France

La présidence Hollande renoue avec les mauvaises habitudes sarkozystes

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 05.09.2012 à 10 h 50

On avait pu croire à un relatif apaisement de la vie politique. Mais une batterie de sondages a eu raison de la volonté de François Hollande de réhabiliter le temps long. Et revoilà la course effrénée entre les annonces du pouvoir et les réactions des médias.

François Hollande, le 4 septembre 2012 à Rome. REUTERS/Alessandro Bianchi

François Hollande, le 4 septembre 2012 à Rome. REUTERS/Alessandro Bianchi

D’une élection présidentielle on pouvait attendre un peu de répit, sortir du catastrophisme ambiant, changer de rythme, c’est-à-dire inscrire l’action publique dans un temps plus long, donc avec une chance d’être plus efficace. A l’inverse de la phase précédente dans laquelle l’annonce, le plus souvent, tenait lieu d’action (il suffit de se souvenir du nombre de lois pénales votées sans incidence aucune sur les chiffres de la délinquance).

Il n’en est rien: une batterie de sondages, tous orientés à la baisse, a eu raison du relatif apaisement qu’avait accompagné l’élection de François Hollande. A croire que nous sommes de nouveau à la veille d’une élection, à l’heure du bilan d’un président qui vient à peine de s’installer.

Lesdits sondages étaient pourtant prévisibles: comment imaginer, au milieu d’une crise gravissime qui se traduit par un ralentissement généralisé, que la popularité soit miraculeusement au rendez-vous? D’autant que l’électorat de la droite est resté vent debout, encouragé par la tonalité démesurée de ses leaders –Luc Chatel, par exemple, voyant en Vincent Peillon, promoteur de la morale laïque à l’école, un émule du Maréchal Pétain!– lesquels oublient un peu vite l’ardoise qu’ils ont laissée; tandis que l’opinion de gauche est naturellement impatiente et travaillée de l’intérieur par ceux qui rêvent d’un retour à une économie administrée.

La fausse idée du tournant

En réalité, François Hollande se heurte aux mauvaises habitudes prises pendant le quinquennat précédent: une course effrénée entre les annonces du pouvoir et les réactions des médias, une annonce chassant l’autre, avec un président qui se flattait, à juste de tire, de gouverner l’agenda des médias.

Or, il faudrait se désintoxiquer de ces pratiques et de ce climat-là, réhabiliter le temps long, «le bon rythme», comme dit François Hollande. Nos seuls ennemis devraient être la démagogie et le populisme. Or les discours sont rarement considérés pour ce qu’ils disent, l’action publique peu considérée pour ce qu’elle est. Comme dans l’art contemporain, c’est la performance qui est mise en avant, disséquée et commentée et non plus l’œuvre elle-même.

Le pouvoir aujourd’hui est enfermé entre deux fausses bornes: l’inventaire des promesses et l’idée de la nécessité d’un «tournant».

Pierre Mauroy, en son temps, se flattait d’avoir fait voter la plupart des 110 propositions de François Mitterrand. Alors qu’une partie de celles-ci conduisaient le pays dans le mur! Cette fois, une nouvelle majorité s’installe alors que le pays est dans le mur; et François Hollande s’emploie méticuleusement au même exercice alors qu’il a d’abord à corriger un bilan, à infléchir une trajectoire; dès lors, peu importe le catalogue! Ainsi, il ne peut espérer mobiliser les entrepreneurs en appliquant tout d’un programme fiscal dont certains aspects peuvent décourager le risque.

La notion de «tournant» est tirée de tous les épisodes précédents et signifie une politique d’austérité succédant à des promesses mirobolantes. Or, pendant sa campagne et une fois élu, François Hollande a confirmé l’objectif de réduction du déficit et de la dette sur une période de 5 ans avec sa part d’austérité fiscale. On voit mal qu’il puisse en rajouter sur ce registre alors que la priorité européenne et mondiale s’est inversée puisqu’il s’agit désormais de retrouver le chemin de la croissance.

Une seul objectif compte en fait: François Hollande a promis d’être le président de la sortie de la crise. Or celle-ci se joue principalement au niveau de l’eurozone. Il a donc eu parfaitement raison de commencer par là à la condition bien sûr d’obtenir que les décisions soient appliquées.

C’est dire que le vote au Parlement du traité européen, complété par son «pacte de croissance» sera pour lui, comme pour la cohésion de sa majorité, donc pour sa capacité d’agir, sa véritable première épreuve de vérité.

Jean-Marie Colombani

Article également paru dans L'Express

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