Mort de Tony Scott: l'art délicat de la nécrologie
Cinq questions complexes soulevées par le traitement par la presse française de la disparition du cinéaste britannique.
- Tony Scott en 2009, lors de la promo parisienne de «L'Attaque du métro 123». REUTERS/Benoît Teissier. -
Le suicide de Tony Scott, le 19 août, a suscité une polémique en France après la parution sur les sites de Télérama et de L’Express de nécrologies où les rédacteurs refusaient de faire du réalisateur de Top Gun et de USS Alabama un grand cinéaste sous prétexte qu’il était mort. Aussitôt, de nombreux internautes ont manifesté leur fureur et s’en sont pris aux auteurs de ces articles, Jérémie Couston et Eric Libiot, et au passage aux critiques eux-mêmes –les attaques qu’on a pu lire sur les sites ne constituant qu’une partie de cet iceberg de protestations, les sites étant modérés et de nombreuses critiques ayant également été émises sur Facebook ou Twitter.
L’épisode soulève plusieurs questions qui, toutes emberlificotés les unes avec les autres, deviennent illisibles et accroissent l’impression d’une boite de Pandore inconsidérément ouverte.
Inscription dans un rapport au passé
Première question: qu’est-ce qu’une nécrologie dans un média? C’est un texte qui ne se contente pas d’énoncer des faits (date de naissance et de mort, principales actions notables du défunt, circonstances de son décès), mais qui entreprend un travail complexe d’inscription dans un rapport au passé –qui il a été, pourquoi il a compté, en quoi il a joué un rôle significatif— et au présent –ce qu’il convient d’en garder, en quoi, même mort, il est «toujours là», par ce qu’il laisse et ce qu’il symbolise (voir, sur cet aspect, dans la revue Questions de communication, l'article d'Alain Rabatel et Marie-Laure Florea, «Re-présentations de la mort dans les médias d’information», et, de Marie-Laure Florea seule, «Dire la mort, écrire la vie. Re-présentations de la mort dans les nécrologies de presse»).
Contradiction entre nécrologie et critique
Deuxième question: dans quelle mesure le rédacteur d’une «nécro» est-il supposé faire part de son opinion personnelle, même quand elle est négative ou mitigée à propos de la personne disparue? La seule réponse honnête est: cette opinion personnelle transparaîtra de toute façon, dès lors précisément que la nécrologie n’est pas un pur exercice mécanique, la rédaction d’une dépêche formatée, mais la construction par un rédacteur d’un lien entre le mort et les vivants.
Cette question, qui concerne toutes les personnalités disparues (politiques, savants, grands patrons…) se complique lorsque le mort était connu pour ses activités dans un domaine qui relève de la critique. Comment un critique, qui a eu l’occasion de dire à de nombreuses reprises le peu d’estime qu’il portait aux œuvres du défunt, se mettrait-il à en rédiger un portrait élogieux? Sauf à affirmer qu’il convient de toujours dire du bien des morts. A cela, il n’y a pas de réponse absolue: une nécrologie réservée ou négative peut être pénible pour les proches ou les admirateurs, mais la raison d’être d’un article dans un média n’est pas de contribuer au travail de deuil des proches.
On est là en face d’une véritable contradiction. La nécrologie est un exercice qui a une fonction importante de construction du «commun», elle est une des formes modernes de pratiques archaïques du rapport aux morts –plutôt qu’à «la» mort. Il y a de la pensée magique (formule employée ici sans la moindre ironie) dans l’injonction de ne pas dire du mal des morts, mais au contraire de se réunir autour d’eux.
L’écriture critique est, elle, une manifestation de la revendication moderne du moi, de la subjectivité. Cette manifestation n’est pas un acte d’égoïsme ou d’arrogance, contrairement à ce que proclament les contempteurs des journalistes de Télérama et de L’Express, mais la possibilité, à partir du partage de son propre ressenti et de ce qu’on est capable d’en écrire, d’ouvrir à d’autres leurs propres réflexions, leurs propres constructions de sens. Qui a dit qu’il y avait une résolution générale à toutes les contradictions?
Rapport de force professionnels/internautes
Troisième question: «l’affaire Tony Scott», si c’en est une, met en lumière de manière un peu plus visible la circulation des rapports de force entre journalistes professionnels et internautes. Il est heureux que les échanges aient lieu, que tout un chacun puisse réagir à ce qu’il ressent à la lecture d’un article, et l’exprimer. Il reste contestable, même si c’est quasiment devenu la norme, que cela se fasse sous couvert de pseudonyme.
Mais cette expression, quel que soit le nombre des posts, reste une addition de points de vue individuels, parfaitement respectables comme points de vue individuels et parfaitement illégitimes comme prétention à représenter quoi que ce soit à titre collectif. Autrement, ce n’est pas la logique de la démocratie mais celle des cliques et des ligues.
Le succès ne prouve rien
Quatrième question: est-il acceptable d’émettre des réserves sur quelqu’un dont le nom est associé à d’énormes succès, qui donc a obtenu une forme d’assentiment —au moins le «consentement à payer»— d’un très grand nombre de personnes dans le monde? Autrement dit, le succès est-il la preuve de quoique ce soit d’autre que de lui-même?
Réponse personnelle: non. Avoir du succès ne prouve rien, ni dans un sens ni dans l’autre, quant à la qualité des personnes et des œuvres, «qualité» elle-même appréciée de manière qui ne peut que rester subjective. Et la subjectivité de monsieur Couston comme celle de monsieur Libiot ont parfaitement le droit de s’exprimer.
