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  • Par Jean-Marie Colombani
  • Jean-Marie Colombani est un des fondateurs de Slate.fr. Journaliste et essayiste, il a été directeur du journal Le Monde de 1994 à 2007. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont récemment Un américain à Paris.
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Prix Nobel: Obama ou Le pouvoir des idées (MàJ)

Le prix Nobel de la paix a été décerné vendredi 9 octobre au président des Etats-Unis Barack Obama pour «ses efforts à renforcer la diplomatie et la coopération entre les peuples».

Jeudi 4 Juin 2009
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Le prix Nobel de la paix a été décerné vendredi 9 octobre au président des Etats-Unis Barack Obama pour «ses efforts à renforcer la diplomatie et la coopération entre les peuples».

Le discours de Barack Obama au Caire le 4 juin 2009, à l'adresse du monde musulman, est un moment important de la définition du nouveau cap de l'Amérique. Appel à surmonter les apriori, les stéréotypes qui sont autant d'armes à la disposition des extrémistes qui combattent non seulement les Etats-Unis mais aussi toutes les démocraties ou les forces qui aspirent à la démocratie ; appel à tourner la page de la confrontation pour lui substituer celle du «partage» du 21ème siècle.

De ce point de vue, toutes les paroles attendues ont été prononcées; attendues en Europe, notamment, où l'on a le sentiment d'une remise en phase de la stratégie américaine avec celle dont l'Europe avait rêvé pour restaurer le lien entre les deux rives de l'Atlantique. Barack Obama, de fait, n'a rien laissé de côté : il a parlé principes, diplomatie ; lutte contre l'extrémisme et moyens de cette lutte (ce qui est licite et ce qui ne l'est pas), paix entre  Israël et Palestine, nucléaire iranien, droits de l'Homme, droits des femmes, liberté religieuse etc.. En tous points conforme à ses engagements de campagne.

Car le président américain avait ces idées en tête depuis sa campagne : rarement, donc, un discours aura été autant préparé, mûri réfléchi et ciselé, pesé. Il signifie trois choses : un changement de cap diplomatique, vis-à-vis du monde arabo-musulman, théâtre de tous les affrontements récents ; une ambition, celle de restaurer l'image , détruite par son prédécesseur,  des Etats-Unis, donc rendre à son pays sa capacité d'influence ; un défi personnel , être à la hauteur de ses grands prédécesseurs  comme du symbole du rêve américain qu'il incarne à l'intérieur comme à l'extérieur.

Le changement réside pour l'essentiel dans le retour, au sens propre, de la diplomatie, et de la recherche du consensus chaque fois que cela est possible. Y compris avec l'Iran dont il reconnaît que la politique est une menace pour la paix. C'est le contraire de la guerre préventive , mise en pratique par George Bush après avoir été théorisée par les néoconservateurs ; l'événement n'est plus créé par le déclenchement d'opérations militaires mais par un discours, par le verbe ; souvent d'ailleurs  avec les accents d'un prédicateur , en affirmant une croyance en l'homme quasi religieuse.

Avec un changement dans le changement : l'attitude à l'égard d'Israël . Il n'innove pourtant pas et revient en fait à la ligne de Bush père, incarnée par son secrétaire d'Etat d'alors, James Baker . Il s'agit d'obtenir, outre dans l'immédiat l'arrêt des « colonisations »,  l'application par les deux parties de l'objectif des deux Etats. Du discours de François Mitterrand devant la Knesset, à ceux aujourd'hui de Nicolas Sarkozy , c'est une ligne en tous points conforme à la notre. Avec l'usage des mots justes, des mots qui reflètent la réalité réelle , et non celle que le langage des chancelleries peut parfois masquer. Pour décrire la «souffrance» des Palestiniens , il évoque  «l'humiliation qui accompagne l'occupation»; pour stigmatiser  ceux qui haïssent Israël il déclare «haïssable» ceux qui nient l'Holocauste et fait le procès, dans l'Histoire, de l'usage de la violence, que les Palestiniens doivent, dit-il, «abandonner».
Où est la nouveauté ? Dans l'affirmation que la naissance d'un Etat palestinien n'est plus considérée comme un souhait, mais aussi comme étant conforme à l'intérêt national américain. Cela fait toute la différence.

