrai, améliorer vend moins de papier que réprimer.
Laissons-les travailler, ces malheureux gagnants. L’ironie veut que la plupart des réformes auraient pu être assurée autant par la droite que par la gauche – sauf que la droite pendant ses deux dernières années était plus préoccupée par l’identité nationale etc. etc. que par la réformes qui auraient donné un nouveau sens à cette identité.
Ce qui a fait d’eux les heureux perdants !
Cher Peter,
Peut être est ce du à vos nombreux voyages intra-Européen, mais vous semblez avoir quelque problèmes à comprendre le mode de fonctionnement du peuple Français qui ne réagit qu'une fois qu'il est au bord du précipice ( à la différence du peuple Britannique qui ne réagit que peu depuis la disparition de Maggie).
Il est un peu comme mon pseudonyme, il croit que toute les mutations vont arriver par miracle avec un coup de baguette magique ou en taxant les 1% (ou 0.01%) et que tout va être résolu.
Je suis totalement d'accord avec vous sur les conditions de détention, par contre la réforme de l'état prendra plus d'un mandat présidentiel.
De grâce, le locataire( cdd de cinq ans renouvelable une fois) de l'élysée s'écrit Hollande et non comme l'erreur de vouloir nommé un pays (les Pays Bas) comme une réunion administrative selon la langue de Shakespeare.
Rgds.
Cher le_doux_reveur : Mes excuses au valeureux Président de la France pour avoir écourté son nom. Il mérite bien un ‘e’ ! Et même un AA-. Mais je ne pense pas que mon état quasi apatride m’empêche de cerner les nuances de la vie politique française.
Je prétends au contraire que parfois l’étranger bénéficie d’une certaine objectivité qui facilite l’observation des autochtones dans leurs manifestations. Comme vous-même quand vous observez à juste titre – et mille fois mieux que les Britanniques eux-mêmes – qu’en GB rien n’a pas bougé depuis le départ de Maggie.
Hélas les agitations de Mme Thatcher allaient dans le contre-sens de l’histoire européenne. Et les Britanniques aiment cela. Les dernières étincelles du fameux ‘Spitfire spirit,’ qui ont commencé à s’éteindre après les Malouines, sont ranimées aujourd’hui par son successeur Cameron en désespoir de cause. Pathétiques soubresauts d’un patriotisme pre-moderne qui privent un UE tout l’appui qu’un Royaume (assez) Uni aurait pu apporter au mouvement.
Je ne pense pas que la France a fait les mêmes erreurs malgré les ‘Nonistes’ en ce qui concerne l’Europe. Il faut de l’imagination et de l’intelligence pour concevoir l’Union Européenne. Des Présidents français successifs de droite comme de gauche l’ont eu. Les Britanniques non.
Cher Peter,
Si je vous ai répondu en direct (ce n'est pas la première fois) c'est uniquement du fait que j'ai reconnu en vous ce type de Britannique qui ayant quitté son ile à su passer outre sa vision nombriliste de certains sujet de sa majesté qui ce croit encore au temps du "common wealth" (la version Française étant celle des colonies).
Ayant moi même vécu à l'étranger et ayant pour amis une majorité de non Français, je pense pouvoir avoir un certains recul sur les lacunes de mon pays et ce d'autant plus que mon activité de conseil pour TPE et PME ne se résume pas à des entreprises Parisiennes après avoir oeuvré à l'international.
Les Français sont comme mon patronyme et rêvent encore que le pays soit grand et qu'il puisse retrouver les splendeurs de son passé sans envisager des réformes globales très importantes qui s'imposent.
Cameron tout comme la dame de fer en son temps seront les fossoyeurs du pays s'il n'admet pas que l'activité économique peut reposer sur une finance dans le même état que certains vaches il y a peu.
Concernant la vision Européenne du pays il y a une certaine schizophrénie actuelle que ne renierait pas Maggie à vouloir retirer uniquement et rapidement des avantages de l'Europe et ce autant à gauche qu'à droite.
Rgds.