Il existe aujourd’hui suffisamment d’espaces où s’expriment d’autres subjectivités pour que nul ne soit contraint d’avoir affaire à la leur s’il ne le souhaite pas. En revanche, que Couston et Libiot soient menacés d’être privés de s’exprimer au motif que leur subjectivité déplait à un tel ou un tel (qui n’a pas de nom) serait très grave. Voltaire, toujours…
Passion du plaidoyer
Cinquième question, plus circonscrite: la défense et l'illustration de certains types de films doit-elle inévitablement adopter le ton de la philippique, surtout s’il s’agit d’affirmer la légitimité artistique de ce qui est globalement perçu comme relevant de la pure consommation? Question française, qui vient d’une longue histoire de la polémique dans le champ critique, illustrée notamment dans les années 50 par les Cahiers du cinéma rompant des lances en faveur de réalisateurs commerciaux qui s’appelaient Alfred Hitchcock ou Howard Hawks.
Réponse personnelle: oui. Même sans trouver personnellement grand intérêt aux réalisations de Tony Scott, on trouve souvent plus de motifs de découverte et d’interrogation dans un plaidoyer en sa faveur, et l’énergie ici déployée témoigne d’une passion pour le cinéma dont il faut se réjouir, même si on considère qu’elle est mal ajustée. Quitte à réfuter les arguments de ces thuriféraires, pour autant qu’il y ait précisément d’autres arguments que «Ca m’a trop éclaté quand j’étais jeune» ou «Respect pour les cartons au box-office ». On peut aussi être contre le cinéma tel que le mettait en œuvre Tony Scott, et s’en expliquer.
Jean-Michel Frodon
Mis à jour le 22/08/2012 à 16h27
















































On en apprend tous les jours!
Thuriféraire: Personne qui loue, vante quelqu'un, quelque chose avec excès.
Philippique:Discours violent et polémique.
Vous n'aimez pas découvrir des nouveaux mots? Moi, j'adore...
Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac. Ni tous les critiques, d'une part ; ni tous ceux qui ont détesté les nécrologies de Télérama et de l'Express, de l'autre.
Beaucoup de ceux qui ont aimé certains des films de Tony Scott sont d'accords pour dire qu'il n'est pas l'un des plus grands cinéastes que l'on ait connu. La plupart de ceux qui l'apprécient reconnaissent (même) qu'il a fait (beaucoup) de très mauvais films. Ce n'est pas le problème.
Ce qui est reproché aux deux nécrologies en question est d'avoir considéré T. Scott comme un simple faiseur de films bas de plafond, un poil plus doué que la moyenne des cinéastes de série B. C'est oublier la formes étonnante de films comme Domino ou Déjà vu, par exemple, qui peuvent tout à fait taper sur le système mais qui font de T. Scott un cinéaste beaucoup plus singulier que ce que la triste nécro de Libiot, qui ne sait manifestement pas de qui il parle, le laisse entendre. C'est oublier l'impact que Top Gun, quelque soit ses défauts, a pu avoir sur la jeunesse de nombreux ados ; en le réduisant à une "bouse", Couston passe à côté de beaucoup de choses. Pour détourner votre dernière phrase, je dirais que l'on peut aussi être contre le cinéma tel que le mettait en œuvre Tony Scott, dès lors que l'on s'en explique!! Ni Libiot ni Couston ne l'ont fait.
Comme le dit très bien le site "Ecran large", très dur avec ses/vos confrères : "Aussi kitchissime que nous paraissent aujourd'hui les postures homo-érotiques de Maverick, tout croquignolets que soit son Fan , tout emphatique que soit son Man on Fire, nombreux sont les films de Scott dont les emblèmes et avatars ont émigré dans toute la pop-culture, et sont désormais des stéréotypes à part entière. Une influence, quelle que soit la valeur qu'on lui accorde, qui ne saurait être balayé d'un revers de main condescendant.".
Les critiques de Libé et les Inrocks, que je n'ai pas toujours portés dans mon coeur, ont proposé des nécros autrement plus justes, à tous les sens du terme, que celles de leurs confrères:
http://next.liberation.fr/cinema/2012/08/20/tony-scott-feu-de-l-action_840819
http://www.lesinrocks.com/2012/08/20/cinema/tony-scott-11287372/
Pour finir, je voudrais exprimer mon désaccord avec votre idée que "la subjectivité de monsieur Couston comme celle de monsieur Libiot ont parfaitement le droit de s’exprimer". Je suis désolé, mais le travail du critique l'engage. Bien évidemment qu'il est illusoire de vouloir expurger de toute subjectivité une critique! Mais elle doit aussi contenir beaucoup plus - des informations, une mise en perspective, un historique, des analyses autres que celles que l'on trouve dans son cercle d'amis... De même que je ne veux pas qu'un prof de philo me sorte de la philo de comptoir, j'attends plus de la part d'un critique qu'un simple avis. Si je veux des 'avis', je vais sur Allociné ; d'un critique, j'attends de l'information également.
Vous faites un beau métier, Monsieur Frodon, mais trop de vos confrères n'appliquent qu'une unique grille de lecture, entièrement construite sur leurs goûts et leurs références. Leur mépris de certaines formes de cinéma, leur rejet du cinéma de genre, leur méconnaissance de certains styles (un exemple: lorsque Matrix est sorti, tous vos confrères des quotidiens et hebdomadaires ne pouvaient que citer, de manière ridicule, Blade Runner comme référence ; aucun n'avait apparemment entendu parler de William Gibson) font que beaucoup se sont détournés d'eux. Vous avez tort de défendre Messieurs Libiot et Couston ; ils vous font beaucoup plus de mal que tous les messages haineux de Twitter, que je rejette ni ne cautionne.
Effectivement, l'argument de Jean-Michel Frodon consistant à se cacher derrière la liberté d'expression pour justifier les articles de Libiot et Couston est particulièrement fallacieux et significatif d'une partie de la critique qui semble incapable de se remettre en question.
