France

Pour François Hollande, tout se passe comme prévu: difficilement

Eric Dupin, mis à jour le 06.09.2012 à 10 h 37

Aux prises avec un contexte économique épouvantable, le nouveau président est aussi victime de ses propres atermoiements sur l'Europe et la finance et va sans doute devoir affronter une contestation croissante sur son aile gauche.

François Hollande à la villa Madama à Rome, le 4 septembre 2012. REUTERS/Alessandro Bianchi.

François Hollande à la villa Madama à Rome, le 4 septembre 2012. REUTERS/Alessandro Bianchi.

Tout se passe comme prévu, n’en déplaise à Laurent Binet. Trois mois après avoir été élu au terme d’une campagne aussi habile que précautionneuse, aux prises avec un contexte économique épouvantable, François Hollande glisse sur le le toboggan de l’impopularité. Le nouveau président n’en est lui-même guère surpris. Il s’attendait à rencontrer, assez vite, la «colère» populaire.

Tout juste a-t-il surestimé le bénéfice qu’il pourrait retirer du contraste de style entre sa pratique politique et celle de son prédécesseur. Hollande espérait qu’on lui saurait gré d’un «apaisement» attendu après les vives tensions de l’ère sarkozyste. Cette stratégie explique pourquoi il n’a pas utilisé la phase symbolique des premiers «cent jours» pour pousser les feux du «changement».

Deux reculs majeurs

Il est symptomatique que les mesures législatives les plus importantes aient visé à détricoter les réformes fiscales du quinquennat antérieur. Ce changement-là consiste simplement à tourner la page du sarkozysme.

Une série de mesures ont, par ailleurs, été adoptées mais le nouveau président a reculé sur les deux enjeux majeurs, l’Europe et la finance. Comme on pouvait s’y attendre, il n’a pas «renégocié» le traité européen, se contentant de l’ajout d’un «pacte de croissance» qui était déjà dans les tuyaux. Et loin de déclarer la guerre à la finance, il n’a pas fait adopter la «grande loi bancaire», promise pour juillet dans son «agenda du changement», qui devait isoler les activités spéculatives, lutter contre les produits toxiques et les paradis fiscaux.

Le contraste est frappant avec les «cent jours» de Nicolas Sarkozy en 2007. Celui-ci avait réussi à traduire sur le plan législatif, dés l’été, les grands axes de se campagne présidentielle: loi Tepa (bouclier fiscal, défiscalisation des heures supplémentaires, etc.) mais aussi autonomie des universités et service minimum. Il est vrai que le précédent chef de l’Etat avait été élu sur un programme de «rupture» alors que l’actuel a essentiellement misé sur le rejet de son adversaire.

Vocabulaire immuable

D’où une absence de dynamique qui se paie inévitablement une fois le scrutin remporté. Le titulaire de l’Elysée a changé. Tel était, au fond, le vrai sens du slogan «Le changement, c’est maintenant». Pour le reste, les jours qui se succèdent accentuent l’impression pénible que le poids des contraintes oblige le nouveau pouvoir à d’étranges continuités.

Hollande parle désormais de la crise avec des accents analogues à ceux de son prédécesseur honni. Le 31 août, à Châlons-sur-Marne, le président de la République a tiré argument, à son tour, de la dureté des temps pour annoncer une longue période de sacrifices: «Alors mon devoir, c'est de dire la vérité aux Français. Nous sommes devant une crise d'une gravité exceptionnelle Les mots survivent aux alternances.

Bernard Cazeneuve, ministre délégué aux Affaires européennes, en fournit d’autres illustrations en reconnaissant les «inquiétudes qui montent» et en réduisant, comme les gouvernements précédents, le mécontentement populaire à une simple «impatience».

Ses suggestions sont également d’un classicisme absolu: «faire davantage de pédagogie, remettre en perspective ce que nous faisons». Comme si tout ceci était affaire de communication. La panoplie est complète lorsque Cazeneuve conjure la majorité de «serrer les rangs» et d’éviter tout débat de fond. «On vit dans une caserne», n’a plus qu’à grincer un de ses collègues du gouvernement.

Le retour de la compétitivité

L’accélération du calendrier des réformes, dont on nous rebat les oreilles en ce moment, n’est peut-être pas l’élément principal de la période. Plusieurs indices laissent à penser que le pouvoir socialiste s’apprête à clarifier quelque peu ses orientations économiques. Les rodomontades d’Arnaud Montebourg font de moins en moins illusion. La présence massive du gouvernement —huit ministres dont le premier d’entre eux— à l’université d’été du Medef envoie un premier message sur ses nouvelles préoccupations.

Le fameux thème de la «compétitivité» fait un retour spectaculaire dans les allées du pouvoir. Le mot a été employé pas moins de douze fois par Jean-Marc Ayrault, le 29 août, devant les patrons réunis à Jouy-en-Josas. Le Premier ministre a promis que la réforme fiscale de l’automne «visera à améliorer le financement de l’économie, l’investissement et la compétitivité des entreprises». Il a laissé miroiter un nouveau système de financement de la protection sociale «plus favorable à la compétitivité des entreprises».

Une sorte de «CSG sociale» devrait ainsi remplacer prochainement feu la «TVA sociale». Ayrault a encore fait espérer aux entreprises que la mission confiée à Louis Gallois prendrait à bras-le-corps le «chantier de la compétitivité». L’ancien patron d’EADS milite en faveur d’un «choc de compétitivité» transférant aux entreprises pas moins de «30 à 50 milliards» d’euros.

Une «flexibilité» accrue du travail semblent également dans les cartons. Le Premier ministre évoque la future négociation sur «une meilleure sécurisation de l’emploi» mais s’empresse d’en donner une description alléchante pour les entrepreneurs:

«L’anticipation nécessaire de l’évolution des activités, de l’emploi et des compétences; l’accompagnement des mutations économiques avec la question du maintien dans l’emploi et des entreprises confrontées à des difficultés conjoncturelles ou encore structurelles; ou encore la question de l’amélioration ou de la sécurisation juridique des procédures de licenciement collectif.»

Une opposition de gauche

Sur tous ces sujets, le gouvernement pourra compter sur l’appui de la CFDT. François Chérèque vient de presser le pouvoir d’accélérer le calendrier des négociations sur la réforme du marché du travail. «Le coût du travail est aussi un facteur de perte de compétitivité», n’a pas craint de déclarer le numéro un cédétiste pour qui «la situation économique de notre pays est mauvaise car la France n’est pas adaptée aux défis de la mondialisation». Se retrouvent réunies les conditions d’un nouveau partenariat entre le pouvoir et la CFDT, la CGT étant rejetée dans le camp de l’opposition.

Se dessine ainsi en pointillé un nouveau paysage politique ou la majorité PS-EELV sera confrontée à deux oppositions, l’une sur sa droite (et son extrême), l’autre sur sa gauche. Le maintien d’une orientation «austéritaire» —pourtant critiquée par un nombre croissant d’économistes— combiné à des arbitrages favorables à la compétitivité des entreprises ne manqueront pas d’être de plus en plus vigoureusement contestés par une fraction de la gauche. Hollande devrait sans doute méditer à ce qui est arrivé aux socialistes grecs et espagnols.

Eric Dupin

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Journaliste
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