Culture

On a chanté sur la Lune: les morceaux qui parlent d'Apollo 11 et Neil Armstrong

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 26.08.2012 à 16 h 52

Les Byrds, Baby Bird, Billy Bragg, Orchestral Manoeuvres in the Dark... Ils ont tous immortalisé la nuit du 20 au 21 juillet 1969.

John Glenn, Quincy Jones et Neil Armstrong. Nasa.

John Glenn, Quincy Jones et Neil Armstrong. Nasa.

«Giant steps are what you take, walking on the moon», chantait The Police en 1979. «If you believed they put a man on the moon, man on the moon», répondait R.E.M. en écho en 1992. Si la fascination des musiciens pour la Lune ne date pas de la mission Apollo 11 —qu’on songe au Fly Me To The Moon immortalisé par Sinatra, dont Quincy Jones a remis un disque de platine à Neil Armstrong, ou aux innombrables compositions sur la Lune d’un autre Armstrong, Louis—, ils sont nombreux à l’avoir chantée, et avec elle son commandant. Et ce, tout autour du monde —car oui, autant évacuer le sujet qui fâche tout de suite, Pascal Obispo et Ben l’Oncle Soul ont mentionné Neil Armstrong dans leurs chansons.

1969 fut l'été où commencèrent à se fracasser les rêves de la contre-culture (mort de Brian Jones, meurtres de Charles Manson) mais aussi un été pop et spatial. Dix jours avant l’alunissage dans la mer de la Tranquillité, David Bowie sort Space Oddity, que la BBC utilisera pour l’habillage sonore de la retransmission. Un mois plus tard, c’est Woodstock et la performance cosmique de Jimi Hendrix.

C’est d’ailleurs un groupe symbole de la contre-culture, les Byrds, du moins ce qu’il en reste après le départ de quatre des cinq membres initiaux, qui va rendre hommage le premier à Armstrong, sur l’album Ballad of Easy Rider, dérivé du film du même nom, avec Armstrong, Aldrin and Collins, court morceau qui démarre sur le compte à rebours menant au décollage de la fusée.

Consensuel, générationnel, mélancolique

L’idée de reprendre les sons d’ambiance de l’époque sera largement utilisée, par exemple par Orchestral Manœuvres in the Dark sur Apollo XI (1991), instrumental samplant le discours de 1962 de JFK et les sons de la mission.

Parmi les autres groupes célèbres à avoir chanté Apollo XI, on compte aussi Jethro Tull et son For Michael Collins, Jeffrey and Me, où Ian Anderson se met dans la peau du pilote du module de commande, resté là-haut pendant qu'Armstrong et Aldrin marchaient sur la Lune: 

«It's on my mind I'm left behind
When I should have been there.
Walking with you.» [1]

Neil Armstrong a aussi fasciné des artistes folk et country, tel un chevalier ou cow-boy moderne parti rencontrer la Lune plutôt que chercher le Graal ou défricher l'Ouest. Il y en a pour tous les registres et tous les goûts: consensuel (Armstrong, de Reg Lindsay, sorti peu après Apollo XI), générationnel (Where Was I, de Jerry Jeff Walker, qui dresse un parallèle entre la nuit des premiers pas sur la Lune et celle de la mort de Lennon), ou mélancolique, comme The Space Race is Over du folkeux contestataire britannique Billy Bragg (2003), qui médite autant sur ses rêves que sur ceux d'Armstrong:

«When I was young I told my mum
I'm going to walk on the Moon someday
Armstrong and Aldrin spoke to me
From Houston and Cape Kennedy
And I watched the Eagle landing
On a night when the Moon was full

I knew that someday soon we'd all sail to the Moon
On the high tide of technology
But the dreams had all been taken
And the window seats taken too
And 2001 has almost come and gone» [2]
 

«Un genre de piratage de nom»

Car les meilleures chansons sur Neil Armstrong, bien sûres, sont celles où passe quelque chose entre le héros américain et celui qui l’a écrite. Comme la ballade défoncée éponyme de Baby Bird («I'm floating out now, until my body's gone/I'm so far away like Neil Armstrong, like Neil Armstrong») ou le morceau d'ouverture du dernier album du groupe de twee-pop britannique Allo Darlin', qui expliquait dans une récente interview: «La chanson a peu à voir avec Neil lui-même, c'était un genre de piratage de nom.»

Ce qui est une assez bonne définition de la gloire: devenir si connu que votre nom peut servir de titre à une chanson qui ne parle pas de vous. Ou, encore mieux, voir une chanson parler d'anecdotes imaginaires de votre vie. Comme celle qui veut que Armstrong ait murmuré «Bonne chance, Mr. Gorsky» en quittant la Lune, en hommage à un voisin de son enfance qui, demandant une faveur sexuelle à sa femme, s'était vu répondre: «Quand le gamin d'à côté marchera sur la Lune!» L'histoire a été largement démontée ensuite, mais a donné naissance, il y a quinze ans, à une jolie chanson du groupe Sleeper.

Jean-Marie Pottier

>>Cliquez ici pour écouter sur Spotify quelques-uns des morceaux mentionnés dans cet article

[1] «Cela me reste à l'esprit, je suis laissé derrière, alors que j'aurais dû être là, marchant avec vous» Revenir à l'article

[2] «Quand j'étais jeune j'ai dit à ma mère que je marcherai sur la Lune un jour/Amstrong et Aldrin m'ont parlé, de Houston au Cap Kennedy/Et j'ai vu l'Eagle atterrir, une nuit de pleine lune. [...] Je savais qu'un jour prochain nous embarquerions tous pour la Lune sur une vague de progrès technologique/Mais nos rêves se sont envolés et toutes les meilleures vues sont prises/Et 2001 est arrivée et presque aussitôt repartie» Revenir à l'article

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (944 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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