Les articles de Libiot et Couston n'auraient pas dû être publiés, tout simplement parce qu'ils sont mauvais, factuellement vides et remplis de présupposés non assumés. Ce n'est pas une question de censure ou de liberté d'expression, mais d'exigence éditoriale, de pertinence et de recherche de qualité. En éludant cette question, Jean-Michel Frodon met finalement Libiot et Couston sur le même plan que les utilisateurs de Twitter qu'il brocarde par la suite. Mais il ne semble pas s'en rendre compte lorsqu'il écrit "cette expression [...] reste une addition de points de vue individuels, parfaitement respectables comme points de vue individuels et parfaitement illégitimes comme prétention à représenter quoi que ce soit à titre collectif."
En appliquant ce raisonnement, les articles de Libiot et Couston, dont il vient de défendre le caractère subjectif et individuel, n'ont rien à faire dans une entreprise collective comme l'est l'élaboration d'un magazine.
De là à supposer que Jean-Michel Frodon a écrit cet article dans un élan corporatiste visant à défendre des collègues indépendamment de leur erreur et à rétablir une légitimité dont il semble de plus en plus qu'elle est basée sur l'entre-soit et les avis d'autorité (car sinon en quoi la subjectivité assumée de Libiot mérite-t-elle plus d'être publiée que celle de Mme Michu ?)...
En outre, faut-il voir de la paresse ou de la malhonnêteté intellectuel dans sa façon de réduire les hommages à Tony Scott à deux phrases sans consistances alors qu'une simple recherche Google donne déjà quelques résultats :
http://www.ecranlarge.com/article-details-23639.php
http://www.revuezinzolin.com/2012/08/adieu-tony-scott/
http://www.capturemag.net/time-machine/vaya-con-dios-tony/
Bonjour. D'abord je vous remercie de la courtoisie avec laquelle vous exprimez votre désaccord.Personnellement, je ne suis pas plus d'accord avec les dithyrambes de Libé et Inrocks, le texte le plus juste me semble, et de loin, celui de JF rauger dans Le Monde. A mes yeux, l'argument d'Ecranlarge ne tient pas la route: un critique n'est pas là pour avaliser une tendance dominante ou un effet sociologique - à supposer que "Top Gun" ait eu les effets qu'on lui prête aujourd'hui, et ne soit pas plutôt seulement une manifestation d'un rapport aux images et au récit qui me semble l'avoir précédé.
En l'occurence, je ne défends pas plus Libiot (que je connais un peu, et qui est loin d'être opposé à tout film de genre) et Couston (que je ne connais pas du tout) que je ne les attaque. J'essaie de faire entendre la situation du critique. Un critique, contrairement à ce que laisse supposer votre dernier paragraphe,n'est pas un prof, ni même tout à fait un journaliste, même s'il écrit dans un média. Et c'est en effet à partir de sa subjectivité qu'il a en charge de faire comprendre et ressentir des choses, en quoi il rejoint en effet journalistes et enseignants, mais par d'autres voies, qui n'exigent nullement (mais ne s'opposent pas à) l'exposition d'informations factuelles. Ensuite, il y a, faut-il le dire?, des bons critiques et d'autres qui ne font pas bien leur travail, désolé de conclure avec ce truisme.
@Nonoostar
Juste un point: je n'ai qu'un très faible intérêt pour la corporation des critiques. J'ai en revanche une immense intérêt pour l'activité critique, le travail critique. C'est seulement de cela que j'ai essayé de parler.
Le français est ainsi fait qu'il peut parfois prêter à confusion. Je ne vous reproche pas tant de défendre Libiot et Couston en personne, mais de justifier leur deux articles sur Tony Scott par un argument qui me paraît fallacieux, celui de la subjectivité.
Qu'un critique utilise sa subjectivité est effectivement un point de départ indispensable, on a toujours sa propre façon d'appréhender une oeuvre. Mais la légitimité d'un critique (ou pour être plus précis, d'une critique) se base sur sa capacité à s'appuyer sur des faits relativement précis. On peut s'autoriser des interprétations personnelles, mais si une théorie s'appuie sur des contre-vérités, des affirmations gratuites ou, encore pire, sur des présupposés implicites que l'on fait passer pour des vérités, elle perd toute légitimité en tant que critique. Et que l'auteur s'appelle Libiot, Couston, Frodon, NonooStar ou Madame Michu n'y change rien.
Et lorsqu'un article ne respecte pas cette exigence minimale, je ne vois pas l'intérêt pour la critique de le défendre.
Le postulat de l'article est déjà problématique. Personne ne reproche à Jérémie Couston et Eric Libiot de ne pas faire de Tony Scott un grand cinéaste sous prétexte qu'il est mort. D'ailleurs personne ne leur reproche de ne pas aimer Tony Scott, c'est tout à fait leur droit. (Il ne fait d'ailleurs pas parti du tout de mes réalisateurs favoris)
Le problème il est surtout éditorial. Pourquoi un magazine décide qu'il faut choisir un journaliste qui n'aime pas un cinéaste pour réaliser sa nécro ? Probablement parce que ceux qui l'aime ne sont pas dispos ou n'existent tout simplement pas. À partir de là, la question devrait être simple : faut-il faire alors juste un petit entrefilet factuel pour informer ses lecteurs, ou bien faire un papier assez long où les auteurs ne cacheront pas leur désamour du cinéastes, quand bien même ils afficheront leur manque total de maîtrise du sujet ? Ces deux magazines ont tranchés, mais qu'est-ce qu'ils en retirent ? L'approbation d'un lectorat acquis à la cause de ces clichés ("bouses boursoufflés", "blockbusters bas du front" ) dont on fera tout pour ne pas bouleverser ces certitudes. Ce que les auteurs en retirent eux ? L'auto-satisfaction illusoire de se dire qu'ils auront été à contre-courant de l'avis général et en dépit même du bon sens. (Votre section "Le succès ne prouve rien
" marche aussi dans l'autre sens.)