A ceci près que , pour réussir, les obstacles résident aussi bien dans la déliquescence des pouvoirs palestiniens et dans leur lutte fratricide, que dans l'actuel centre de gravité du pouvoir israélien, hostile à tout mouvement . On verra donc si , à l'instar de James Baker en novembre 1991, Obama est prêt à braver une forte résistance à Tel-Aviv. En sachant  que les travaillistes comme le parti Kadima de Tzipi Livni devraient se reconnaître dans cette ligne. Quant au Hamas, invité une nouvelle fois à reconnaître Israël, son attitude peut aussi dépendre du sort du dossier iranien.

Ici , la fermeté prévaut , après l'appel  réitéré au dialogue : oui au nucléiare civil , non à une prolifération militaire dont il juge qu'elle pourrait entraïner la région dans une course aux armements mortelle .

Redresser l'image de l'Amérique ? Tout avait été fait pour qu'un maximum de gens de toutes nationalités puissent suivre le discours en direct, sur Internet comme sur des télévisions ou encore des messages sms, le tout simultanément en treize langues ! Et l'on a eu droit à une longue séquence pédagogique et historique, avec sa part d'autocritique pour l'Amérique, essentiellement consacrée à tenter de convaincre un auditoire musulman : citations du « saint Coran » à l'appui.

Il s'agissait de montrer que les cultures se rejoignent dans les valeurs des droits de l'Homme , et la référence à tout ce qui dans l'islam prêche la tolérance ; avec le rappel de tout ce que la civilisation moderne doit à la civilisation musulmane. Sans omettre d'en appeler aux droits des femmes, aux libertés - « la liberté est indivisible » - autant qu'au respect des libertés religieuses. Sans trop d'illusion immédiate : un discours, a-t-il prévenu, ne peut à lui seul  effacer des années de tensions et d'incompréhension. La route sera longue, mais elle est tracée.

Il ne reste donc de la célèbre et « simpliste », selon Hubert Védrine, distinction entre le camp du «bien» et celui du «mal», que la nécessité de la lutte contre le terrorisme , lequel porte un nom et un seul : al Qaida. Corollaire : les Etats-Unis laisseront « l'Irak aux Irakiens » , quitteront l'Afghanistan, lorsque al Qaida sera vaincu et appelle les pays musulmans à prendre leur part d'une lutte qui leur est si nécessaire.

Quant au défi personnel , il n'est pas le moindre : comment ne pas admirer cette revendication d'une identité d'un « chrétien » qui en appelle aux appartenances musulmanes de sa famille paternelle ; son éloge permanent des vertus des  «pères fondateurs». Et comme pour être plus encore en résonance avec ceux qui, avant lui, ont porté les mêmes idéaux, il  évoque la création d'un «corps de volontaires» du développement, la multiplication de centres scientifiques et culturels partout dans le monde africain et arabo-musulman , l'accueil plus large aux Etats-Unis de tous ceux qui voudront venir étudier, etc...

De ce moment historique naitront deux types de critiques . Les unes venues de la droite, façon Dick Cheney, sur le thème : voici venu le nouveau Jimmy Carter ! Le naïf de service, en quelque sorte. Par exemple: c'est bien beau de vouloir un « soft power », mais la réalité nous renvoie des questions « hard»!  Ou encore : que rapporte la «main tendue» à l'Iran ? Les autres critiques venues plutôt de la gauche nous diront que caractériser un « monde musulman » revient à s'inscrire dans une vision fausse de la réalité, l'envers de l'idéologie Bush, certes , mais peu apte à favoriser les forces démocratiques. Enfin, pour nous Français, citoyens d'une République laïque, les accents religieux de ce discours, la religiosité qui imprègne la politique américaine, sont de nature à nous gêner, à nous placer dans l'inconfort ou dans l'embarras.

