Ma réponse aux «élites» qui détestent l'Internet

Non, le web n'est pas un monstre fasciste mangeant le cerveau des humains. Non, nous n'évoluons pas dans le far-west de la jungle du chaos. Non, cela n'a rien à voir avec Auschwitz. Et non, ce n'est pas l'immédiateté le problème.

Angry Blue Eyed Cat / Felinest via FlickrCC Licence by

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Les Français n’aiment pas Internet (1). Est-ce le résultat d’une nouvelle enquête menée auprès de 85 internautes? Nan. En fait, précisons: les élites françaises n’aiment pas Internet. Enfin… les élites… Disons les gens dont on parle dans les médias.

Florilège des propos anti-web classés par «métiers»

(NDLE: si vous voulez passer directement à la réponse, cliquez là, mais ce serait dommage de rater ces déclarations)

Les politiques

Michèle Alliot-Marie, Le Figaro, le 5 septembre 2011

«A travers les blogs et les tweets, il y a une mise en cause des principes de l’information. Le vrai et le faux sont traités de la même façon. L’exigence d’immédiateté empêche la vérification de l’info.»

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Patrick Ollier, à Public Sénat le 23 février 2011

«Les .fr vont chercher des infos dans le caniveau.»

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Nadine Morano, le 15 août 2008

«Internet, c’est comme une magnifique voiture de course. Si vous n’avez pas votre permis de conduire et que vous ratez un virage, c’est la mort.»

La même à Rue89, le 8 mai 2008

«Ah, Internet, je déteste, c’est le temple des rumeurs et de la caricature.»

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Jacques Myard, à l’Assemblée nationale en décembre 2009

«J’espère que l’on va prendre conscience de la nécessité de nationaliser ce réseau.»

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Rassurez-vous, à gauche aussi

Ségolène Royal, le 21 septembre 2009:

«Je veux un site qui nous ressemble et pas nous qui ressemblions au site. Vous savez, c’est très rare ce que je dis-là. Parce que c’est très puissant le lobby d’Internet.»

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Martine Aubry, dans Le Point, le 6 juillet 2011:

«Facebook et Twitter, j’ai horreur de ça… C’est typique de cette société où chacun pense à son nombril… Et puis tous ces faux amis… Ce n’est pas mon truc d’expliquer mes états d’âme (…) C’est typique de cette société où chacun pense à son nombril.» 

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Aurélie Filipetti, dans Polka magazine, juillet/août 2012

«Si la presse abandonne la qualité, il n’y aura plus de différence entre les journaux, les magazines payants et la presse gratuite, notamment sur le Net où rien n’est éditorialisé.» 

Les gens de la télévision

Patrick Sébastien, dans Les Grandes Gueules sur RMC, le 29 novembre 2010:

«Internet est une poubelle sans nom. (…) C’est un outil donné à la bassesse, à la lâcheté! Des anonymes se défoulent et se planquent derrière des pseudos pour balancer leurs opinions! Ils n’ont pas de couilles ! (…) Pendant la guerre on appelait ça des collabos, dans les milieux on appelait ça des balances, dans les villages on appelait ça des corbeaux et là, on a tout ça réuni.»

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Amanda Lear, dans Voici, le 18 novembre 2009:

«C’est vrai qu’Internet ça me rend folle. Attendez, si je dis dans un magazine que Claire Chazal a les pieds plats, elle peut me faire un procès. Mais si j’écris sur Internet que le président de la République est un con, y’a pas de problème. C’est un espace de liberté mais à l’arrivée, ça devient n’importe quoi. Je vous le dis franchement, je rêve qu’on interdise ce truc!»

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Elizabeth Tchoungui sur AuFéminin.com, le 17 juin 2011:

«En plus d’être inutile, Twitter est un réseau infréquentable. On y croise au choix: des pros de la drague lourdingue (...), des e-terroristes (..), des as du canular pas drôle. (…) n’en déplaise aux geeks qui me lisent, oui, Tweeter n’est que littérature de concierge, le style en moins: en 140 signes maximum, difficile de faire des miracles. »

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Jacques Séguéla, à On n’est pas couchés sur France 2, le 17 octobre 2009:  

«Le Net est la plus grande saloperie qu'aient jamais inventée les hommes! C'est un dieu vivant! Car Internet permet à tous les hommes de communiquer avec les autres hommes. En quelques secondes, le Net peut détruire une réputation!»