Ensuite, c'est quand même surtout une question de respect. Ces articles se permettent de cracher à demi-mots sur la mémoire de cet homme et de sa famille, alors qu'il existe déjà de nombreux articles sur les films de Tony Scott dans ces journaux respectifs et que ces "hommages" n'apportent absolument rien de nouveau par rapport à ceux-ci. Il est bien évident qu'un cinéaste français n'aurait jamais eu droit à ce genre de traitement. Forcément, là, les proches du réalisateur ne liront jamais le papier, allons-y gaiement, c'est toujours l'occasion d'en remettre une couche sur les infâmes blockbusters américains.
Enfin, je ne reviens même pas sur les arguments fallacieux que M. Couston convoque pour expliquer le geste de Tony Scott, la goutte d'eau qui a très probablement fait déborder le vase des protestations des internautes. Et probablement à raison.
Bref, autant de raisons qui montrent que le tollé ne vient pas spécialement d'une incompréhension profonde entre le métier de critique et le public, mais bien un manque de tact certains de la part des auteurs et éditeurs de ces articles, sous prétexte qu'il faut traiter l'actualité à tout prix.
Qu'on ne goûte pas le cinéma de TS, sans même le connaître vraiment, c'est une chose. Ça tient peut-être de la pose, d'une forme de snobisme, d'un blocage idéologique qui réfute l'intérêt (pourtant pas totalement illégitime) que peuvent porter certains à tout un pan de cinéma populaire. C'est dommage, d'autant plus que Tony Scott était, contrairement à ce que disent Liboit et Crouston, de ces réalisateurs qui ont, sinon créé des formes, du moins expérimenté, dans le cadre restrictif du blockbuster. Des Prédateurs à Man on Fire, il y a une fascinante quête du renouvellement stylistique. En somme, une envie de cinéma. Mais là n'est pas le problème.
Le problème vient du fait qu'on écrive d'un homme qu'il s'est suicidé parce que les films de son frères étaient meilleurs que les siens. C'est d'une arrogance, d'une vulgarité, d'une bêtise proprement ahurissants. C'est indigne. C'est mettre un clou supplémentaire dans le cercueil de la critique cinéma, déjà bien malmenée ces dernières décennies. Car, si l'on reproche au cinéma de TS de ne pas produire de la pensée, qu'en est-il de textes tels que ceux de Liboit et Crouston ?
le problème avec les articles de l'Express et de Telerama, est qu'ils ont un manque total de respect envers l'homme. Qu'ils n'aiment pas le travail de tony scott soit, mais qu'ils commencent à être insultant et à faire des suppositions, à la limite de l'imbécillités, quant aux raisons de son suicide, cela tient plus de la discussion de pilier de bar que du journalisme. et c'est bien cela que la majorité des internautes leur a reproché.
Bonjour...
Alors, parlons calmement:
- parler de films comme "d'énormes bouses boursouflées", c'est de la critique ou de la nécrologie?
- considérer que toutes celles et ceux qui ne sont pas d'accords avec vous sont des "fans décérébrés", c'est du journalisme?
- "la récré est finie, retournez donc vous toucher sur Top Gun jeune homme", c'est le tweet d'un adulte responsable?
etc...
J'ai personnellement décroché mon téléphone et essayé de parler au Rédacteur en chef de Télérama.fr qui ne m'a pas laissé en placer une et qui considère que le journal a fait son travail avec "la modération et la prudence" nécessaire pour éviter qu'on parle de diffamation (parce que de toutes façons, on peut dire tout ce qu'on veut sur un film tant qu'on attaque pas la personne).
N'ayant vu de Tony Scott que "les Prédateurs" il me semble, je ne me considère pas du tout comme un fan décérébré, mais comme un cinéphile curieux de nombreux univers. Mes films sont plutôt à chercher du côté de X. Beauvois, de P. Chéreau, de Y. Zauberman, de D. Lynch et autres...
L'article de Télérama est une honte. Le défendre est absurde, sauf à considérer que la presse a tous les droits. Mais, alors, ne comptez pas sur les citoyens pour voter en faveur d'un plan d'aide à 2 Milliards d'euros pour le secteur. Nous avons d'autres priorités,
Amicalement,
Philippe Guihéneuf pour les Indignés du PAF
Même exempte de toute critique,la nécrologie la plus "objective" ne peut s'empêcher de porter jugement. La longueur de l'article traduit de facto l'importance qu'on accorde à la trace laissée.
A moins de normaliser la dite longueur et d'attribuer la même place à Max Pecas qu'à Orson Welles...
Bonjour...
Alors, parlons calmement:
- parler de films comme "d'énormes bouses boursouflées", c'est de la critique ou de la nécrologie?
- considérer que toutes celles et ceux qui ne sont pas d'accords avec vous sont des "fans décérébrés", c'est du journalisme?
- "la récré est finie, retournez donc vous toucher sur Top Gun jeune homme", c'est le tweet d'un adulte responsable? etc...
J'ai personnellement décroché mon téléphone et essayé de parler au Rédacteur en chef de Télérama.fr qui ne m'a pas laissé en placer une et qui considère que le journal a fait son travail avec "la modération et la prudence" nécessaire pour éviter qu'on parle de diffamation (parce que de toutes façons, on peut dire tout ce qu'on veut sur un film tant qu'on attaque pas la personne).
N'ayant vu de Tony Scott que "les Prédateurs" il me semble, je ne me considère pas du tout comme un fan décérébré, mais comme un cinéphile curieux (quand même) de nombreux univers. Mes films sont plutôt à chercher du côté de X. Beauvois, de P. Chéreau, de Y. Zauberman, de D. Lynch et autres...