Convenons simplement à ce stade que ce discours de la main tendue, de la croyance en des idéaux élevés, que cette vision enfin équilibrée de la réalité était attendue. Et qu'il est donc le bienvenu. Oui, donc, au « soft » power, celui des idées.

Jean-Marie Colombani

Photo: Barack Obama au Caire  Reuters

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Comments

un éditorial digne des heures de gloire

d'un grand quotidien du soir...

iconoclaste

Chapeau

Moi je dis simplement chapeau à ce que dit et veut faire Obama.
Il va ainsi mettre à nu tout ceux qui se satisfont du statu quo et ils sont nombreux.
J'attends simplement un soutien sans faille des dirigeants européens (Sarko, aujourd'hui même à "mis en garde Téhéran", a-t-il entendu Obama ?) qui vont pouvoir sortir de la position facile dans laquelle ils soutiennent tout le monde. J'ai bien peur qu'Obama soit bien seul.

paroles paorles paroles

on ne peut que féliciter le président Obama pour ce beau discours il a dit ce que tout le monde voulait entendre , main tendue à l'ennemi un peu à la manière de Kouchner qui préfère louer des liens avec l'ennemi car tant qu'il y a dialogue on ne passe pas aux armes , fermeté,
reconnaissance de l'identité de chaque nation , arrêt de la guerre preventive cad dire de la guerre faite pour satisfaire qq puissants groupes financiers Ce mea culpa américain sans dout ressenti très sincèrement par celui quivient de le prononcer sera -t-il suivi de faits concrets ?
comment monsieur Obama espère-t-il sortir de la crise financière sans vendre d'armes ? j'espère qu'il a une botte secrète sinon j'ai bien peur que dans quelques mois nous revenions au vieux scénario
faisons la guerre et discutons ensuite
bizzarement on a pas encore de réaction de la russie , que va faire Poutine préter amin forte à Obama oi jouer les troubles fâtes ?

papapoulos

Pouvoir des idées ou puissance du Sens

Monsieur Colombani vous êtes touché par la parole de Barack Obama comme beaucoup et vous vous en faites l'écho, le témoin. Et puis vous essayez de qualifier la position qu'il tient avec de multiples illustrations où on voit que cela se joue sur quelque chose de plus subtil.

« Où est la nouveauté ? Dans l'affirmation que la naissance d'un Etat palestinien n'est plus considérée comme un souhait, mais aussi comme étant conforme à l'intérêt national américain. »
Vous soulignez le caractère singulier de cette position  »l'événement n'est plus créé par le déclenchement d'opérations militaires mais par un discours, par le verbe ; souvent d'ailleurs  avec les accents d'un prédicateur, en affirmant une croyance en l'homme quasi religieuse. »

Il s'agit manifestement de l'expression d'un charisme où c'est l'esprit qui parle au travers des mots, de la posture de tout son être. C'est le Sens dans lequel il se tiens qui se traduit par des positions, des raisonnements, un élan du coeur, des affects, des références, des déclarations de vérité; un respect de soi et des interlocuteurs qui n'est pas complaisant mais fait appel au meilleur de chacun ou à son possible. Oui il pro-pose un conSensus c'est à dire une résonance sur le même Sens que chacun, comme vous aussi, porte en lui. Bush aussi et ses amis pro-posaient un autre Sens qui résonnait mais pas le même, pas avec les mêmes voies de traduction et de réalisation, la logique manichéenne et ses bouffées d'emprise et de possession jalouses. C'est toujours la position tenue qui est agissante mais pas sur les mêmes ressorts humains pas sur les mêmes valeurs, pas sur les mêmes logiques et rationalités, pas sur les mêmes effets.

