Economie

En Bourse, Apple n’a pas fini de briller

Gérard Horny, mis à jour le 31.08.2012 à 12 h 50

La marque à la pomme gagne tout: des records en Bourse, un procès contre Samsung. Jusqu’où cela peut-il aller?

Mars 2010 à Seattle. REUTERS/Marcus Donner

Mars 2010 à Seattle. REUTERS/Marcus Donner

A l’automne 2011, ceux qui émettaient des doutes sur l’avenir d’Apple étaient écoutés. Il est vrai qu’ils ne manquaient pas d’arguments: son fondateur charismatique disparu, la firme californienne risquait de ne plus avoir le même dynamisme, le même sens de l’innovation. D’ailleurs, la dernière création, l’iPhone 4S, recevait un accueil mitigé dans les milieux spécialisés: beaucoup de bruit pour peu de réelles nouveautés.

Aujourd’hui, les doutes ne paraissent plus de mise, l’enthousiasme est revenu: Apple, c’est génial, encore et toujours. Vous allez avoir bientôt l’iPhone 5, une nouvelle tablette et sans doute une nouvelle boîte qui opérera le grand rapprochement entre la télévision et Internet, et le groupe a remporté une bataille judiciaire importante contre Samsung.

Il faut avoir des actions Apple; elles n’ont pas fini de monter! Les investisseurs qui ont revendu leurs titres sous prétexte qu’ils ont monté de plus de 70% en un an (73% environ au soir du 29 août, à près de 664 dollars, avec un plus-haut l'avant-veille de 680,87 dollars) sont suspectés de n’avoir rien compris: Apple peut grimper à 900 dollars ou plus d’ici à l’été 2013!

Pour l’instant, on n’est pas dans l’irrationnel

Ce regain d’enthousiasme est-il justifié? On ne le saura qu’après… Mais, en Bourse, il ne faut jamais se croire plus malin que les autres. La meilleure façon de gagner de l’argent, c’est de suivre le marché, quoi qu’on en pense. Vendre une action que l’on trouve trop chère alors qu’elle continue à monter, c’est probablement passer à côté d’un gain.

Il ne paraît pas déraisonnable de garder ou d’acheter des actions Apple tant que les autres investisseurs y croient. On sait que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, mais tant qu’ils montent, autant suivre le mouvement…

D’un point de vue strictement financier, la flambée boursière d’Apple n’est pas injustifiée. Le cours actuel ne valorise la société que quinze fois son bénéfice estimé pour l’exercice en cours, ce qui n’est pas excessif pour une valeur de haute technologie. Et la firme est hautement rentable: même si les chiffres ont marqué un recul au deuxième trimestre de cette année, un bénéfice net de 8,8 milliards de dollars pour un chiffre d’affaires de 35 milliards a de quoi faire rêver beaucoup de chefs d’entreprise.

La valeur en Bourse d’Apple, située autour des 620-630 milliards de dollars ces derniers jours (avec un pic en séance à plus de 638 milliards le 27 août), est certes la plus élevée jamais enregistrée à l’échelle mondiale, mais comme l’ont souligné plusieurs analystes, d’autres firmes ont déjà fait mieux. En 1999, Microsoft s’était déjà hissée à 620 milliards, avec un dollar qui avait un pouvoir d’achat plus élevé que maintenant: en dollars d’aujourd’hui, la valeur de Microsoft aurait été proche de 850 milliards. De même, la valorisation record atteinte par IBM en 1967 aurait son équivalent en dollars de 2012 à 1.200 milliards. Avec les cours actuels d’Apple, on n’est pas dans l’irrationnel.

Des corrections sur les valeurs internet

En revanche, on peut remarquer que les investisseurs sont en train de corriger leur excès d’optimisme sur un certain nombre de valeurs internet, Facebook en tête. A priori, il semblerait normal que le réseau social, fort de près d’un milliard de participants, atteigne une valeur boursière phénoménale. Le problème est qu’on ne sait pas comment la société peut réellement tirer profit de ce succès commercial, surtout sur les téléphones portables, qui représentent désormais la moitié des connexions.