L'article de Télérama est une honte. Le défendre est absurde, sauf à considérer que la presse a tous les droits. Mais, alors, ne comptez pas sur les citoyens pour voter en faveur d'un plan d'aide à 2 Milliards d'euros pour le secteur. Nous avons d'autres priorités,
Amicalement,
Philippe Guihéneuf pour les Indignés du PAF
(apparemment la parution s'est faite en un seul bloc et on ne lit rien, alors qu'il y avait des sauts de pages... merci, si vous le pouvez de republier mon commentaire, PG9)
Bonjour
Je ne saisis pas bien la chute sur le plan d'aide. Il n'est dit nulle part que la presse a tous les droits, pour ma part je trouverais plutôt qu'elle a d'abord des devoirs. Et qu'il est bon de discuter de la manière dont elle les assume. Et que ce qui a suivi la parution des articles de L'Express et Télérama était justement l'occasion d'en parler. "Enormes bouses boursouflées" c'est de la critique, pas exactement celle que je goute, mais je ne sais pas pourquoi quelqu'un qui déteste ces films ne pourrait pas l'écrire dans un journal.
Ah non, monsieur Frodon, ne défendez pas un critique qui parlant d'un film écrit : "énorme bouse boursoufflée", non pas dans un article de critique du film, mais dans un article nécrologique sur le réalisateur qui vient de se suicider !
Il y a des limites que personne, même pas les journalistes, ne devraient se permettre de franchir, ce sont celles du respect qui devraient interdire à quiconque d'injurier qui que ce soit même s'il est mort.
1. Monsieur Frodon:
Merci pour votre réponse.
La chute sur le plan d’aide s’explique par une considération au fond assez simple : la presse, en France, n’a pas réussi à trouver son modèle économique parce que les couples journalistes/ éditeurs n’ont pas su être à la hauteur des attentes du public et des enjeux fondamentaux de l’information. Les médias ont la possibilité de façonner une image du monde et c’est cet enjeu que les éditeurs doivent porter haut et fort avec le soutien des équipes rédactionnelles. Les médias français sont passés totalement à côté de cette dimension philo-sociologique. L’article de Télérama et la solidarité hallucinante de la rédaction à son auteur sont, pour moi, une illustration du décalage absolu.
« Enorme bouse boursouflée » est une critique, mais pas digne d’un professionnel. On n’y décèle pas vraiment de’argumentation artistique… C’est la réflexion d’un ado immature en manque de testostérone.
2. Madame Arnaud :
Merci pour votre commentaire que je partage complètement, bien entendu.
Les considérations qui précèdent n’engagent bien évidemment que leur auteur.
Bonne journée, bons films,
Cordialement,
PG9
la citation que vous donnez de Voltaire cher Jean-Michel est une légende urbaine, on ne la doit pas du tout à Voltaire mais à la traductrice américaine d'un bouquin de Voltaire, nuance incroyable mais nuance tout de même.
Je sais pas si vous aimez découvrir de nouveaux mots mais attachez vous à retranscrire la vérité comme le disait Albert Londres, ça sera déjà pas mal.
De plus, simplifiez les réponses des "fans" à "ouah ct trop bien ça a bercé ma jeunesse", c'est volontairement faire l'impasse sur les propos argumentés qui ont contrés mr Couston et mr Libiot sur leur manque de discernement dans leur métier de critique. Des critiques comme celle-là : http://louvreuse.net/Instant-critique/de-la-dimension-sociale-dans-la-filmographie-de-Tony-Scott.html
" jean-michel Frodon a écrit : "Enormes bouses boursouflées" c'est de la critique, pas exactement celle que je goute, mais je ne sais pas pourquoi quelqu'un qui déteste ces films ne pourrait pas l'écrire dans un journal."
c'est de la critique ça ?, certes mais de la critique de quoi, de petit voyous, de beauf (comme le dise si vulgairement les défenseurs de mr Couston dans les commentaires de l'article.
On dirait du allociné mais en pire, de la phrase passe-partout de petit "kikoolol", de djeuns sans cervelle et sans culture du cinéma.
Ces gens là, valent mieux que ça non, on parle quand même de l'élite de la critique française ... La critique de cinéma c'est parler de cinéma, blâmer un film pour ce qu'il n'est pas mais avec style et argument, demain je peux dire les articles de mr Libiot c'est de "l'énorme bouse boursouflées", ça m'aura fait du bien moralement, mais ça sera pas pour autant que ça sera argumenté. Par contre, si je dis que les phrases sont dignes d'une dissertation de 3eme, que la construction de l'article ressemble à une dépêche AFP ou à un mauvais brouillon de chez VSD, là ça parle aux gens, là ça ne se contente plus d'être un avis définitif autant que stupide, mais c'est un propos imagés et argumentés. Que ça soit à nous lecteurs de vous apprendre ce que c'est "la critique", c'est quand même un comble, non ?
La lecture des commentaires à cet article passionnant me pose question : est-ce qu'aujourd'hui, sur Internet, on sait encore lire ? Les avis des uns et des autres ne font que revenir encore et encore sur des points évoqués et détaillés dans l'article. J'ai le sentiment que l'on pourrait continuer cette discussion encore et encore sans que l'on avance d'un pouce.
Par ailleurs, quand je lis que l'on suspecte J-M Frodon d'avoir rédigé tout cela dans un élan corporatiste, afin de rétablir une légitimité fondée - je condense - sur un "réseau", les bras m'en tombent. Enfin, vous savez de qui il s'agit, tout de même ? Vous avez l'impression que la légitimité critique de M. Frodon ne repose que sur le copinage ? C'est de la pure démence - ou de l'inculture, ce qui, poussé à un certain degré, revient quasiment au même.