Le « religieux » qui vous frappe, au-delà des références aux religions des auditeurs en présence, est lié, vous le sentez à une croyance en l'homme. Le Sens dans lequel il se tiens est celui d'une foi en l'homme et c'est le conSensus qu'il propose par la position de sa personne et sa parole qui relie, qui fait communauté de Sens, sans confusion mais en réunion de conscience et d'acte, de motivation et d'engagement - possibles.

Mais sur la fin vous signalez votre malaise et celui d'une certaine gauche pris à contre pied. Vous l'attribuez à la religiosité de Barack Obama et de la scène de parole que vous évoquez et donc à la laïcité républicaine (la notre) et vous essayez de faire le lien en cherchant un équilibre et en faisant référence au pouvoir des idées.

C'est là que votre interprétation défaille entre ce que vous percevez : les résonances dont vous vous faites le témoin et les raisonances qui font partie de l'idéologie républicaine, du moins celle à laquelle vous semblez adhérer.

Il y a trois considérations indispensables pour comprendre ce dilemme.

D'abord Barack Obama est de la (nouvelles) civilisation du Sens qui sait où est l'essentiel en l'homme, l'esprit, le Sens dans lequel il se tiens. Il sait que c'est cette tenue qui est agissante parce qu'elle fait écho. Il le sait par sa foi en l'homme. Nous sommes dans une mutation de civilisation de la civilisation des représentations à celle du Sens. Dans la première les représentations mentales que sont notamment les idées étaient considérées comme rectrices des choses et des actes, des règles et des croyances.

La République à laquelle vous faites référence s'est construite sur une religion des idées dont celle de la Raison, vous ne pouvez l'oublier. Ce sont les idées de l'homme plus que son Sens sinon son esprit qui lui ont servi d'horizon indépassable à la frontière jalousement gardée contre les religions et autres atteintes à la matérialité ou aux idéalités humaines. La liste en serait longue. C'est cela la laïcité dans cette conception défensive là.

Il y a donc conflit de Sens entre celui, juste, dont Barak Obama témoigne avec plus d'authenticité et de talents que d'autres et le Sens d'une justice qui se donne des idées de référence et un principe de conformité comme critère de jugement. Le juste contre une idée formelle de justice? En tant qu'homme vous cherchez la synthèse et de ce fait votre « conversion » est engagée. Même si vous nommez cette unité intérieure équilibre et que vous cherchez à faire briller une dernière fois ces « idées » qui ne valent que par le Sens humain qu'elles signifient, votre témoignage va jusqu'au bout de votre expérience. Soyez en remercié.

Roger Nifle Humanisme Méthodologique et Prospective humaine
http://journal.coherences.com

@Roger Nifle

Vous aussi Roger Nifle, soyez remercié pour cette magnifique apologie du Sens. Vos mots sont chargé de sa musique.

Paix à l'homme de bonne volonté !

L'espoir immense suscité par l'élection de Barack Obama
n'a pas motif à être déçu par (le début de) son action.
Il n'est pas voué, seul, à opérer tous les miracles
dont le monde - dans l'état où il l'a trouvé -
et ses habitants ont besoin
mais sa volonté transparaissante
de "s'y coller" pleinement entretient la flamme.
Ses succès seront partagés, ses échecs aussi,
c'est pourquoi l'intérêt commun est sans aucun doute
qu'il réussisse à dénouer un maximum de crises.
Tout président des Etats-Unis qu'il est,
il a suffisamment d'ennemis "naturels"
pour avoir besoin, lui, d'alliés.
Tant mieux donc, s'il suit :
"une ligne en tous points conforme à la nôtre",
il accueillera cette approbation implicite,
comme sa nobélisation, en homme
gouvernant par ses convictions.
Toujours est-il qu'il est réjouissant d'avance
d'écouter son discours de récipiendaire
car les mots, lorsqu'ils portent le sens,
sont paroles d'un chant revigorant.
Présidensignement.

Polémikoeur.

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