 
Séguéla attaque le web par Keyman_off

 Les journalistes des médias dits traditionnels   

Catherine Nay, dans un éditorial sur Europe1, le 5 décembre 2010: 

«Vous savez qu’aujourd’hui n’importe qui peut dire n’importe quoi sur autrui, balancer des vérités comme des calomnies et ça se promène sur la toile indéfiniment. Parce qu’Internet, c’est la Stasi en pire, parce que rien n’est jamais effacé, il n’y a pas de droit à l’oubli, c’est la damnation éternelle. En fait c’est l’œil dans la tombe qui regarde Caïn.»

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Christine Ockrent à Aujourd’hui la Chine, le 5 novembre 2010:

«Il y a les blogs et les sites, ils disent ce qu’ils veulent et la plupart du temps leur job consiste à salir les gens. Ça correspond tellement à l’esprit français! Avec les nouvelles technologies on peut écrire absolument n’importe quoi sur n’importe qui, on ne vérifie rien, on voit si la mayonnaise prend et après c’est génial c’est parti! Cette course à la polémique amuse des gens mais ce n’est pas ce que j’appelle de l’info.»

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Philippe Val, éditorial paru dans Charlie Hebdo le 10 janvier 2001:

«A part ceux qui ne l’utilisent (Internet) que pour bander, gagner en bourse et échanger du courrier électronique, qui est prêt à dépenser de l’argent à fonds perdus pour avoir son petit site personnel? Des tarés, des maniaques, des fanatiques, des mégalomanes, des paranoïaques, des nazis, des délateurs, qui trouvent là un moyen de diffuser mondialement leurs délires, leurs haines, ou leurs obsessions. Internet, c’est la Kommandantur du monde ultra-libéral. C’est là où, sans preuve, anonymement, sous pseudonyme, on diffame, on fait naître des rumeurs, on dénonce sans aucun contrôle et en toute impunité. Vivre sous l’Occupation devait être un cauchemar. On pouvait se faire arrêter à tout moment sur dénonciation d’un voisin qui avait envoyé une lettre anonyme à la Gestapo. Internet offre à tous les collabos de la planète la jouissance impunie de faire payer aux autres leur impuissance et leur médiocrité. C’est la réalité inespérée d’un rêve pour toutes les dictatures de l’avenir.»

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Laurent Joffrin, tribune dans Libération le 2 avril 2010:

«Il faut rappeler que si le Net est un magnifique outil de diffusion, il ne produit rien.»

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Alain Duhamel dans Libération, le 17 septembre 2009: 

«Dans l’affaire Brice Hortefeux, il n’y a qu’une victoire, celle des vidéos, et qu’un triomphe, celui d’Internet. Une fois de plus, la Toile a imposé son règne. Désormais, il se trouve toujours une caméra, un mobile, un appareil numérique pour saisir une scène, pour enregistrer une séquence ou une phrase, pour intercepter un geste, une mimique, un mot, un regard (…) Dès que la photo, la séquence ou la boutade se retrouve sur Internet, c’est aussitôt la fièvre, la théâtralisation, la contagion, la dénonciation, le scandale, la polémique. (…) La vidéo se rue sur Internet et déferle sur l’information, sans réflexion, sans recul et sans frein. C’est de l’information sauvage, du journalisme barbare, de la traque totale.»

Les intellectuels/écrivains

Frédéric Beigbeder, dans Sud-Ouest, le 24 août 2012:

«Le numérique me fait peur, Facebook, c’est le nouvel opium du peuple (…) Internet, c’est l’empire de la méchanceté, de la bêtise; n’importe quel abruti a droit au chapitre.»

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Raphaël Enthoven, dans L’Express, le 21 avril 2011:

«Sans loi, Internet n'est qu'un revolver entre les mains de milliards d'enfants.»