Ce que l'on pourra remarquer, c'est que très rapidement, ce que l'on pouvait légitimement reprocher à Télérama (la phrase qui insinuait que Tony Scott avait pu vouloir mettre fin à ses jours parce qu'il souffrait de la comparaison avec son frère plus doué n'était, quel que soit le bout par laquelle on la prend, pas franchement heureuse, et n'avait certainement rien à voir avec l'exercice critique) a été relégué au second plan de deux luttes assez étranges. Il y a celle qu'évoque M. Frodon : internautes contre critiques, où les critiques-web se sont majoritairement rangés aux côtés des internautes. Je n'y reviendrai pas, l'article ci-dessus en parle suffisamment bien.
Mais il y en a une autre : les partisans du "cinéma de genre/divertissement", dont Tony Scott est soudain devenu le hérault, en guerre contre un ennemi totalement imaginaire. Brusquement, le cinéma de divertissement aurait des ennemis. Certainement pas dans le public, si l'on en juge par les entrées des films en question. Non, l'ennemi est une entité collective totalement fantasmée, à savoir les "critiques snobs et condescendants qui refusent d'accorder au cinéma de genre la place qu'il mérite". Et cette position est paradoxale à plus d'un titre.
Quand on regarde les choses froidement, on se rend compte que cette fronde critique contre le "peuple" ne tient pas vraiment : Télérama, pour ne citer qu'eux, ne sont en réalité pas si terribles avec le cinéma de divertissement, dont ils savent apprécier les mérites au cas par cas. Mais on peut difficilement leur reprocher d'avoir d'autres chats à fouetter le reste du temps, la cause des Dardenne méritant peut-être davantage de mouiller sa chemise que celle du dernier blockbuster hollywoodien.
Ensuite, on remarque que les passionnés du cinéma de divertissement, qui vomissent la posture "intello" des critiques établis de Télérama, les Inrocks, les Cahiers, etc, leur empruntent (pour ne pas dire "singent") leur discours, leur lexique, et n'ont au fond qu'un but : arriver à se convaincre (et convaincre le monde, par la même occasion) que leurs chouchous sont, au fond, aussi intellos que les "intellos reconnus". Comme l'article le rappelle, Hitchcock, Hawks, ou dans une moindre mesure, des gens comme Wise, ne se posaient certainement pas la question en ces termes.
Que cache ce besoin presque désespéré de reconnaissance critique à tout prix ? C'est vraiment, aujourd'hui, la question que toute cette affaire me pose. Il ne s'agit certainement pas de sauvegarde : les films à la Tony Scott ne me semblent pas menacés. Il s'en fera toujours, et ils amasseront toujours plus d'argent. Personne, même à Télérama (!), n'a jamais nié que le cinéma de divertissement pouvait être le fait de maîtres, ou même de génies. Ce qui est embarrassant, c'est ce besoin pathologique de trouver du génie et des "Auteurs" partout et dans n'importe quoi, tout en crachant au passage sur l'affreuse "culture reconnue".
La légitimité critique de J-M Frodon se base sur ce qu'il écrit. Ni plus ni moins. Et sa défense des deux articles de Télérama et l'Express me semble à côté de la plaque : le problème de ces articles n'est pas qu'ils refusent de considérer Tony Scott comme un grand réalisateur, mais qu'ils le décrivent comme un tâcheron lambda alors qu'une des caractéristiques du cinéaste était une recherche constante, même si pas toujours heureuse, concernant la mise en scène et l'image. En outre, il défend ces deux articles sur la base d'un droit à la subjectivité en éludant le fait que ce qui fait la légitimité d'un critique, c'est sa capacité à étayer ses arguments par des informations factuelles, sans quoi il se retrouve à parler d'une oeuvre qui n'est pas forcément celle qui existe vraiment.
"Mais on peut difficilement leur reprocher d'avoir d'autres chats à fouetter le reste du temps, la cause des Dardenne méritant peut-être davantage de mouiller sa chemise que celle du dernier blockbuster hollywoodien."
J'ignorais que le but de la critique n'était de défendre une cause. Il me semble même qu'une telle approche est anti-critique. Le but de la critique, à mon sens, est d'aider à comprendre les différents aspects d'une oeuvre. A priori, un film des Dardenne n'est pas plus riche en sens qu'un blockbuster hollywoodien et les deux méritent qu'on les appréhendent avec les mêmes outils d'analyse et en les étudiant tels qu'ils sont. Et non au travers du filtre d'une cause à défendre ou de présupposés arbitraires (le terme "blockbuster hollywoodien" est d'ailleurs un des présupposés les plus courants).
Sans quoi on en n'arrive à ne plus parler des films, mais ce que qu'on voudrait qu'ils soient, et à établir des hiérarchies auto-reproduites (les Dardenne font des films profonds parce que tous les critiques le disent, et un blockbuster américain va forcément être creux et vide de sens).
Ce que vous appelez "besoin pathologique de trouver du génie et des auteurs partout", c'est tout simplement une tentative d'avoir un regard honnête sur les oeuvres et sur les artistes qui les produisent.
Pour en finir avec le sujet J-M Frodon, en effet, sa légitimité critique se fonde sur ce qu'il a écrit, fait ou dit pour le cinéma : et il me semble, du coup, qu'elle est plutôt solidement cimentée. Davantage que celle de mon voisin de palier - ou la mienne, du reste. On ne pourra certainement pas lui reprocher de ne pas savoir de quoi il parle.
Je vais me permettre de vous citer à mon tour.
"J'ignorais que le but de la critique n'était de défendre une cause. Il me semble même qu'une telle approche est anti-critique. Le but de la critique, à mon sens, est d'aider à comprendre les différents aspects d'une oeuvre. A priori, un film des Dardenne n'est pas plus riche en sens qu'un blockbuster hollywoodien et les deux méritent qu'on les appréhendent avec les mêmes outils d'analyse et en les étudiant tels qu'ils sont."