Les responsables de l’introduction de Facebook en Bourse se sont montrés trop gourmands : introduit à 38 dollars le 17 mai, le titre valait moins de 19,10 dollars le 29 août, après un point bas à 18,75 dollars le 20; en gros, il a perdu la moitié de sa valeur.

Et pourtant il reste extrêmement bien valorisé, autour de 39 fois le bénéfice estimé de l’exercice en cours. La valeur boursière de la société s’établit encore à plus de 46 milliards de dollars, ce qui est beaucoup dans la phase d’incertitude actuelle, mais peu si Mark Zuckerberg et son équipe arrivent à bien vendre leur audience.

Les mêmes interrogations entourent Renren, l’équivalent chinois de Facebook, introduit à la Bourse de New York le 4 mai 2011 à 14 dollars. Au cours de la première séance de cotation, le titre est monté jusqu’à 24 dollars, un cours qu’il n’a plus  jamais revu; il s’échange aujourd’hui à moins de 4 dollars.

Question de confiance

A contrario, on peut remarquer la belle performance d’un autre réseau social, LinkedIn: introduit le 18 mai 2011 à 45 dollars, le titre a plus que doublé le premier jour et, le 30 août, il s’établissait à plus de 107 dollars. Mais son histoire n’est pas la même que celle de Facebook ou Renren: c’est un réseau social à usage professionnel, qui a des revenus en progression régulière; son modèle économique paraît plus sûr.

Cela dit, au cours actuel, le groupe est valorisé à plus de 170 fois son bénéfice estimé 2012, ce qui paraît pour le moins élevé; pour payer une action à ce prix, il faut une sacrée confiance dans l’avenir!

Parmi les sociétés qui n’inspirent pas ou plus autant confiance, on peut trouver Zynga, spécialiste du jeu en ligne. Introduit en Bourse à 10 dollars le 15 décembre 2011, le titre a baissé dès le premier jour, il s’échangeait le 29 août à 2,89 dollars après un plus bas à 2,66 dollars le 3 août dernier. Quant à Groupon, le spécialiste des achats groupés, il était au plus bas à 4,19 dollars après une introduction à 20 dollars le 3 novembre 2011.

La Bourse aussi connaît des effets de mode

Il serait faux pour autant de conclure à une perte de confiance envers internet ou les nouvelles technologies, les exemples d’Apple ou de LinkedIn le montrent. Le problème est ailleurs: les investisseurs sont victimes des modes et sont souvent prêts à accorder leur confiance à des gens qui apportent des idées nouvelles. Mais, généralement assez vite, ils se posent la question de savoir si tout cela va rapporter et, alors, la confiance s’effondre.

Dans le cas d’Apple, ce que les financiers applaudissent, c’est la capacité du groupe à innover et à vendre très cher ses innovations. De deux choses l’une, ou le groupe continue sur cette lancée et son cours peut effectivement continuer à monter fortement, ou il rentre dans le rang, soit par manque d’innovations, soit par montée en puissance de concurrents comme Samsung (qui ne fait pas que copier les trouvailles d’Apple). De toute façon, il ne faut pas se leurrer, ce deuxième scénario finira par l’emporter ; le tout est de savoir quand.

La haute technologie passe, les pétroliers restent

Dans l’euphorie des commentaires sur les succès d’Apple, on a pu voir comment la firme à la pomme avait littéralement écrasé cette année son rival boursier le plus dangereux, Exxon Mobil. Remarquons toutefois que ce n’est pas la première fois que des pionniers des nouvelles technologies réalisent une telle prouesse, mais que les pétroliers finissent toujours par l’emporter: le leader de 1967, IBM, a aujourd’hui une capitalisation boursière d'environ 220 milliards de dollars, Microsoft est retombé à un peu plus de 250 milliards alors qu’Exxon Mobil ne fait peut-être pas de merveilles mais arrive tout de même à plus de 400 milliards. Apple a de fortes chances de suivre lui aussi le même chemin et de revenir, un jour, derrière Exxon Mobil…

Gérard Horny

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Journaliste
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