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Alain Finkielkraut, à Arrêt sur Images, le 30 avril 2009

«Je vous explique qu’Internet est un asile pour les photos, les images, les conversations volées. C’est tout ce que j’essaie de dire, et peu importe l’auteur, peu importe le médiateur de ce nouveau type d’information (…) Est-ce qu’Internet est ce lieu que je décris ou non? Est-ce que ce n’est pas cette poubelle de toutes les informations?»


Pour Finkielkraut, internet est une poubelle par asi

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Patrick Besson, dans Le Point, le 30 août 2012:

«Les réseaux sociaux se déchaînent vite, car ils n’ont pas de chaînes. On devrait les appeler les réseaux asociaux, les messages de haine y étant beaucoup plus nombreux que les déclarations d’amour

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Luc Ferry, dans Le Figaro TV, le 1er  septembre 2011:

 «C’est un excellent outil mais dangereux. Certains disent que c’est la liberté; pour moi, c’est davantage Vichy! Rien ne s’efface, j’ai un sentiment mitigé. L’anonymat permet toutes les horreurs.»

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Les acteurs

Mathilde Seigner, sur Europe 1, le 1er avril 2012:

«Malheureusement, il y a cette machine qui s’appelle Internet qui est dramatique, qui est un drame de l’humanité. Je le pense.»

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Carla Bruni-Sarkozy, dans Le Figaro TV, le 16 février 2012:

«A mon sens, Internet ou les jeux vidéo sont bien plus diaboliques que la télé, qui en serait presque devenue sage.»

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Alain Delon, dans Le Matin, le 1er juillet 2011:

«Avec les jeux vidéo ultraviolents, Facebook, Internet et tout le reste, nos enfants vivent en permanence dans le virtuel. C’est vachement grave. Moi, je n’ai pas connu ça. Qu’est-ce que ça va donner dans vingt ans ? (…) Regardez ce qui se passe en France, cette enfant tuée à la sortie de l’école. C’est une horreur!»

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Mélanie Laurent, le 23 avril 2011:

«Internet c’est une ouverture sur la haine, sur le principe des likes “j’aime/j’aime pas”, mais tu es qui pour venir déferler toute ta haine? Qu’est-ce que tu fais dans la vie?»

 

Mais alors, face à un tel nombre de personnalités s’insurgeant devant l’abomination du web, peut-on simplement répondre qu’ils racontent des conneries?

Oui.

Ils déversent des torrents d’inepties. Pour la simple raison qu’ils ne connaissent pas ce dont ils parlent. Ce qu’ils disent est faux. Décryptage des éléments récurrents de leurs discours.

1. Le monstre de l’Internet

Ces personnalités médiatiques détestent l’Internet. Mais qu’est-ce que l’Internet pour elles? Après une étude approfondie de leurs discours, il semblerait qu’il s’agisse d’une entité monstrueuse se situant au croisement de Terminator, Frankenstein, Body Snatchers et Philippe Pétain. Une invention technique mise au point par les humains mais qui a brusquement pris une vie propre, une existence fasciste dont le but est de détruire la dignité humaine notamment en mangeant le cerveau des humains qui ont le malheur de s’approcher d’elle (victimes plus connues sous le nom d’internautes) de sorte qu’elle fait d’eux ses pantins désormais mus par la seule volonté de propager le mal.  

Pourquoi une telle vision?

On ne peut pas douter que ces personnalités sachent qu’en réalité Internet n’est qu’un médium, au même titre que le papier, et non pas une entité aliénante qui vampirise les humains. Avançons une hypothèse: peut-être que ces personnalités auraient du mal à dire qu’en réalité ce sont les internautes qu’ils détestent dans la mesure où ces internautes sont les mêmes individus qui achètent leurs livres, leurs journaux, vont voir leurs films, écoutent leurs émissions, etc.

(Exception faite de Frédéric Beigbeder qui a le courage de dire le fond de sa pensée à savoir qu’avec Internet «n’importe quel abruti a voix au chapitre». Ce qui est tout à fait exact, cher Frédéric, mais ne suffit pas à condamner le principe même du réseau, à moins de limiter également le droit de vote en démocratie.)