Pour être franc, je m'interroge, toujours, sur ce qu'est le but de la critique. Est-ce de donner un avis ? Les avis, on en est revenu ? Oui, peut-être... Vous avez sûrement en raison en disant qu'au fond, la vraie critique, c'est l'éclairage d'une oeuvre. Que ça soit par son analyse formelle, ou la mise en lumière de son contexte de production (voire tout l'aspect historique qui l'entoure). Mais est-ce qu'elle devrait s'interdire de défendre une cause ? Je pense que c'est un objectif qu'elle est aussi en droit de se donner. Et c'est ce que vous faites, vous-même, en défendant Tony Scott : vous militez pour lui, et pour le droit au respect des blockbusters. Pardon si je n'ai pas été clair, mais je ne nie pas aux blockbusters le droit d'être, au compte-goutte, des chefs-d'oeuvre. Je ne nie pas que pour un aspect ou un autre, ils ne seraient pas dignes d'être étudiés. Le dernier Jason Bourne de Paul Greengrass est à mon sens un sommet du film d'action, pour ne citer que lui, et mérite en cela tous les égards. Mais regardons les choses en face, tout de même. Se mouiller pour les Dardenne, c'est comme se battre pour que le petit magasin de quartier ne ferme pas. Se mouiller pour Tony Scott, c'est faire la promotion d'un centre commercial géant. Les faiseurs de blockbusters roulent sur les millions, je pense que c'est le cadet de leur souci d'apprendre qu'à Télérama, on dit du mal de leur boulot.
Au fond, ce à quoi on en arrive, c'est à considérer que tout se vaut, comme aux grandes heures du structuralisme mal digéré. Tout est bien, rien n'est à jeter. Il est certain que d'un point de vue purement structuraliste, rien ne différencie fondamentalement Rosetta du Dernier Samaritain. Et il n'y a rien d'honteux à vouloir se distraire avec le second plutôt que de s'angoisser avec le premier. Mais essayons tout de même de ne pas tout mélanger, de grâce...
Et puis, à vrai dire, il y a dans tout cela quelque chose d'assez gênant. Personne n'est choqué si on dit que le dernier direct-to-video de Carpenter est moins intéressant que le dernier direct-to-video d'Argento. Ca va débattre, mais ça va rester cordial. En revanche, si on a le malheur de suggérer que Unstoppable, ça ne vaut peut-être pas La Bête humaine, que n'a-t-on dit ! De quelle condescendance ne s'est-on rendu coupable ! Je vous le demande : QUI dresse les cloisons ? Cette histoire de décloisonnement des genres au nom de "l'amour universel" du cinéma relève d'une hypocrisie sans nom.
Pour en revenir à Tony Scott, on a beau jeu d'accuser M. Couston de Télérama de ne rien comprendre à son cinéma. Je crois qu'il n'a pas nié la recherche formelle de Tony Scott tout au long de son oeuvre, il a simplement dit que cette recherche - je résume - avait abouti à quelque chose de parfaitement hideux. C'est bien de chercher, c'est encore mieux de trouver. Toute démarche expérimentale est certainement respectable, mais on a quand même le droit d'émettre des réserves quant au résultat...
Bonjour Monsieur Frodon, je ne suis pas un habitué de slate, et généralement très peu enclin (parfois simple manque de disponibilité) à réagir aux articles, mais puisque les errements hasardeux de ma souris mon amené à cliquer sur votre article, permettez-moi d'apporter librement mon opinion.
J'apprécie votre analyse sociale, voire philosophique en certain points, de ce fait d'actualité. Je l'apprécie par son exhaustivité, son intelligence et la forme respectueuse qu'elle prend.
Pourtant, je souhaite exprimer mon désaccord sur l'un de vos paragraphe, même si j'en comprends l'argumentaire et le sens. Vous dites "Le succès ne prouve rien", et je n'en suis pas du tout certain.
J'en viens donc au titre un peu loufoque de ma réaction. Qu'il s'agisse d'une corporation qui commercialise un produit au public, ou d'un artiste, peintre, musicien, cinéaste, ou écrivain, il y a, à un moment donné, le choix volontaire d'exposer son oeuvre à l'opinion publique. Conviendrez-vous avec moi que c'est, toujours, l'objectif final ?
Partant de ce principe, l'acceptation plus ou moins massive de cette production, quels qu'en soient les motifs, reste tout de même la jauge principale du succès, et par conséquent du respect qui doit être porté à son créateur.
J'aime la technologie, et porte les produtis de la firme Apple au plus haut de cet art. Je parcours à l'ocasion les articles et forums liés à ses produits, et suis toujours amusé de constater le parti pris, parfois virulent, de chacun. Les fans de Microsoft s'en prennent au Mac comme le dermatologue à une verrue mal placée, les fondus d'Android critiquent l'iPhone comme si de sa disparation dépendait que le monde survive aux prédictions mayas.
Bref, les critiques fusent toujours, et leur justification n'est qu'une interprétation personnelle des propos du critiqueur. Je crois comprendre que tel est votre discours dans ce paragraphe : pourquoi museler ces deux critiques, pourquoi leur interdire d'exprimer leur opinion ? Pourtant : 87 millions d'iphones vendus dans le monde, n'est ce pas, au dela de l'opinion intimiste, la preuve irréfutable d'un succès et le respect qui doit, sans nul doute, en découler pour la firme qui l'a créé ?
J'aime que mes sens soient charmés avant que mon cerveau tempère ou approuve , au grès de son analyse. Mondrian, c'est pas beau, des petites rectangles de toutes les couleurs, même ma fille de 4 ans fait mieux. et pourtant, Mondrian est présent dans tant de livres d'histoire de l'art, dans tant de musées d'art moderne de par le monde, que si la liberté d'expression m'autorise à dire "Je n'aime pas", m'autorise-t-elle pour autant à dire "Mondrian est une grande supercherie, un inutile qui ne mérite la moitié du respect qu'on lui octroie" ?
