Monde

Comment François Hollande envisage de «contourner» l’ONU

Daniel Vernet, mis à jour le 30.08.2012 à 11 h 28

L'utilisation d'armes chimique serait pour la communauté internationale «une cause légitime d’intervention directe». Le chef de l'Etat envisage aussi la création de «zones tampons».

A Alep, le 27 août, membres de l'armée syrienne libre. REUTERS/Youssef Boudlal

A Alep, le 27 août, membres de l'armée syrienne libre. REUTERS/Youssef Boudlal

Critiqué par l’opposition de droite et implicitement mis en cause par Nicolas Sarkozy lui-même pour sa supposée «inaction» dans le conflit syrien, François Hollande a avancé plusieurs propositions, lors de la traditionnelle conférence des ambassadeurs. Il a d’abord réaffirmé que Bachar el-Assad doit quitter le pouvoir.

C’est la position des autorités françaises depuis les premières semaines du conflit, qui avait été répétée par Nicolas Sarkozy et son ministre des affaires étrangères Alain Juppé et qui avait été reprise par les nouvelles autorités.

Reste à savoir comment parvenir à cette fin qui est une condition pour la mise en œuvre d’une transition politique, dont on espère qu’elle sera démocratique. Peu de temps après son élection, François Hollande avait laissé la porte ouverte à une intervention militaire, à condition, avait-il ajouté, que le Conseil de sécurité de l’ONU donne son feu vert. La condition contredisait la première affirmation.

Echaudés par le précédent libyen dans lequel ils ont l’impression de s’être fait avoir par les Occidentaux, les Russes et les Chinois mettent leur veto à toute résolution du Conseil qui serait contraignante pour le dictateur de Damas, a fortiori qui ouvrirait la voie à une action armée contre lui.

Le président de la République a rappelé la position traditionnelle de la France: l’ONU représente «la légalité internationale». Elle est la seule instance légitime d’autorisation du recours à la force. Il a  précisé que «notre pays ne participe à des opérations de maintien de la paix ou de protection des populations qu’en vertu d’un mandat du Conseil de sécurité».

La menace d'emploi d'armes chimiques

Toutefois François Hollande n’a pas passé sous silence les conséquences des vetos russo-chinois. Le bocage du système conduit, «soit à son contournement, soit à son impuissance». Or c’est bien de «contournement» du Conseil de sécurité dans le conflit syrien dont il a été question dans le discours du président. Certes de façon implicite.

Deux exemples le montrent. D’abord, la menace d’emploi d’armes chimiques et biologiques. De manière concertée avec les Américains, la France concerne que cette hypothèse «serait pour la communauté internationale une cause légitime d’intervention directe». C’est en d’autres termes ce qu’avait dit, quelques jours auparavant Barack Obama en traçant cette «ligne rouge».

Le régime de Damas a reconnu posséder un stock d’armes chimiques et biologiques et menacé de les employer «en cas d’intervention étrangère». La CIA estime que la Syrie dispose de plusieurs centaines de litres d’armes chimiques, notamment des gaz moutarde et sarin. Ils auraient été produits avec l’aide de l’Iran et placés en lieu sûr depuis le début du conflit.

Si les mots ont un sens, l’expression «cause légitime d’une intervention directe» de la communauté internationale signifie que les Occidentaux pourraient, dans cette hypothèse, se passer de l’aval du Conseil de sécurité si, comme il est probable Moscou (et Pékin) s’opposaient à une opération militaire.

Le deuxième exemple est la création de «zones tampon» à laquelle «travaille» la France en coopération avec ses alliés, en particulier Ankara. La Turquie menace de fermer sa frontière avec la Syrie pour bloquer le flot de réfugiés qu’elle ne peut plus accueillir dans des conditions décentes. Ces zones tampon devraient donc être établies en Syrie même, dans des régions dites «libérées». Elles devraient être protégées militairement contre les attaques des forces gouvernementales syriennes, sauf à devenir ce que Bill Clinton avait appelé dans le cas de la Bosnie, «des stands de tir».

L'impuissance ou le contournement, un choix forcé

L’expérience a malheureusement prouvé que ses craintes étaient fondées. Le minimum serait l’instauration de zones partielles d’exclusion aérienne pour mettre les camps de réfugiés à l’abri des attaques de l’aviation syrienne. La France, qui préside le Conseil de sécurité jusqu’à la fin du mois d’août, pourrait proposer une résolution dans ce sens. La Russie et la Chine l’accepteront-elles?

Si tel n’était pas le cas, les Occidentaux devraient soit renoncer –ce serait une nouvelle manifestation de cette «impuissance» dénoncée par François Hollande, soit se passer de l’accord du Conseil, et ce serait le «contournement». La diplomatie française s’efforce de ne pas être placée devant un tel choix mais rien ne dit qu’elle ne se trouvera pas confrontée dans les prochains jours à ce dilemme. Si François Hollande devait se plier à un veto russe et/ou chinois, il se verrait reprocher son renoncement.

Pour bien montrer qu’il reste à la pointe de l’action, le président de la République a exhorté l’opposition syrienne à s’unir et à créer un gouvernement provisoire que la France reconnaîtrait immédiatement. Il a pris de vitesse ses alliés. Les Etats-Unis se contentent «d’étudier la question»; quant aux Allemands, ils font dire qu’ils «n’en sont pas encore là».

François Hollande n’a sans doute pas oublié que son prédécesseur n’avait attendu personne pour proclamer que le Conseil national de transition, à peine formé à Benghazi, était le sel représentant légitime du peuple libyen. Il est des comparaisons auxquelles il est difficile d’échapper.

Daniel Vernet

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Journaliste
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