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Un été «normal», ou comment le gouvernement a bien géré l'absence de canicule

Hugues Serraf, mis à jour le 23.08.2012 à 14 h 05

La ministre de la Santé Marisol Touraine communiquait mercredi sur la gestion de l'été par le gouvernement. En résumé: il a fait chaud, mais pas tant que ça et les services d’urgence ont fait leur boulot. Comme d'hab'.

Un urgentiste du SAMU à l'hôpital Necker de Paris. REUTERS/Xavier Lhospice.

Un urgentiste du SAMU à l'hôpital Necker de Paris. REUTERS/Xavier Lhospice.

Il y a un monde fou, ce mercredi 22 août, sur le plateau du standard du Samu parisien. Un tas de gens avec des caméras, des micros et des blocs-notes qui se faufilent entre les urgentistes assis derrière leurs écrans et leurs téléphones. Ils sont venus voir la ministre de la Santé Marisol Touraine, qui souhaitait communiquer sur la réussite totale du plan canicule à quelques jours de la rentrée.

Normalement, tous ces journalistes fébriles sur un plateau d’urgence, ça serait certainement un problème pour les opérateurs. Mais pas aujourd’hui, semble-t-il, parce qu’il n’y pas grand-chose à faire et que le standard est loin d’exploser sous les appels. D’ailleurs, la salle du Samu ressemble à mon Franprix quand il y a la queue le soir et qu’il n’y a qu’une seule caisse d’ouverte: la moitié des écrans sont éteints.

Une canicule? «Bof, pas vraiment»

Pendant que Marisol Touraine félicite Patrick Pelloux, l’urgentiste de la télévision, et qu’il lui montre le fonctionnement des ordinateurs («Là, on prend les appels et ici, on note les coordonnées des personnes», «Ah, je vois…»), je demande à une docteure qui observe toute cette agitation avec un petit sourire narquois si elle n’est pas un peu gênée:

«― Non non, ça va, y a pas trop d’appels en ce moment…
― Pas trop d’appels? Et la canicule?
― Bof, il n’y en pas vraiment eu en fait. C’est juste un été normal où il fait chaud. C’est pour ça que tous les postes ne sont pas occupés. Si c’était le cas, ici, ça serait plein. Tout ça, c’est un peu de la com’…»

Tsss, quel mauvais esprit…

Maintenant, Marisol Touraine est avec Pierre Carli, le médecin chef du Samu, qui lui montre les hôpitaux de Paris sur une grande carte murale sous les crépitements des flashes («Là c’est l’hôpital Necker, où nous sommes. Et ici, c’est l’hôpital Lariboisière…» «Ah, je vois…»). Moi, je vais trouver l’attachée de presse du ministère pour lui demander pourquoi nous sommes là, au final, puisqu’il n’y a pas vraiment eu de canicule et que sa patronne n'a pas grand chose à annoncer:

«― Oui, mais s’il y en avait eu une, de canicule, on aurait été prêt…
― Pourquoi, il y a eu des choses nouvelles par rapport aux années précédentes, de nouveaux dispositifs?
― Pas vraiment mais les différents services concernés se parlent davantage, c’est mieux…
― D’un autre côté, on ne peut pas savoir si ça aurait suffi s’il y avait eu une canicule…
― Non bien sûr mais en tout cas, tout s’est bien passé.»

La visite du plateau est terminée et nous descendons dans la cour, Marisol Touraine va faire son intervention officielle entre les ambulances. Les micros et les zooms sont tendus. Elle explique que tout a bien fonctionné «grâce à la motivation et l’efficacité des services, et aux efforts du gouvernement, même si le nombre d’admissions dans les Samu est absolument stable à 28.000 par jour au cours de la période écoulée».

Je transpire sous le soleil

«La canicule, ça ne concerne d’ailleurs pas seulement les bébés et les personnes âgées, explique la ministre. Ca concerne aussi les travailleurs qui souffrent de la chaleur et il faut que les entreprises en tiennent désormais compte. On n'est plus au temps où l’on doit accepter qu’un homme de 45 ans, même costaud et en bonne santé, travaille comme si de rien n’était à l’extérieur [elle regarde dans ma direction en disant ça, je me demande si c’est de moi qu’elle parle parce que je suis arrivé à vélo et je transpire un peu sous le soleil]. Les chefs d’entreprises doivent en prendre conscience et nous allons nous en préoccuper.»

«Ah bon, vous allez demander une réforme du Code du travail et des conventions collectives pour changer ça?», je demande en m’épongeant le front avec un mouchoir en papier.
—C’est un travail de sensibilisation des entreprises. Je vais en parler avec Michel Sapin, parce que ça concerne la médecine du travail.
—Mais en pratique?
—Il faut sensibiliser.»

Mais elle poursuit:

«D’une manière générale, et même si les services d’urgence fonctionnent bien, il faut qu’ils fonctionnent mieux encore et l’on ne doit plus voir de lits dans les couloirs comme j’ai pu en voir dans mes visites. Nous sommes à un moment-clé d’organisation de nos services. Dans les prochaines semaines, il y aura justement la formation d’un groupe de travail qui devra déboucher sur des propositions dans les mois qui viennent…»

«Un groupe de travail qui devra déboucher sur des propositions.» Hi hi hi. Là même les journalistes ricanent un peu. «C’est une question d’organisation ou de moyens?», interroge alors la reporter de RTL. «Euh, c’est avant tout une question d’organisation, se défile Marisol Touraine. Il y a des services où l’attente est longue et des services où l’attente n’est pas longue. Nous sommes face à un défi de réorganisation.»

«Ce n'est pas le sujet»

Bon, ça tourne un peu en boucle maintenant et la ministre répète que tout s’est bien passé mais que ça devrait se passer encore mieux sans moyens supplémentaires si tout le monde y met du sien. L’attention retombe jusqu’à ce qu’un journaliste lui demande si elle n’a pas eu trop chaud, elle-même, pendant ses vacances et tout le monde rigole de bon cœur.

Parce qu’il faut bien que je pose une question originale pour bien représenter Slate, je me lance:

«Et au fait, qu’est-ce que vous pensez de la décision des hôpitaux parisiens de recevoir des patients aisés du Moyen-Orient?»

Elle me jette un regard vraiment pas sympa et on sent bien qu’elle s’en fiche, désormais, si je suis obligé de travailler en extérieur en plein cagnard:

«Ce n’est pas le sujet et j’ai déjà donné mon point de vue là-dessus une autre fois…»

J’essaie d’insister un peu, mais un garde du corps s’interpose et me dit que, de toute manière, je ne suis pas bien positionné pour poser des questions et que j'aurais dû me mettre devant. Il n’est pas très grand, je pourrais le pousser mais c’est trop tard. Le point presse est terminé.

Tout va bien. Mais il fait un peu chaud tout de même.

Hugues Serraf

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