Non. Et tout est là : le respect. Au risque d'offenser les intellectuels, j'ai bien plus de plaisir devant Top Gun que devant le cinéma iranien. Ca c'est personnel. Ce qui ne l'est pas, c'est le nombre de gens qui ont vu et revu Top Gun, en comparaison avec ceux qui ont vu et verront "Une Séparation" d'Asghar Farhadi.
Ce qui me semble terrible, honteux, écoeurant, dans le sujet de cette polémique, c'est que ces 2 personnages n'obtiennent pas l'audience et le succès par la qualité de leur production écrite, mais par le bruit fait autour de leurs propos irrespectueux.
Cet homme, Tony Scott, a fourni, et continuera à fournir 1 à 2 heures de plaisir à des millions de personnes dans le monde, et cette valeur est bien supérieure au jugement de savoir s'il est meilleur, ou moins bon, que ses pairs.
Bien cordialement.
Bonjour. Merci de votre message. je réponds aux passages qui me semblent faire débat:
"le succès ne prouve rien" est un intertitre de la rédaction de slate, dans mon texte je dis quelque chose d'un peu différent: le succès ne prouve rien d'autre que lui-même. Un objet mis à disposition dans l'espace public suscite une importante réponse ou pas. Cela ne témoigne de rien de plus, les raisons pour lesquelles se phénomènes se produit pouvant être très nombreuses, et souvent combinées. En tout cas, dans le cas d'une oeuvre, son non-succès ne prouve en aucun cas sa non-valeur (pas plus, faut-il le redire?, que son succès prouverait sa non-valeur).
"Qu'il s'agisse d'une corporation qui commercialise un produit au public, ou d'un artiste, peintre, musicien, cinéaste, ou écrivain, il y a, à un moment donné, le choix volontaire d'exposer son oeuvre à l'opinion publique. Conviendrez-vous avec moi que c'est, toujours, l'objectif final ?"
Non. Cela n'est en aucun cas l'affaire de la critique, qui n'est pas un guide du consommateur. Les oeuvres ont de multiples raisons d'être qui en aucun cas ne se résume, ou ne tranche en dernier ressort, à la quantité de récepteurs qu'elles obtiennent. Quant au "respect au créateur", notion étrange à mes yeux, et teintée de religiosité, si elle a une forme de validité ce n'est certainement pas sur cette base-là (pas plus, encore une fois, que sur son symétrique, l'admiration de principe pour l'artiste maudit.
La totalité de la production Apple, dont il se trouve que je suis un usager multirécidiviste, et globalement satisfait même avec des réserves, ne relève pas le moins du monde de la pratique artistique. Les produits Apple sont faits pour rendre services précis, ils les rendent (en général), il faut féliciter ceux qui les ont conçu de leur ingéniosité, mais ça n'a pas grand chose à voir. les oeuvres ne servent à rien, où plutôt ce qu'elle font excèdent leurs usages éventuels (par exemple se distraire). c'est de ce "reste" que s'occupe la critique.
Je ne partage absolument pas ce que vous dites à propos de Mondrian, si vous n'arrivez pas à ressentir ce que peut produire un tableau de Mondrian et croyez que votre fille peut faire mieux, c'est que vous ne savez regarder ni ce que fait Mondrian, ni ce que fait votre fille. Ce qui d'ailleurs n'a aucune gravité. Je suis sûr que vous savez regarder plein d'autres choses, "savoir regarder" signifiant ici entrer dans une relation avec ce qui est sensible qui précisément l'excède.
Je ne comprends pas ce que vient faire "Une séparation" (film très médiocre selon moi), pas plus, à nouveau, que votre retour obstiné sur le nombre de clients des produits Tony Scott. C'est faire du marché l'arbitre suprême, quand la critique revendique précisément d'obéir à d'autres logiques. Ce qui ne légitime en rien tout ce qu'écrit un critique, et n'empêcherait pas de débattre de l'intérêt que tel ou tel film de T.Scott pourrait avoir.
Personne, je pense, ne reproche à Télérama de dire que Tony Scott n'est pas John Ford ou Kurosawa.
Ce qui leur est reproché, c'est de faire un article sur un mec pour lequel, visiblement, ils n'ont aucun intérêt, et qu'il le montre avec un mépris répugnant.
Leur article, c'est un truc de vautours, plus proche du sensationnalisme que du journalisme. C'est de la démolition gratuite.
On parle pas de critique ou pas critique, nécro ou pas nécro.
Juste que si t'aimes pas un mec, faut pas se sentir obligé de pondre un papier moisi.
Ca me rappelle Positif : pour eux, si t'aimes pas, tu passes, ou tu fais 3 lignes. Ca sert à rien d'écrire des lignes pour démonter gratos. Si tu veux faire dans la critique, autant promouvoir plutôt que défoncer.
Alors oui, Télérama et L'express peuvent écrire tout ce qu'ils veulent, et tant mieux pour eux. Mais qu'ils gardent leur énergie pour écrire sur des cinéastes qui les intéressent.
Dans l'article de Jérémie Couston la 1ere partie ressemble à un exercice de déchaînement gratuit telle qu'on peut lire des milliers de fois par jours sur Twitter.
Dans la 2eme partie le journaliste commence enfin à faire son job et plutôt bien puisqu'il rappel quelque vérité historique sur le travail de Tony Scott pour Hollywood et ces "films Mardi".
Mais le sauve à la fin en défendant 4 films de qualités grâce à la collaboration de scénariste de talent.
Eric Libiot écrit un peu la même chose mais de façon un peu plus hypocrite : "j'insulte pas ,je critique généreusement mais j’assassine pas car le Tony n'étais pas si mauvais que ça, et comme la fait remarqué l'autre il pouvait même être bon"
Le seule chose de choquant pour moi est le caractère assez superficiel de ces 2 articles semblant avoir été écrit en 30 minutes (ils écrivent comme il parlent à la télé ou la radio).
Du journalisme certainement mais à leur niveau.