Monde

L'extrême droite britannique et les «bargeots» européens

Les étudiants du Celsa, mis à jour le 05.06.2009 à 10 h 11

LU SUR LE NET - Haro sur le BNP, qui pourrait envoyer des députés à Strasbourg.

Big Ben, dans l'ombre. REUTERS/Kieran Doherty

Big Ben, dans l'ombre. REUTERS/Kieran Doherty

Des députés britanniques d'extrême droite au Parlement européen? Ce serait du jamais-vu. Le British National Party (BNP), d'ordinaire habitué à de très bas scores, atteint cette fois les 5% d'intentions de vote dans le dernier sondage de Populus pour The Times pour les élections européennes du 4 juin. De l'autre côté de la Manche, on en perd son flegme.

Les archêveques de Canterbury et de York, les deux figures les plus importantes de la religion anglicane, appellent à ne pas voter pour le BNP : «Ce n'est pas le moment de voter pour un parti dont l'idéologie consiste à semer la division dans nos communautés et à nourrir l'hostilité sur des bases de race, de croyance ou de couleur...». Leur crainte ? Que les Britanniques, très en colère après le récent scandale de défraiements abusifs qui touche leurs députés, choisissent de sanctionner les principaux partis avec un vote protestataire, et se jettent dans les bras du BNP.

La rhétorique anti-immigration du BNP passe mal du côté de certains journaux: The Guardian - centre gauche - s'est fait un plaisir de pointer du doigt le blog de Richard Barnbrook, un élu local du parti, qui était hébergé par son concurrent The Daily Telegraph. L'élu avait récemment publié un post intitulé "Blame the immigrants" ("La faute aux immigrés"). Il a, depuis, été effacé par le Telegraph.

Des postiers britanniques refusent, eux aussi, d'être associés au BNP. Le Times raconte l'histoire d'une centaine de facteurs du sud-ouest du pays qui se sont mobilisés pour ne pas avoir à distribuer les tracts de ce parti dans les boîtes aux lettres. Ils s'appuient sur une «clause de conscience», signée il y a quatre ans, autorisant les employés à ne pas remettre toute littérature qu'ils considèrent comme injurieuse. C'est aussi le cas de certains postiers du sud londonien, comme le rapporte le blog Lancaster Unity, qui a pour leitmotiv la lutte contre l'extrême droite.

Même les descendants du héros national Winston Churchill refusent de voir l'icône abandonnée au parti d'extrême droite. Le député conservateur Nicholas Soames, petit-fils de l'ancien Premier ministre, reproche à Nick Griffin, le chef du BNP, de reprendre des phrases de Churchill dans ses discours et d'utiliser son image pour ses spots publicitaires. Il a qualifié cette récupération de «monstrueuse».

Il y en a pourtant un qui voit d'un bon œil le succès du BNP: le blogueur Dizzy. Connu pour ses points de vue conservateurs, il considère néanmoins que l'élection d'un député européen du BNP rendrait les Britanniques plus européens. Pas évident au premier abord... Il se justifie : «D'une manière assez tordue, si la Grande-Bretagne envoyait un candidat du BNP au Parlement européen, cela nous rapprocherait des autres nations de l'UE qui y envoient des bargeots depuis un moment».

Image de une: Big Ben, dans l'ombre. REUTERS/Kieran Doherty

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