2. La jungle

On ne compte plus le nombre de déclarations à base de «c’est un espace sans aucune loi, qui échappe à tout contrôle, un far-west de la jungle du chaos conduit par un revolver chargé à bord d’une décapotable qui fonce droit sur un enfant handicapé». Ce qui amène à «il est temps de civiliser/réguler/réglementer/surveiller» le web.

Alors, répétons-le une énième fois: Internet est déjà soumis au code pénal. Sur le site Légifrance, quand on cherche «Internet» dans les textes législatifs depuis 1990, on trouve 13.040 mentions du mot.

Non, la loi n’a pas oublié Internet, loin s’en faut.

Ah oui, mais ces lois ne sont jamais respectées! Heu… Bah, ça dépend de vous en fait. Si vous portez plainte ou non. Un peu comme dans la «vraie vie» vous voyez… Prenons Marion Cotillard. Elle a très bien compris, en tout cas son avocat lui a très bien expliqué que de même qu’elle pouvait attaquer des magazines, elle peut attaquer d’obscurs sites. En août dernier, Anne Hildago (ou plutôt son avocat) avait mis en demeure Twitter en ciblant quelques tweets qui relayaient une rumeur sur sa vie.

Oui, mais on ne va pas attaquer comme ça tout le temps! En règle générale, amis peoples, vous n’avez même pas besoin d’attaquer en justice. Il suffit de contacter le responsable du site et de lui signaler son infraction à la loi pour qu’il retire le contenu incriminé. C’est l’avantage avec les gens de l’Internet, ils sont souvent trop fauchés pour risquer un procès. 

Par contre, il est vrai que vous ne pouvez pas déposer plainte contre un internaute parce qu’il a dit que votre dernier livre était une daube fourrée à la merde.

Mais beaucoup d’autres propos tombent sous le coup de la loi. Les propos racistes et antisémites, la diffamation, les menaces de mort, les appels à la violence physique, etc. Des internautes sont régulièrement condamnés pour leurs commentaires outranciers –y compris, attachez-vous bien, quand ils les ont tenus sous couvert d’anonymat.

C’est fou, non? Donc l’obsession de nos people pour l’anonymat révèle également leur ignorance crasse en la matière. La notion d’anonymat sur Internet reste en réalité très limitée. S’il y a un dépôt de plainte, la police remonte facilement jusqu’à l’identité du suspect. (Rappelons que 97% des trolls ne sont pas franchement des as du cryptage.)

3. Le point Godwin

Ce supposé anonymat nous amène donc au troisième argument: le Godwin de la dénonciation calomnieuse. Partant du postulat faux que l’anonymat est total sur le web et qu’aucune loi ne régit cet espace, on arrive je ne sais comment à comparer Internet au régime de Pétain. Cette comparaison est particulièrement répugnante: les lettres de dénonciation sous l’Occupation pouvaient vous conduire dans un camp de concentration. Non Patrick Sébastien, Philippe Val et Luc Ferry, vous ne finirez pas à Auschwitz parce qu’un internaute a écrit que vous étiez des gros cons. Et on ne va pas non plus tondre tous les blogueurs qui écrivent sous pseudo.

Merci de nous épargner vos comparaisons douteuses.  

4. L’immédiateté

= Idée selon laquelle Internet a tué la déontologie journalistique.

Excusez-moi, je pars calmer mon fou rire et je reviens.

Comme l’explique cet article d’un blogueur du Monde.fr, Internet sert souvent de bouc-émissaire pour dénoncer des maux dont la société souffrait bien avant.

C’est particulièrement vrai pour cette idée d’immédiateté. Non, le journalisme n’était pas meilleur avant. Albert Londres lui-même, qu’on nous érige systématiquement comme parangon de la vertu journalistique, n’était pas exempt de reproche sur ce qu’on appelle aujourd’hui la déontologie. Même du temps de Patrick Poivre d’Arvor, figurez-vous que le journalisme n’était pas d’une pureté aveuglante. Et Jean-Pierre Elkabbach n’a pas été étouffé par les scrupules quand il a tué Pascal Sevran.

