Life

Pourquoi je trouve que la rentrée, c'est cool

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 05.09.2012 à 11 h 30

Il y a au moins une personne qui a été contente de revenir en classe.

Dans une cour d'école en Inde, à Bangalore, le 28 janvier 2006. REUTERS/Jagadeesh

Dans une cour d'école en Inde, à Bangalore, le 28 janvier 2006. REUTERS/Jagadeesh

Depuis quelques temps (à peu près deux semaines) je frétille –intérieurement, parce que j’essaie de limiter les frétillements extérieurs. Néanmoins, je frétille, parce que c’est la rentrée. Comme ça:

Jusqu’à ce qu’un petit enfant échoué dans la salle de rédaction se lamente à l’idée de la rentrée. Ce à quoi j’ai répondu que la rentrée, c’est génial. Ce à quoi la rédac toute entière a rétorqué que la rentrée ça leur fait plutôt ça:

 

Alors, je voudrais expliquer à tous ces petits enfants pas très contents de retourner à l'école après 7 semaines de vacances pourquoi je trouve que la rentrée des classes, c’est cool. Pourquoi il vous faut garder à l'esprit que ces jours de retour sont plein d'émotions inestimables que vous n’éprouverez plus jamais quand vous aurez un travail et les mêmes collègues (que vous aimez très fort) tous les ans. La rentrée des classes, c’est le renouveau permanent.

Les twix et les Skechers

Quand vous êtes petit, chaque rentrée signifie que vous êtes un peu plus grand. Or grandir, c’est tout ce qui vous intéresse. Chaque rentrée est la promesse d’une augmentation d’argent de poche, d’autorisations supplémentaires. Vous irez enfin tout seul à l’école. Vous aurez enfin le droit de regarder Une Nounou d’Enfer après la classe. Vous préparerez enfin votre goûter à votre guise, et troquerez le baguette-chocolat noir-yaourt contre un twix, un kit-kat, et un litre de lait (demi-écrémé, vous êtes raisonnable).

La rentrée, c’est aussi le moment où vous avez le droit à de nouvelles fringues. Or les vêtements d’automne sont les plus beaux. Moins tachés de crème solaire et de sable, davantage portés puisque vous ne les enlevez pas pour aller à la plage. (Avoir de jolis vêtements l’été est donc inutile.)

Pour aller avec la nouvelle tenue, vous avez de nouveaux crayons –un conté n°5, un HB, des cartouches d'encre bleu effaçable, un nouvel effaceur. Du tipex. Des classeurs en carton, des chemises en plastique, des intercalaires de couleur, des protège-cahiers transparents. Ou une tablette toute-neuve, tout dépend de la dimension spatio-temporelle dans laquelle vous vivez

En sortie à Auschwitz

Puis vous êtes collégien. Vous ne portez plus de cartable mais un sac à dos, c'est la classe. Les premiers jours consistent à ne rien faire. Les devoirs ne viendront que plus tard. Vous remplissez des fiches. Sur le métier de votre papa, de votre maman. Ce que vous rêvez de faire dans la vie. Les meilleurs profs, ceux qui vous emmèneront au Chemin des Dames et en sortie à Auschwitz (vive les sorties joyeuses, qui se préparent en regardant Nuit et Brouillard) vous demandent même d’écrire ce que vous attendez d’un bon professeur, si vous aimez faire des exposés, ce que vous rêveriez de faire comme sortie (et dire que personne n’avait pensé à Auschwitz).

Vous découvrez vos nouveaux livres (que voulez-vous, certains aiment ça). C’est rempli d’histoires qui ont l’air géniales et que vous ne connaissez pas, de types dont vous n’avez jamais entendu parler: de Ionesco, d’Alphonse Daudet, de Pagnol. De mots comme «pinède» (chez Pagnol) ou «flegmatique» (chez Jules Verne). Vous ne vous rendez pas encore compte que ces livres comprennent essentiellement des hommes, mais vous ne savez pas encore que c’est un problème.

Votre professeur d’art plastique vous jure que vous ferez plein de sorties, vous vous apprêtez à découper des reproductions de Fernand Léger dans un livre de vos parents qui ne s'en apercevront jamais. Vous ne savez pas encore que votre prof de gym vous fera monter à la corde à 8h30 le lundi matin au deuxième trimestre, et que vous ne savez faire ni le poirier ni la roue.

Vous êtes plein d’espérance. Cette saleté de prof de techno à qui vous aviez dit ses quatre vérités en fin d’année ne fera plus partie de votre vie. (Du moins en êtes-vous persuadé, vous n'avez pas encore votre liste des profs: «tiens, comme on se retrouve…») Exit aussi la prof de latin qui empestait l’alcool (vous ne vous rendez pas encore compte qu’avec la prochaine, il sera impossible de tricher. Et qu’entre alcool et triche, mieux vaut l’alcool).

Depuis la 6e, vous êtes en anglais renforcé, la classe ne change pas: 6 garçons pour 28 filles. Tous les ans, vous espérez qu’il y aura de nouveaux garçons. (Jusqu’à la seconde, il n’y aura qu’un seul nouveau. Et il aura les cheveux longs.)

Le petit pan de mur jaune (6/20)

Et puis bientôt, c’est la rentrée des classes étudiantes. On vous donne des listes de lectures obligatoires ou facultatives, elles ressemblent à des menus de restaurants étoilés. Vous allez faire de la philo, avec la perspective de pouvoir déchiffrer Husserl, apprendre à tenir un quart d'heure à l'oral avec pour seul sujet «un petit pan de mur jaune» (même pour obtenir un 6 sur 20), plancher sur «La culture est-elle une seconde nature?». Vous apprendrez le mot yourte en cours de géographie. 

Les écoliers, jeunes ou moins jeunes, ne sont pas à plaindre.

Mais vous non plus. La rentrée vous sauve: on vous a parlé des pics de dépression au mois d’août? Le mois d’août, il fait chaud, c’est lent, c’est long, il n’y a personne. Votre psy est en vacances, vos copains aussi. A la radio, les journalistes de l’été ont six semaines pour montrer qu'ils valent mieux que d'être considérés comme des jokers *. Août est un mois sans nuance. En automne enfin, le monde recommence à tourner.

Et vous je ne sais pas, mais moi, la rentrée c’est aussi le moment de mon anniversaire. Donc en plus de me réjouir de toutes les perspectives merveilleuses nouvelles, je reçois plein de cadeaux. Si vous voulez m’en faire, l’adresse de Slate doit traîner quelque part sur l’Internet mondial.

Charlotte Pudlowski

*A Bruno Duvic qui a fait une matinale formidable tout l'été sur France Inter: Bruno je t'aime. Retour

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (741 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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