La course à l’info s’est accélérée avec les chaînes d’infos en continu. Mais ce n’est pas Internet qui est à l’origine de ce malheur. La seule question qui vaille, c’est celle de l’intégrité du journaliste. Une info, ça se vérifie —peu importe le média. Evidemment, il y a la tentation de faire la course pour être le premier. La peur de perdre du temps en vérifiant une info et de se faire passer devant par tous les autres sites. Sauf que cet impératif n’est pas technologique. Il est financier.

Pourquoi vouloir être le premier? Parce que ça assure des visites, parce qu’une pression économique pèse sur tous les sites d’infos. Quand cette pression fait oublier les principes de base, ce n’est pas Internet qu’il faut blâmer mais à l’échelle individuelle le manque de sérieux d’un journaliste/d’une rédaction, et à une échelle plus large un système économique.

Dans la presse papier, il existe de mauvais journalistes qui ne vérifient pas leurs infos.

Sur Internet, il existe de bons journalistes qui vérifient leurs infos.

L’avantage du web, c’est qu’il y a toujours des internautes pour signaler une erreur. Des fouineurs qui cherchent la petite bête, l’approximation, la déclaration tronquée, le chiffre arrondi. Le démenti arrive donc dans la minute et non pas 24h après.

L’immédiateté fonctionne dans les deux sens. On peut peut-être se tromper plus vite, mais on rectifie plus rapidement. Comme l’écrit le blogueur Glenn Greenwald:

«Les erreurs et les impostures ont une durée de vie très courte sur Internet. La possibilité de puiser dans les connaissances et les recherches collectives est tellement plus vaste que lorsqu’on est cantonné à une seule forme de publication journalistique. »

(La suite de l’article explique que là où Internet échoue, c’est pour démanteler des croyances tenaces –du type théorie du complot–, croyances qui préexistaient au réseau.)  

Dans tous ces propos anti-web, on lit l’horreur et le dégoût. Ces gens ont l’air de détester Internet. C’est peut-être une question de génération pour certains comme Alain Delon. Déteste-t-on les innovations techniques apparues après nos 40 ans?

Une chose est sûre: la lutte contre le monstre de l’Internet est la lutte d’une classe sociale précise. Ces personnes qui sont médiatiquement exposées sont mécaniquement celles dont les moindres propos seront les plus durement commentés. Etre ainsi bousculé voire insulté, c’est évidemment désagréable.

Ne minimisons pas le traumatisme que représente Internet pour ceux qui avaient l’habitude d’être écoutés, regardés, à qui on servait la soupe à température sans que personne ne les remette jamais en question.

Internet a donné une voix à ceux qui n’avaient jusqu’alors que la possibilité de se taire. Cette brusque ouverture donne lieu à des exagérations qui sont sans doute proportionnelles au sentiment de frustration et d’exclusion des sphères de paroles traditionnelles. Rappelons trois éléments:

  • 1) la démocratisation d’Internet est récente, ses usages ne sont pas figés, il y a une éducation au web qui se fait petit à petit;
  • 2) la majorité des internautes ne commente pas. Réduire Internet à ses trolls, c’est méconnaître tous les autres utilisateurs;
  • 3) l’humanité n’est pas faite que de gens intelligents, mais tant qu’ils respectent la loi, même les abrutis ont le droit de s’exprimer —par contre personne n’est obligé de les lire. 

Titiou Lecoq

(1) J’utilise alternativement les mots Internet et Web pour désigner la même chose –ce qui techniquement est faux, mais c’est par facilité de langage. Je présente d’avance mes excuses aux puristes. Retourner à l'article

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L'AUTEUR
Titiou Lecoq est journaliste indépendante et blogueuse sur Girls and geeks. En 2011, elle a publié un roman, «Les Morues» (Au Diable Vauvert), et avec Diane Lisarelli, «L'Encyclopédie de la Web Culture» (Robert Laffont). La suivre sur Google+. Ses articles
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Publié le 06/09/2012
Mis à jour le 06/09/2012 à 14h21
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